Découverte
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Biographie

The Cure

L'histoire de The Cure se confond largement avec celle de son leader et seul membre permanent depuis ses débuts à la fin des années 70 : Robert Smith. Formé en banlieue londonienne, le groupe sort en 1979 Three Imaginary Boys, premier album dévoilant une pop fine et pertinente. L'année suivante, le groupe sort Seventeen Seconds, dominé par une tonalité sombre et oppressante, des rythmes lents, un sentiment de fatalité. S'ensuivent deux autres volets de ce que les fans ont nommé la "trilogie gothique" du groupe: Faith (1981) et Pornography (1982), album extrême, constituant le terme de la période la plus sombre et désespérée de la discographie du groupe. Soit une série d'authentiques chefs d'oeuvre de rock décadent, morceaux emblématiques de cette période : A Forest, M, The Drowning Man, A Hundred Years, Pornography, Siamese Twins...

Comme pour abjurer ces années d'une infinie noirceur, marquées par les excès (drogues et alcools), le groupe s'engage alors dans une période résolument pop, sortant quelques singles et compilations, ainsi que les albums The Top (1984), puis le superbe The Head On The Door (1985), contenant des classiques tels que Close To Me ou In Between Days. En 1987, sort le double album Kiss Me Kiss Me Kiss Me qui montre une inclination vers des compositions plus éthérées et étirées également, une pop sophistiquée d'un psychédélisme trouble. L'album annonce ce qui demeurera leur dernier chef d'oeuvre : Disintegration (1989), un des derniers monuments rock des années 80, duquel seront tirés les singles incontournables Lovesong (repris à leurs début par A Perfect Circle qui le mixèrent avec Diary of a madman d'Ozzy Osbourne), Lullaby et Pictures of You.
Ce dernier album constitue le chant du cygne d'un groupe qui à l'orée des années 1990 n'a plus rien à apporter. S'il continuera à sortir régulièrement de nouveaux disques (compilations, live, albums), le groupe ne renouvellera jamais vraiment avec pertinence son répertoire. En une décennie, les productions studios se résument à : Wish (1992), Wild Mood Swings (1996), Bloodflowers (2000). En 2002 paraît un double DVD (Trilogy) dans lequel la bande à Robert Smith rejoue dans leur intégralité Pornography, Disintegration et Bloodflowers.

Enfin, en 2004, paraît The Cure, dont le son est radicalement différent de tout le reste ce la discographie. Il faut dire que le groupe a accepté l'offre du métalurgiste en série Ross Robinson (Slayer, Korn, Slipknot), fan de la première heure, qui désirait les produire. En mai 2005, pour la première fois depuis dix ans, des changements interviennent dans la composition du groupe. Robert Smith annonce à Roger O’Donnell et Perry Bamonte qu’ils ne font plus partie de l’aventure car il veut réduire sa formation à un trio. Cependant, le mois suivant The Cure devient un quatuor avec le retour du guitariste Porl Thompson (beau frère de Robert Smith). Après avoir longuement peaufiné en studio les titres du prochain album, et avant de le publier, le quatuor se lance dans une tournée mondiale, le 4 Tour, à partir du 27 juillet 2007 au Japon, parcourant la Chine, Singapour, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Mexique, puis l'Europe et l'Amérique du Nord en 2008, achevant la tournée le 21 juin à New York. Le set, très fourni, pouvait durer parfois près de 4 heures. Les concerts de Paris-Bercy, New York et Charlotte aux États-Unis ont été filmés en vue d'un DVD. Finalement les shows de Charlotte et de Paris-Bercy font l’objet d’une diffusion à la télé. Le premier, intitulé 4Play in Charlotte, est diffusé dans une version d’une heure sur la chaîne américaine HDNet, le second, The Cure Live in Paris 2008, est proposé dans une version de 90 minutes sur Virgin17. Le groupe a prévu de sortir à compter du mois de mai 2008 quatre singles, à raison d'un par mois, à la date du 13 : The Only One le 13 mai, Freakshow le 13 juin, Sleep When I'm Dead le 13 juillet, The Perfect Boy le 13 août. Vient s'ajouter le 13 septembre un maxi intitulé Hypnagogic States comprenant des remixes des quatre singles. The Only One, Freakshow, Sleep When I'm Dead et le maxi Hypnagogic States réussissent à se classer à la 1re place des charts en Espagne, The Perfect Boy atteint quant à lui la 2e position. Le 13e album studio, titré 4:13 Dream sort le 27 octobre 2008 avec des critiques mitigées. Le disque inclut les quatre singles sortis plus tôt. 4:13 Dream devait être à l’origine un double album, mais à la suite de divergences entre Robert Smith et Geffen au sujet du prix de vente du disque et des royalties, il sort sous la forme d’un CD simple.

The Cure reste est des groupes les plus influents du Rock de ses trente dernières années, ayant influencé, de diverses façons des groupes aussi variés que A Perfect Circle, Deftones, Placebo ou Interpol et même Korn. Comme en témoignent les nombreux concerts donnés autour du monde, la scène est le terrain de prédilection de The Cure. Même s'ils ont joué dans de grandes salles et des stades, le groupe n'a jamais transformé ses concerts en shows gigantesques. Les décors restent sobres, seule une importante batterie d'éclairage vient « habiller » les chansons, soulignant la vigueur des plus rapides (jouées sur un tempo plus élevé encore et apportant de vraies transformations par rapport aux versions studio), ou favorisant une ambiance de recueillement pour les plus mélancoliques que Robert Smith fait vivre intensément grâce à son interprétation, comme Faith notamment. Sur scène, les membres du groupe sont relativement statiques, contrairement à beaucoup de formations Rock, ce qui offre un contraste avec les morceaux joués énergiquement. Un contraste qu'un journaliste exprimera, après avoir assisté à un concert en 1989, en titrant son article « La Violence immobile ».

14.5 / 20
2 commentaires (18/20).
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4 :13 Dream ( 2008 )

The Cure est un groupe qui a connu des hauts (Pornography, Faith, Disintegration et même le récent The Cure) musicalement parlant. The Cure est un groupe qui, en 30 ans de carrière, a influencé plusieurs générations. Mais The Cure a aussi eu des moments moins inspirés (Bloodflowers, Japanese Whispers), où Robert Smith semblait être une parodie de lui-même. Ainsi, quand 4:13 Dream, 13ème album du groupe, est annoncé, avec ses multiples singles en guise d'amuse-gueule, on a de quoi douter. Surtout après l'écoute de quelques unes de ces nouvelles compositions.

Un Underneath The Stars aérien, rêveur, pour ouvrir 4:13 Dream. Plus doux, posé, envoutant, mélancolique, voire romantique. Voilà la première idée qui vient au bout de quelques minutes d'écoute de 4:13 Dream. Mais c'est sans compter sur des chansons comme Only One : toujours cette voix avec un brin d'amertume portée par des notes délicates, enjôleuses que l'on avait (re)découvertes sur The Cure. Pourtant, 4:13 Dream semble plus joyeux, comme équilibré, moins dépressif. Equilibre parfois instable, précaire, Robert Smith est à double facette, ce qui peut rendre l'écoute de cet album plus déconcertant, autant par les sentiments que propage la musique que par sa qualité. Robert Smith et ses comparses savent créer des morceaux qui, à défaut d'être inoubliables, rendront l'écoute de 4:13 Dream plaisante. Scream, angoissant et désolant, éprouvant, frôlant la noirceur des premiers albums, ou encore Sleep When I'm Dead, déconcertant, où l'on retrouve quelques gimmicks de Smith, sont des compositions sur lesquelles on reviendra régulièrement. Un Switch enragé, aux cordes frémissantes, presque insouciantes, flirte avec le tubesque Sleep When I'm Dead, aux allures de single dépressifo-popisant. Real Snow White rappelle par moment un rock influencé par Oasis, Switch aura quelques petites touches d’un U2 (surtout le clavier en fond) dopé. It’s Over clôture l’album avec un son presque noisy, avec une fougue qui rajeunirait le groupe d’une dizaine, si ce n’est une vingtaine, d’années.

Mais The Cure sait aussi décevoir, comme sur le très lancinant, frustrant Sirensong. Les cordes sonnent comme berçantes, Robert Smith chante inégalement, certains passages en devenant presque exaspérants. De même pour This. Here And Now. With You, presque lumineux, préparant l'obscure Sleep When I'm Dead, mais sirupeux, mielleux, trop pour être crédible. Ces deux exemples, couplés à d'autres passages éparpillés tels des confettis sur 4:13 Dream (un riff, un couplet, ...), peuvent rebuter par moments, mais, au bout de quelques écoutes, ne choquent plus autant et ne gâchent plus l'écoute.

Pour les éternels fans de The Cure, 4:13 Dream fera pâle figure face aux anciens albums. Il ne sera sans doute qu'une amère déception d'un groupe déclinant, la noirceur de Pornography étant diluée dans un lac de mélodies parfois insipides et faciles tandis que le romantisme de Disintegration sera surmaquillé et faux pour ceux recherchant ces sensations sur 4:13 Dream. Les lignes de basse douloureuses feront place à des fredonnements de guitares rappelant une nuit plein d'étoile, marquant une rupture délicate avec le très récent The Cure.

The Cure retombe un peu à plat après l'intéressant The Cure. 4:13 Dream tournera sans doute quelques temps dans la platine, on y reviendra parfois, mais jamais avec autant de plaisir que d'autres disques du groupe. The Cure est donc de retour, parfois instable, bancal, l'ombre de lui-même au final sur les passages les moins intéressants. Quelques écoutes seront suffisantes pour apprécier (ou non) 4:13 Dream, mais pour ma part, je retourne m'allonger sous les étoiles, une larme de nostalgie roulant de mes yeux emplis de désespoir...


"No I can't remember
Anything I did or said
Or how I lost another life"

Tracklist : 01. Underneath the Stars - 02. Only One - 03. Reasons Why - 04. Freakshow - 05. Sirensong - 06. Real Snow White - 07. Hungry Ghost - 08. Switch - 09. Perfect Boy - 10. This. Here and Now. With You - 11. Sleep When I'm Dead - 12. Scream - 13. It's Over

A écouter : Hungry Ghost - Scream - Underneath The Stars

Perfect As Cats (Tribute To The Cure) ( 2008 )

Symbole d'une génération, The Cure est toujours très présent dans la musique actuelle. Ainsi, la sortie d'un album tribute n'est pas chose étonnante. Perfect As Cats se dévoile avec des reprises de divers groupes, de Xu Xu Fang à Ex Reverie, en passant par des plus connus comme Jesu ou The Dandy Warhols. La première partie du répertoire de The Cure semble la plus parcourue : des débuts (Killing An Arab, The Hanging Garden) à Disintegration (Lovesong), ce sont 33 nouvelles visions de la poésie de Robert Smith.

Perfect As Cats peut se décomposer en 3 parties : les covers à faire frémir de plaisir, celles qui sont de bonne facture sans pourtant apporter une véritable dimension au morceau et les dernières qui semblent bancales, éreintées à peine la première minute écoulée. On pourra toujours discuter de l’intérêt de faire un album de reprises, mais Perfect As Cats a vu tous ses bénéfices aller à l’association Invisible Children (contre l’enrôlement des enfants-soldats au Soudan). Cependant, ce qui nous intéresse ici est la partie musicale de l’iceberg…

Dans la première catégorie se côtoient en vrac le bluesy Hot Hot Hot!!! de Les Bicyclettes Blanches, A Forest dégoulinant de sensualité par Bat For Lashes ou encore Rio En Medio avec Pictures Of You. Ces derniers ne sortent que le piano et quelques cordes pour ensuite s'assoir et jouer avec délicatesse, un craquement de platine résonnant sur plus de 4 minutes avec fragilité. Morceau atypique, le trébuchant In Between days de Blackblack, au chant jamais trop juste, aux notes parfois maladroites mais où la sincérité et la douce voix séduiront sans remords... En vrac s'ajoutent à la liste Joker's Daughter (Kyoto Song), Xu Xu Fang (Fascination Street), Katrine Ottosen (The Love Cats), Voyager One (M) ou Mariee Sioux (Lovesong). Bref, environ les 3/4 de Perfect As Cats.

Seconde catégorie, quelques chansons sans accroc, mais sans réelle accroche : Grinding Halt de The Muslims, qui malgré un jeu de basse exécuté avec maitrise, se révèle trop proche de l'originale. Même chose pour Veil Veil Vanish et The Upstairs Room qui met pourtant de l'entrain à sa reprise et Lemon Sun avec The Exploding Boy qui semble se restreindre, se poser des limites qu'ils auraient largement pu franchir. The Funeral Party de Jesu pourrait sortir tout droit de Twin Peaks de Lynch. Envoutant, mystérieux, Broadrick arrive à transposer le morceau dans un univers hors du temps, mais reste pourtant décevant au vu de la discographie de l'ex-Godflesh.

Enfin, pour clôturer cette chronique, il faut bien parler des quelques reprises parfois inégales, si ce n'est ratées. We Are The World se pose en tête de liste, avec un Why Can't Be You fatiguant, bruitiste à l'extrême sans arriver à capter l'attention plus de quelques secondes. Même chose pour The Walk qui donne le sentiment d'être sali, vieux morceau joué en boucle depuis des années dans une discothèque déserte par Indian Jewelry et Geneva Jacuzzi.

Perfect As Cats offre une autre vision de la musique de The Cure. Exit les mélodies angoissantes de A Forest ou The Hanging Garden, la joie de The Kiss, place à de nouveaux sentiments. La quasi totalité des morceaux sont modifiés par les artistes réunis (parfois avec brio), certains diront pervertis, d'autres réappropriés. Personnellement, je retourne m'allonger sous cette frêle fraîcheur, emplir mon esprit de ces nouvelles sonorités...

A écouter : Oui, sans conteste

Trilogy ( 2003 )

En novembre 2002, The Cure enregistrait à Berlin deux concerts durant lesquels Robert Smith et les siens interprétèrent trois albums dans leur intégralité. Réunis sur DVD sous le titre Trilogy, ces concerts montrent que ce qui fut l’un des groupes anglais les plus fascinants des années 80 a plutôt mal vieilli.


En 25 ans d’une carrière qui aura connu sommets et combles, le groupe de Robert Smith aura enregistré quelques authentiques merveilles, qu’il s’agisse de rock décadent, de ballades inquiètes et éthérées, ou de pop-rock songs du meilleur aloi. Sans nier l’enchantement qui nous saisit lors du visionnage de ce concert, avouons qu’il est difficile de cerner ce qui réunit ces trois albums de Cure au sein d’une trilogie. Peut-être une évolution ? Du rock désespéré et angoissé de Pornography (1982) à l’inquiétude teintée d’une solennité quasi-religieuse de Disintegration (1989), jusqu’aux soubresauts mélancoliques de Bloodflowers (2000), le lien n’est pas évident.

Le concert commence avec celui que beaucoup considèrent comme le meilleur album du groupe, Pornography. Étouffant, urgent, angoissé, l’album est un maelström de synthés glaciaux, guitares malades, batterie cardiaque et chant de douleur. 20 ans après ce disque extrême, les monstres d’autrefois ont été éloignés. De fait, on sent nettement le poids de l’habitude au début du show : A Hundred Years, premier titre de l'album, est joué presque innocemment, pourrait-on ironiser.

Et c’est là où le bât blesse, car le groupe, sans être jamais ennuyeux, ne provoque pas l’enthousiasme. L’ensemble du concert sera joué de façon carrée et très professionnelle, et il ne faut pas nier le plaisir qu’on peut avoir, en tant que fan, à voir joués Pornography et Disintegration. Mais cela a-t-il encore un sens pour Robert Smith de rejouer certains morceaux 15 ans et 20 ans après leur composition ? Pornography, cet album hanté, fascinant de noirceur, fut écrit avec les tripes par un Robert Smith qui n’était pas si loin du suicide et de la folie, puis défendu en tournée par un groupe au bord de l’implosion. Disque extrême, déraison post-adolescente : du vrai rock, en somme. En vieillissant, Smith, depuis Disintegration, n’a fait que commettre des albums relativement médiocres. Et le choix, en troisième volet de la trilogie, de Bloodflowers, (album dispensable s'il en est) est très discutable.


La seule vraie trilogie de ce groupe fut celle, fantastique, qui liait Seventeen Seconds, Faith et Pornography, trois albums d’un rock décadent et sombre — l’histoire d’une chute. Trois albums dans lesquels, Smith, en véritable poète rock, avait fixé des vertiges, pour paraphraser Rimbaud. Pour qui a écouté des bootlegs datant du début des années 80, il y a lieu de se demander pourquoi, au lieu de sortir ce DVD bon sans être transcendant, le groupe ne cherche pas à éditer enfin un vrai live qui leur fasse honneur.


Même s’il est inégal, ce double DVD réserve quelques moments de pur bonheur. On retiendra surtout The Figurehead, superbe de désolation, et le bien nommé Cold, qui offre l’une des plus belles images du concert : Robert Smith lançant ce « Screaming at the moon – Another passtime » en levant vers des cieux illusoires ses yeux injectés de frayeurs.


C’est également avec plaisir qu’on écoutera, en rappel, deux extraits de Kiss Me Kiss Me Kiss Me, double album paru en 1987, assez inégal, mais dont les deux meilleurs morceaux — If Only Tonight We Could Sleep et The Kiss — annonçaient Disintegration.

A écouter : Tout, car c'est tout de m
11 / 20
4 commentaires (6.75/20).
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Japanese Whispers ( 1983 )

On ne peut pas s’empêcher de penser que quelque chose a changé, que le groupe est arrivé à un point fondamental de sa réflexion et de sa maturité musicale. Il est facile d’en trouver les raisons : tout d’abord Pornography est un album qui a tué le groupe, dans une folie salvatrice hors du commun, meurtrière et cathartique libératrice. Ce point culminant ne pouvait que achever le groupe, dans la démarche artistique dans laquelle il se trouvait. Finie la dénommée Cold Wave froide et machinale, bienvenue a la New Wave. En second lieu, un autre groupe est apparu en 1982 avec un album nommé A Broken Frame, et ce groupe c’est Depeche Mode. La vague est à l’instru' kitsh, aux sonorités disco et à la pop qui secoue légérement.

Les Cure sont un nouveau groupe, jouent une nouvelle musique. Les instruments sont résolument optimistes et les mélodies bien moins désilusionés. La rythmique ne bétonne plus le plus fort possible sinon qu’elle tamponne avec douceur un beat typé dancefloor. Des claviers kitsh, en voici en voila, par exemple sur Let’s Go To Bed ou The Walk. Les mélodies sont très téléphonées et peu profondes. Quand les claviers sont appuyés par la guitare, on retrouve quand même le feeling du groupe, comme sur Just One Kiss ou Lament. Quant à la voix, on sent une naïveté nouvelle et optimiste dans les intonations de Robert Smith, une sorte de contemplation béate d’un futur toujours plus rose.

Là où les trois précédents albums nous enterraient dans une noirceur hors du commun, Japanese Whispers prend le soin de renouer avec le bonheur, l’envie de parer des plus gros apparats son corps pour s’intégrer dans le monde et plaire aux autres.
Finalement, des fois la sauce prend pas mal, comme sur le très rigolo Speak My Language, très enjoué et très bal musette en somme. The Cure déride son habituel rictus malsain et diabolique, dans un sourire idiot et heureux. La guérison c’est ça, une joie soudaine et emportée. Dommage pour la musique, en somme. Un nouvau groupe est né, pour un premier essai, il reste pas mal, peut être un peu mal vieilli, mais comme beaucoup de cds de cette époque. Pourtant tout ne sort pas ex Novo et le groupe a son propre son en pilier du tout, qui sauve le cd d’une catastrophe certaine. Bien évidemment, le cd est rempli de singles potentiels, qui ont d’ailleurs fait un tabac : Let’s Go To Bed, The Walk, The Lovecats (autant d’optimisme est presque déconcertant) ont été des tubes en puissance. Mais á côté de ceux-ci, on trouve de jolies choses, qui laisse présager de beaux futurs, bien que ce cd est dans le contexte une immense déception. Mais personne ne souhaite la mort ou le suicide à un artiste. Curtis a choisi le suicide, Smith a réussi sa propre cure.

A écouter : Lament, Just One Kiss.
18.5 / 20
13 commentaires (18.62/20).
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Pornography ( 1982 )

Faith n'a pas été suffisant. Au lieu de s`être fait album de la salvation et de la rédemption il aura libéré encore plus de mal être. Pornography libére ce mal être d'une forme décadente et sournoise. Tous les sons sont distordus et disproportionnés. La musique dégage une sorte de vice hors du commun. Tel un possédé, Robert Smith se libére et délaisse un pudeur inhibitrice. Le résultat en est déroutant. La place autrefois accordée à la basse est cédée à des claviers en nappes similaires à des orgues (la basse reste tout de même  présente). Ces nappes profanes sont rejoints par une batterie iréelle, au son intemporel. Les rares incursions de guitares sont agressives, avec un son plus distordu qu'auparavant, plus étrange (A Strange Day).Ce cd enfonce le groupe dans le creux d'une terre perdue sous ls régne du chaos. En quelque sorte, une attitude bon enfant n'a pas suffit à accomplir cette libération du mal être. La solution proposée içi est un hymne a la débauche, à la haine d'une norme et de valeurs préconstruites. Les deux chansons qui d'ailleurs proposent une esthétique plus explicative (Cold et Pornography) sont des hymnes au suicide. Cold impose une basse distordue très résonnante au son grandiloquent.

1982, les choses ont enfin changé. Là ou The Cure jouait dans la mesure et dans la norme, 2 ans plus tard, ils délaissent une normalité bafouée qui a accentué un mal être. Ce mal-être croissant sur le cd est d'une rare homogénéité. Pornography est malsain car il a mis de côté la naïveté. Tout est sournois et calculateur, dans un monde paranoïaque où les murs remplis de pointes acérées se reserrent. Surrenchére semble içi être un mot d'ordre:surrenchére d'effets qui donnent une grandiloquence diabolique au tout. The Cure est un serpent qui mue pour la derniére fois, qui lance ses derniéres cartes dans un jeu avec lui même ( on peut le mettre en paralléle avec Closer de Joy Division qui lui a laissé sa vie dans ce jeu périlleux). Tout simplement destabilisant et bouleversant.

Et de trois, la trilogie est bouclée. Ce sont peut-être les trois cds les plus complémentaires jamais composés. Pornography a enfin sauvé le groupe, malheureusement pour nous vu la piètre force de la suite.

A écouter : Tout
18.5 / 20
6 commentaires (16.08/20).
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Faith ( 1981 )

1981, un an après Seventeen Seconds beaucoup de choses ont changé et pourtant tout est resté pareil. The Cure a durci le ton, extrémisé une musique cathartique. En effet, le côté naïf qu'on pouvait sentir sur Seventeen Seconds a complétement disparu. Il est difficile de retranscrire une ambiance dans une chronique mais l'écoute révèle aisément ce penchant pour une épuration encore plus notable.

La basse a durci son jeu, aucune des parties qu'elle joue ne passe inaperçue : Primary impose son rythme punkisant dans un jeu de cordes presque slappées. Là ou Seventeen Seconds laissait un espoir, dans des mélodies limpides, une lumiére dans des sons clairs, Faith n'impose qu'ombre et fantômes. Peut-être fantôme, car Robert Smith n'est plus qu'une ombre entre folie et suicide à cette époque. Cette basse monolithique prend le pas aux guitares claires tout le cd. Jamais la musique ne se permettra d'escapades mièvres ou de clavier clair. Les seules nappes existentes sont de lentes ambiances synthétisées (Funeral Party). Ainsi, rythmique et mélodies se mélangent pour ne donner qu'un combat aboutissant á des itérations opressantes.

Oui, Faith lobotomise, crée un monde grave et déphasé, un monde de cordes qui martélent les unes contre les autres. Pourtant Faith est bien un album des Cure. Seventeen Seconds n'a pas paru suffisant pour exorciser les démons du groupe. Ainsi, Faith enfonce le désespoir un poil plus profond. L'aspect maladif est beaucoup plus déroutant. Finalement, on se laisse emporter par un tourbillon qui refléte une aliénation mentale hors du commun. Quant à Robert Smith, il n'émet plus aucune onde positive. Les envolées lyriques dans Seventeen Seconds étaient des souffles d'espoir. Içi, il se contente de poser un ton monocorde et lancinant, en dessous de ses propres capacités. (All Cats Are Grey).

Finalement, l'apocalypse est incarnée dans une derniére piste des plus boulversantes. A la fois opressante sur sa durée et sur ses sonorités malsaines répétées à l'infini tels des échos religieux et à la fois salvatrice de par le vide qu'elle crée autour de soi. Une pièce maîtresse dans ce que sera Tarentel et son Ephemera, en quelque sorte une humilité qui n'aspire pas a exploser, monocorde et lancinante, telle une révérence, un hommage à la paranoïa.

Et de deux...chefs d'oeuvre.

A écouter : Tout
17 / 20
4 commentaires (17.25/20).
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Seventeen Seconds ( 1980 )

Premier réel effort de The Cure, cet album lance le mot post punk dans l'aréne musicale. The Cure reálise donc quelque chose d'unique dans un monde musical : une innovation. Chroniquer un cd d'un certain âge en 2005 veut tout d'abord marquer si le cd se fait vieux ou pas. Sur ce point, étrangement, la production aurait trés bien pu être la même en 2005. Il est d'ailleurs notable qu'interpol n'est pas si loin de ce son dans sa façon d'aborder un revival rock, mais ceci est une autre histoire.

Seventeen Seconds est un album succint, qui va directement à l'essentiel. Qu'est donc içi l'essentiel? Un gouffre amer et désilusioné d'une génération désenchantée en perte de repére. Les morceaux conservent tous une ossature de base : clavier clair, guitares limpides presques déselectrisées, basse monolithique très itérative et un rythme de batterie qui impose son chemin linéaire. En cela The Cure innove. les compos ne se veulent pas pédantes , orgeilleuses ou progressives. La bande a du mal être a revendre et ne le cache pas derriére des fioritures. Les mélodies restent très limpides et facilement cernables.

Alors, ce qui donne une autre dimension au cd, ce sont des ambiances maladives, toujours nauséeuses et malsaines. M est l'exemple d'une ballade a première vu naïve, mais de par la façon dont la basse est mixée, dont la voix de Robert Smith larmoie, on se surprend à sentir un malaise. Même des mélodies plutôt dansantes : A Forest où la batterie typiquement post punk martéle un peu plus rapidement sont infestées, gangrénées par cette désilusion. Seventeen seconds ne se veut pas ambitieux, juste sincère et personnel. Le monde autiste crée par The Cure vaut le détour et remet en question pas mal des fondements émotionnels.

Et de un...chef d'oeuvre.

A écouter : Tout