La discographie de The Appleseed Cast s'écoute comme lorsqu'on découvre les premières neiges. La même sensation d'apaisement et de nostalgie qui s'empare peu à peu de chaque note, envelopée dans la froideur du matin. L'histoire chaotique du groupe et les flocons nés de chaque tempête témoignent d'un groupe en quête d'un absolu, prêt à s'effacer et à se renouveler à chaque album. Fruit d'un long silence, après une période chargée au début des années 2000, Sagarmatha pourrait bien être le toit sous lequel a toujours cherché à se réfugier TAC.
La magnifique ouverture, "As The Little Things Go", confirme dès les premières notes le virage stylistique pris par le combo. Longue piste presque entièrement instrumentale de plus de huit minutes, le morceau balaie une étendue de glace, les guitares s'époumonant dans l'immensité durant les dernières minutes. Sagarmatha est ambitieux, la plupart des pistes dépassent les six minutes et s'affranchissent bien souvent des schémas traditionnels. Le chant n'est plus la pièce maîtresse, ce n'est qu'un élément de fond, un dernier point de repère, sporadique, avant que ne l'engloutissent les pics émotionnels érigés avec délicatesse tout au long du disque.
Tour à tour incisif ("A Bright Light", "South Col") ou plus aérien ("The Road West" et ses mélodies réverbées contemplatives, "Like a Locus", ses battements organiques), TAC semble goûter à une liberté retrouvée, offrant une froideur insidieuse comme on la retrouve chez Moving Mountains ou les suédois de Jeniferever. Entre les déluges d'étoiles, "The Summer Before" sonne comme une - courte - réminiscence du passé avec sa structure plus classique, son chant typé en écho et ses guitares lumineuses, avant d'annoncer une fin d'album somptueuse, "South Col" et la virevoltante "An Army of Fireflies" en clôture.
Au-delà de la tournure post-rock clairement prise par cet album et l'abandon de compositions directes qui touchent immédiatement au coeur, The Appleseed Cast prend le pari d'étaler son spleen sur des morceaux tortueux et travaillés à l'extrême (rappelant certaines compositions de Low Level Owl), vivifiant ses compositions par des passages beaucoup plus éthérés qui ressemblent à des étendues de glace en plein soleil. On sublime le moment en allongeant l'instant au maximum. Une brise souffle sur cet album. Celle qui ranime les coeurs; celle qui fait frissonner.
A écouter : oui.