On avait laissé Tess avec un bilan des plus mitigés et un EP plein de failles. Ils nous reviennent avec La Dame de Cœur, bien décidés à proposer un autre jeu (de carte).
Et quelque chose a bel et bien changé. Tess est plus mature, plus déployé, plus massif aussi. En somme, Tess a désormais la volonté de se montrer de manière moins naïve et fait pour cela quelques emprunts au métalcore. La double pédale densifie ainsi les morceaux, les riffs se font plus écrasants et la production aide les messins à trouver plus d’espace. Comme on pouvait s’y attendre, le quatuor suit donc le chemin de d’Atreyu ou d’Escape The Fate en ajoutant à son emocore une touche plus métal et plus agressive ("Frénésie", "La Fée de l’étrange").
Si Tess a donc gagné en assurance et en assise, certains défauts demeurent toutefois. Le chant – en français - a du mal à s’extirper des travers de cette scène française gangrenée par la référence Vegastar ("Le colorant et l’angoisse"). Les paroles, pas toujours inspirées et un brin caricaturale n’aident pas à gagner en hauteur et renvoie à cette position inconfortable, coincée entre désir de brutalité et aspiration à rendre le genre plus accessible ("Sous les racines"). Et c’est bien ce qui gênera tout une partie de l’auditorat : ce côté un peu trop contrefait, trop proche de tout ce qui a déjà été réalisé cette dernière décénnie, trop dicté par une volonté de s’inscrire dans un écrin formaté.
Avec La Dame de Coeur, Tess est probablement parvenu au résultat escompté. Les 9 titres sont solides, tiennent la route et ne sont pas dépourvus d’énergie palpable. En outre, l’intro et l’outro, se renvoyant quelques notes de piano égrenées, et l’arpège d’Adieu" démontrent une sensibilité et une créativité appréciable, qu’on ressent par ailleurs dans "Années Closes", la chanson la plus en réussite de l’opus. Le manque d’originalité, l’aspect éculé de la formule, la dénaturation de l’emo d’origine ne sont pas pour autant absents, mais ça, le groupe doit le savoir.
A écouter : "Années closes", "Adieu", "Naissance"