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Biographie

Taake

C’est en 1993 que le groupe se forme sous le nom de Thule. Hoest, membre fondateur, s’inspire autant du métal des années 80 que des pionniers du black metal. Après l’enregistrement de deux démos, le groupe se rebaptise Taake et sort en 1995 et 1996 une demo et un EP, posant les bases tant au niveau musical que des textes : atmosphères oppressantes proches des racines norvégiennes froides et crues. S’en suit alors sur sept ans, la  trilogie grandiose qu’est Nattestid Ser Porten Vid (1999), Bjoergvin (2002) et Doedskvad (2005). On attend un nouvel album pour 2006, dès que le chanteur et le guitariste seront libérés de prison (!). 
 

Chroniques

Taake Doedskvad
16 / 20
2 commentaires (16/20).

Taake ( 2008 )

2008 : Fin de l’attente. Ces dernières années, plus ou moins la moitié du groupe est passée par la case prison, retardant par la même occasion la possibilité de sortie d’un successeur à l’immense Hordalands Doedskvad, mais peu importe. « Plus ou moins » car Taake c’est avant tout Hoest et que le lineup ne cesse de changer. « Peu importe » puisque ce dernier est bel bien repassé par la case départ et est de nouveau prêt à répandre son art noir en musique. Reste à voir s’il a empoché les 20000 euros au passage…

Ce qui, au fil des années, frappe avant toute autre chose chez Taake c’est cette dimension à la fois épique, mélodique et éminemment « trve » que l’entité norvégienne a su donner à sa musique. Un Black Metal aux yeux grands ouverts sur le courant des musiques extrêmes dans son ensemble, viking jusqu’au bout du corpsepaint et s’épanouissant dans une célébration grandiloquente de ses origines nordiques tout en allant piocher des éléments ci et là sans jamais se dénaturer.
Aujourd’hui, Taake fait suite à Svartekunst : pas complètement inutile mais dispensable cet EP semblait devoir faire office d’échauffement comme si Hoest, encore léthargique, avait peiné pour déplier sa carcasse une fois de retour aux affaires et préférait alors la jouer petits bras. Oubliez tout cela car, je vous l’annonce, Taake est bien là et ce dans une forme olympique.
Dès les premiers instants Atternatt, Hoest scelle le son de ce quatrième album, reconnaissable entre mille… et qui semble pourtant avoir évolué. En effet la production limpide et rêche de Hordalands Doedskvad a connu une cure d’amaigrissement, perdant légèrement en puissance pure, alors que les ingrédients typiques du groupe semblent eux être bien resté en place.  Guitares acérées sans être grinçantes, batterie martelée de frappes sèches et claires, basse galopante sont bien là… et pourtant, alors qu’avance le disque, impossible de ne pas penser que, si Taake n’apporte aucune réelle nouveauté, Hoest a une fois encore perfectionné son art. Entre titres grandioses, hurlés à la mort (Lukt til helvete) et cavalcades effrénées (la terrible Velg bort livet), la formation poursuit dans la voie qu’elle s’est construite depuis dix ans tout en synthétisant tout ce qui faisait sa force. Takke est un disque profondément noir, angoissé et mélancolique parcouru de moments de bravoure comme peu savent en faire. Taake est lugubre, glacial, fielleux ; sa musique est arrogante et fière, Rock n’Roll brutale et mélodique. Taake ou une certaine idée de la noirceur… qui irait de paire avec la classe. Et tout aussi incongrue que puisse paraître l’évocation de ce concept au sujet d’un disque de pur Black Metal, elle n’en reste, je pense, pas moins vraie. Tout simplement.

Alors, certes, Taake ne surprend pas si ce n’est par la qualité indécente de ce nouvel album. On aurait presque aimé les détester tant il était évident que le risque de d’accoucher d’un album bâtard ou à demi raté pouvait sembler élevé suite à la trilogie fabuleuse l’ayant précédé. Sauf que Hoest n’est pas n’importe qui et qu’il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas. Après tout il eut été fou de penser sérieusement qu’il pouvait faire d’un diamant brut, si soigneusement poli depuis des années, autre chose qu’une pierre d’exception…

A écouter : Comme un prolongement immdiat de la trilogie
17 / 20
12 commentaires (18.92/20).
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Doedskvad ( 2005 )

Dernier volet de la trilogie entamée par Nattestid sed porten vid ( 1999) et Over Bjoergvin Graater Himmerik (2002) Doedskvad confirme s’il en était encore nécessaire que Taake est un des plus grand groupe de Black contemporain. Par où commencer ? Tout dans cet album semble avoir été mûrement réfléchit, de la production aux émotions qu’il suscite, faisant de Doedskvad un disque extrêmement riche et complet.
Commençons par l’aspect technique : comme sur Over Bjoergivn... la production mêle noirceur necro grésillante et pureté du son, permettant ainsi à l’auditeur de profiter de chaque arrangement sans pour autant basculer dans un univers trop aseptisé.
La maîtrise technique des musiciens est évidente et l’on alterne sans peine envolées ultra violentes et lenteur massive et mélancolique. Le chant quant à lui, et même s’il varie moins que sur les anciens opus (exit le chant clair) n’en reste pas moins un atout majeur de Taake. Les hurlements d’écorché vif crachant une haine étincelante et pure, entrecoupés de grognements de possédé ne font qu’un avec la violence des guitares et le martèlement de la batterie. On notera de plus une place importante des basses, véritable ossature des morceaux et instrument essentiel dans la musique des norvégiens. A la fois lyrique et complexe lors de passages mélodiques, elle donne toute leur force et leur puissance aux phases violentes.
 Mais restons-en là pour ce qui est de l’aspect technique, car disséquer plus profondément ce chef d’œuvre reviendrait à rompre le charme s’en dégageant.
C’est en effet un des disques de black metal le plus complet qu’il m’ait été donné d’écouter. Tout dans Doedskvad converge vers une image : une perle noire et brillante, pure, glacée et délicate. On est loin de la barbarie de Ragnarok (autre projet de Hoest, tête pensante de Taake) ici, tout est ciselé, travaillé pour offrir un rendu moderne et intelligent. Le black metal des norvégiens ne s’arrête pas à un crachat de haine primaire et viscérale, et malgré de nombreuses phases ultra violentes, chaque riff, tel un sombre diamant, nous offre une facette mélodique à la mélancolie exacerbée, à la tristesse presque palpable. C’est pourquoi (mais cela ne tient qu’à ma sensibilité personnelle) cet album ne s’impose à moi que part la beauté et la noirceur qu’il extrait des ténèbres et non par le dégoût et la laideur. Chaque morceau est une ode à la noirceur, que ce soit le cultissime morceau d’ouverture ou l'instrumental. A cette tristesse implacable s’ajoute tout au long de l’album (très nettement sur la 6ème piste instrumentale) un feeling nordique et païen  faisant des morceaux de véritables hymnes vikings et guerriers et offrant à nos yeux ahuris de vastes plaines scandinaves.

 Doedskvad est une entité fascinante offrant avec virtuosité un délicat rêve cauchemardesque, de la haine à la tristesse, révélant l’éclat morbide des ténèbres. Jamais un album de black n’avait été le vecteur d’autant d’émotions et de frissons. Autant dire que c’est avec maestrio que Taake clôt sa trilogie, avec ce subtil chant de désespoir et de haine. A écouter impérativement.

A écouter : dans l'ordre et en entier