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Biographie

Sunn O)))

Stephen O' Malley (Khanate, Lotus Eaters) et Greg Anderson (Goatsnake, Teeth Of Lions Rule The Divine) sont des icônes du milieu Stoner / Doom / Drone. Sunn O))) a été crée en hommage au fascinant Earth 2, référence Drone Doom. Le groupe a réedité ses démos en 2005, les Grimmrobe Demos. L'évolution se fait sentir. Un 00 Void lumineux, un White 1 grandiloquant et magistral, un White 2 plus rapide et enfin un Black 1 révolutionnaire sont les assauts d'un monstre qui se réveille. Le groupe s'illustre par des prestations scéniques éprouvantes en forme de messes noires malsaines. Réputé dans le milieu, Sunn O))) bénéficie de l'apparition d'un grand nombre d'invités au sein de sa discographie : Attila (Mayhem), Malefic (Xasthur) entre autres... Une expérience autiste et complétement unique avec deux guitares feedbackées lourdes et lancinantes. Suite au projet Altar les liant principalement à Boris en 2006, Sunn O))) revient dès l'année suivante avec une nouvelle pièce baptisée Oracle. Fin 2008 voit l'arrivée de Domkirke, live uniquement sorti en LP qui a la particularité d'avoir été enregistré dans une cathédrale. Tout ceci sans compter les multiples eps et lives sortis en nombre limités par Sunn O))).

A noter un projet parallèle à
Sunn O))) qui ne donna qu'un concert : Pentemple, où l'on retrouve les deux compères et d'autres musiciens.

14 / 20
8 commentaires (15.31/20).
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Kannon ( 2015 )

Dire qu’il était attendu serait un doux euphémisme. Six ans que les fans bourdonnaient d’impatience et le voilà enfin! Kannon succède à un Monoliths&Dimensions démentiel, qui à l’époque tranchait par une radicalité quelque peu aseptisée et une ouverture grisante vers d’autres horizons. Après une série d’albums collaboratifs plutôt tièdes dans l’ensemble, les Américains sont attendus au tournant.

D’emblée, quelque chose ne tourne pas rond. Trois titres, trente trois minutes, un album, six ans. L’album n’a pas encore tourné que l’on se demande si l’on n’a pas perdu un fichier en route ou si la mention « E.P » ne se cache pas quelque part. D’autant plus lorsque l’on jette un œil à la discographie du groupe et que, par exemple, un E.P comme Oracle sorti en 2007 culmine à presque quatre-vingt une minutes. Ce détail n’en est plus vraiment un lorsque cela fait six ans qu’est attendue la suite de ce qui est certainement leur meilleur album : Monoliths & Dimensions. Certes, il y eut entre temps quelques sorties collaboratives avec notamment Nurse With Wound (2011), Ulver (2014) et Scott Walker (2014). Toutes très alléchantes sur le papier mais globalement assez décevantes sur le fond.

Kannon a un ancrage très traditionnel. L’équipe habituelle est au rendez-vous : Stephen O’Malley et Greg Anderson à la composition, Randall Dunn à la production et les fidèles Attila Csihar et Oren Ambarchi figurent sur la liste des invités. Ainsi, fatalement, les trois morceaux éponymes qui composent ce nouvel album ont un air de déjà vu. Là où Monoliths & Dimensions prenait des risques, Kannon se veut beaucoup plus « conventionnel ». Entre guillemets, oui, il s’agit de Sunn O))) tout de même. Musicalement pourtant, il s’agit de leur album le plus accessible. Par sa durée bien sûr, mais également par son tempo curieusement élevé. Terminé la note d’outre-tombe prolongée quatre minutes durant, la variation est ici de mise. La voix toujours si impressionnante d’Attila Csihar vient se poser sur un terrain mouvant où la mélodie grappille petit à petit l’espace, bien loin de la dissonance extrême d’antan. Attention tout de même, Kannon n’est pas un mauvais album. S’il trouve tout son intérêt particulièrement dans sa première et dernière partie, celles-ci n’apportent toutefois rien de neuf et un certain manque d’audace se fait ressentir. Une déception par rapport aux attentes suscitées.

Presque vingt ans après sa création, Sunn O))) a acquis un statut de groupe culte, notamment grâce à des performances live uniques. Kannon ajoute une nouvelle pierre un brin chancelante à un édifice malgré tout solidement ancré dans la culture avant-gardiste du 21ème siècle.

A écouter : Kannon 1, Kannon 3
16 / 20
7 commentaires (14.71/20).
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Terrestrials (avec Ulver) ( 2014 )

Tandis que la plupart des groupes de nos jours contribuent à cimenter la forme amorphe de la musique, certains ont pour but d'en dépasser les frontières à chaque enregistrement. Pour l'un, la musique est le ressenti du corps humain sous les vibrations émanantes d'un mur sonore, pour l'autre, c'est une cérémonie contemplative qui se vit plus qu'elle ne s'analyse. Bien qu'il était difficile de définir le résultat escompté, cette alléchante collaboration nous promettait déjà monts et merveilles. Et quelle meilleure représentation du Soleil et de la Terre que Sunn O))) et Ulver?

De par ses trois mouvements distincts, Terrestrials retranscrit parfaitement l'étoile et son cycle. Son déploiement sonore se veut progressif, laissant la chaleur gravitationnelle de cette immense boule de feu nous submerger au fil des secondes. Let There Be Light, s'ouvrant dans une nuit sombre sur huit minutes en crescendo, cède place à la lueur d'un jour nouveau. Les cuivres retentissent au loin, les pensées s'effacent et notre subconscient prend vicieusement le dessus pour un voyage dématérialisé à travers cette lumière astrale. Le Soleil est levé.
Alors qu'on imagine être porté délicatement jusqu'au terme de cette œuvre, les cordes résonnent, les sons deviennent sourds et l'ambiance inquiétante atteint son paroxysme lorsque les instruments s'effacent derrière une infime onde glaciale. Western Horn, évoluant dans un paysage hanté finalement illuminé, se déplace peu à peu vers le point opposé à l'aube. Le Soleil se couche.
À nouveau plongé dans l'obscurité la plus totale, Eternal Return amplifie l'écho d'une éclaircie libératrice en approche. Titre inlassablement mélancolique dont la divine orchestration des violons ne cessera d'émouvoir au fil des écoutes. Le perpétuel mouvement solaire est ainsi clos.

Aux fans irrépressibles de Sunn O))), ne cherchez pas là de vibration dronèsque. Bien que se reflétant au dernier en date Monoliths & Dimensions, nous ne sommes pas dans du "Maximum volume yields maximum results" mais dans une musique bien plus introvertie. Ce n'est pas étonnant lorsqu'on sait la vocation de Stephen O'Malley à proposer à chaque collaboration un résultat éloigné du son de Sunn. Une vision qui fait la force de cet artiste au combien prolifique.
Il vous faudra attendre la seconde partie du dernier morceau pour entendre ce chant nordique si particulier et obsédant de Kristoffer Rygg. Narrateur de la souffrance d'un peuple biblique tapi dans l'ombre éphémère de la nébuleuse avec un texte explicitement adjacent à l'ésotérisme de l'étoile. Un album avare en paroles et en percussions comme l'était Messe VI-IX mais qui propose un tout autre concept.

Ce duo de groupe surpasse toutes les espérances, ô combien importantes, qui gravitaient autour de cette nouvelle sortie. Terrestrials offre ainsi une expérience angoissante et avant-gardiste qui captivera jusqu'à la dernière seconde de Eternal Return, faisant naître chez l'auditeur des émotions incontrôlables. Une œuvre à part entière qui se dévoilera uniquement dans son intégralité. Le seul reproche que l'on pourrait lui faire est sa durée qui dépasse à peine la demi-heure d'écoute, mais cela suffit à nous transporter à travers ce concept fascinant qu'est le Soleil.

"The desert rests. Listen silent. Let the letters tell."


L'album s'écoute sur Bandcamp.

A écouter : Tout
14.5 / 20
2 commentaires (16.5/20).
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Soused ( 2014 )

Sunn O))) n’a jamais été avare en collaborations. Earth, Nurse With Wounds, Boris, et Ulver plus récemment, tous en dépit de leurs horizons divers ont flirté avec les vibrations du duo encapuchonné.  De près ou de loin cependant, car comme le savent ceux qui suivent ardemment leur discographie, Stephen O’ Malley et Greg Anderson n’ont pas pour habitude d’imposer leur style si particulier à leurs heureux invités, mais davantage d’écrire une œuvre commune et unique avec eux. « Rien ne se créée, rien ne se perd, tout se transforme » comme le disait Antoine Lavoisier. Rien alors ne permettait d’imaginer quelle serait la teneur de cet LP en compagnie de Scott Walker, si ce n’est quelque bref trailer sur la toile (impatience des fans/promotion oblige) qui n’eût d’autre effet que d’attiser une curiosité plus vive encore.

En un peu moins de deux minutes, les musiciens instauraient une ambiance oppressante, glauque, qui se révèle prépondérante sur l’album dans sa totalité. Soused n’est pas un apaisant White 2. Soused n’est pas non plus un Black One profond et où ne perce aucune lumière. Rien de tout cela, ici c’est la froideur de ces guitares vaporeuses, monochromes et quasi inchangées qui règne. Toujours en arrière-plan, comme un fil conducteur stoïque mais rassurant, en pleine lutte contre ces percussions et incursions électroniques sporadiques qui évoquent un Indus désincarné, prenant l’allure d’une fausse cadence. Leurre. Ici on donne au terme « Expérimental » son sens propre ; les artistes tentent, abandonnent, répètent deux fois, trois fois ce brusque départ vers les aigus ou ce rythme furtif que l’on remplacera par un autre plus tard.
Seul persiste ce fond Drone entêtant, brisé par les vocalises de Scott Walker, qui se manifestent dès la première seconde de « Brando ». Le chanteur gratifie chaque morceau d’une voix puissante, haut perchée, qui constitue une grande part de l’aura globale de l’album. Walker, tout comme de précédents guests de Sunn O))) (Attila Csihar ou Malefic de Xasthur),  se distingue par une tessiture unique, proche de chants d’églises (« Herod 2014 ») et aux mélodies presque faussement enjouées. Un parti-pris assumé qui demandera sans doute un temps d’adaptation, s’il ne rebute pas catégoriquement.

Mais Anderson et O’ Malley n’ont pas l’habitude de faciliter la tâche de l’auditeur, et cette volonté de toujours fouiller plus n’est pas démentie par l’atmosphère sinistre de ces cinq titres. Pourtant « Brando » débutait sur une note d’enthousiasme, éclairé par cette sample de « Sweet Child O’ Mine » des Guns N Roses. Impression fugace dont auront raison les beats lancés comme des coups de fouet et autres violons crissant et lancinants, prêts à bâtir un cadre hostile en clair-obscur ; rien ne prépare aux multiples dissonances, tant l’inattendu joue ici un grand rôle. De la même manière, « Bull » ou « Fetish » lancent des mélopées emphatiques, supportées par un refrain où la batterie et les guitares s’unissent pour un rendu quasiment Rock, avant de sombrer à nouveau dans cette tension envahissante. Le final quant à lui délaisse toute forme de grandiloquence et l’on y retrouve un Scott Walker qui lâche ses dernières paroles dans des élans glacials sur fond de claviers stridents, assez peu agréable à l’écoute. « Lullaby » achevé, cette dernière pièce laisse perplexe et conclut un album qu’il est difficile de juger, car définitivement à l’Avant-Garde et inédit.

Passées quelques écoutes, on réalise que Soused n’est que soubresauts, longs calmes plats avant de courtes tempêtes, une symphonie démantibulée et déconstruite qui le rend difficile d’accès. Il y a fort à parier que ce travail ne fera pas l’unanimité, un constat tout à fait justifiable et pardonnable. On ne peut se résoudre cependant à réduire cette collaboration à un simple délire d’élite underground, car l’œuvre est emplie de passages intéressants et procure par-dessus tout des sentiments que l’on retrouvera péniblement chez d’autres orfèvres de la musique sombre et marginale.

A écouter : Brando, Bull
17 / 20
10 commentaires (16.75/20).
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Monoliths & Dimensions ( 2009 )

Sunn O))) avait distillé les informations sur son nouvel album au compte goutte. Aucun leak sur internet avant le jour de sa sortie, aucun disque promo, rien si ce n’est des séances d’écoutes organisées dans quelques grandes villes, des reports de journalistes enthousiasmés par la première écoute, ainsi qu’un petit texte de présentation sur le blog de Southern Lord. On savait que Sunn avait tenté autre chose avec cet album et ça s’est confirmé dans quelques interviews où le groupe disait avoir exploré de nouveau territoires sonores, avoir aussi incorporé des ensembles de cordes et de cuivres dont le trombone de Julian Priester, auteur du magnifique album Love, Love sur ECM dans les années 70 et illustre collaborateur de Sun Ra, de Herbie Hancock (sur la trilogie MwandishiCrossings / Sextant notamment) et de John Coltrane sur l’album Africa / Brass. Et puis il y avait le nom du dernier morceau, Alice, en l’honneur d’Alice Coltrane – la femme de John – harpiste et pianiste de renom dont on imagine que les albums de jazz vibratoire à forte teneur spirituelle ont grandement apporté au duo. Avec toutes ces infos on avait en fait plus d’interrogations qu’autre chose à propos de ce fameux Monoliths & Dimensions. Et de sacrées attentes il faut bien l’avouer.

Et ces attentes n’ont pas été déçues. Pour couper court à tout faux suspens, Monoliths & Dimensions est probablement, à ce jour, l’un des meilleurs albums de Sunn O))). C’est aussi, comme ils nous l’avaient dit, leur opus le plus musical.

Aghartha, qui ouvre l’album, est à ce titre une véritable merveille. Non, ce n’est pas une référence volontaire au génial live éponyme de Miles Davis, même si tous les collaborateurs de cet album sont des fans convaincus du trompettiste. Disons que c’est plutôt un heureux hasard. Alors certes dans les premières secondes on se sent en terrain balisé : d'énormes riffs de guitare vibratoires à très basse fréquence qui font trembler les murs. Mais bien vite on remarque un travail sur le son encore plus énorme qu’il avait déjà pu l’être auparavant. En poussant le volume à niveau convenable, on entend tous ces détails, ces échos et ces nappes de son. Les vibrations diminuent, reprennent de plus belle, et le morceau respire, il prend vie. Et Attila Csihar (le chanteur de Mayhem) de broder autour d'une vieille légende qui révèle l’existence d’un continent sous les continents, à l’intérieur de la Terre, et qui répondrait au nom d'Aghartha. Ce dans la langue de Shakespeare, avec son génial accent hongrois en prime. Le morceau devient ensuite merveilleusement cinématographique, très imagé, avec un son et une ambiance ciselés. Grandiose.

Et puis il y a les deux morceaux centraux, plus courts, 10 minutes chacun, qui sont sans doute les morceaux les plus « classiques » (toutes proportions gardées) de Sunn O))). Pas péjorativement, juste que ça riffe comme jamais Sunn n’avait riffé, sur Hunting & Gathering (Cydonia) on jurerait même entendre Boris des Melvins mixé à n’importe quel morceau du Earth 2 de Earth. Tout cela ne fait rien perdre à la superbe de ces deux titres majestueux, avec leurs cœurs féminins glaçants de beauté et leur instrumentation luxuriante et parfaitement orchestrée. Cette grandiloquence fait prendre de la hauteur à l’album et lui donne une belle dimension spirituelle, païenne, mais sombre, jusqu’au profondément lumineux Alice.

Ah, Alice ! Jamais un morceau de Sunn n’avait sonné ainsi. Le récent live Dømkirke avait montré comme leur musique pouvait s’envoler. Avec Alice on est bien au-delà encore, plus haut, ou plus profond à l’intérieur. Il y a là quelque chose de presque floydien, d’aérien en tout cas. Le son des cuivres joue le jeu des larsens de guitare et même le silence, comme dans un morceau de jazz, devient musical. Au passage, comment ne pas penser à  It's About that Time de Miles Davis sur l'album In a Silent Way ? Et puis le solo de trombone de Julian Priester qui conclut l’album, à tomber de beauté, inonde l’album d’une lumière éclatante. La musique de Sunn est plus que jamais vivante.

Monoliths & Dimensions est un album résolument tourné vers les hauteurs. Sa conclusion ne fait que mettre en évidence la lumière qu’il y a toujours eu dans la musique du groupe, en profondeur. Méditatif et simplement beau, Monoliths & Dimensions est une forme d’aboutissement en même temps qu’une mise à nu de la musique de Sunn O))).

A écouter : En entier et pas autrement
16.5 / 20
2 commentaires (16.5/20).

Dømkirke ( 2008 )

Ca vous dit quelque chose Sunn O))) ? Les mecs qui jouent en robe de bure un drone doom que beaucoup considèrent comme du bruit. Dømkirke est la dernière production du duo O'Malley / Anderson, rejoint ici par Attila Csihar (Mayhem), Steeve Moore et Lasse Marhaug. Alors pour la petite histoire, Dømkirke signifie Cathédrale en danois, ce qui tombe bien car ce double LP fut enregistré dans celle de Bergen (Norvège). Et une fois les vinyles entre les mains, reste à savoir si la musique sera aussi lourde que l'objet lui-même.

Quelques applaudissements, puis la première note résonne. Tendue, infinie, hypnotique, elle reste fixe et envahit les tympans pour s'y loger discrètement. La patte Sunn O))) est là, et lorsque le chant résonne, accompagné par un orgue macabre, la messe débute. 58 minutes intenables pour les allergiques au drone. Why Dost Thou Hide Thyself in Clouds? met en avant les cordes vocales d'Attila, prédicateur de mort sur fond d'orgue apocalyptique. Jamais agressif, il scande ses prophéties tel un prophète possédé, amplifié par la résonnance de la cathédrale. Cannon rapproche Sunn O))) de CandleGoat (Black One) avec ses chuchotements mystérieux, murmures oubliés du passé tandis que Cymatics rappelle Flight Of The Behemoth (avec Merzbow) de par sa nature plus bruitiste. Et le final Masks of the Ætmospheres qui clôt l'album de la même manière qu'il fut ouvert : une note tenue à perdre haleine, puis des applaudissements. Sunn O))) alterne monstruosité et caractère saint sous sa parure, grâce à la nature du chant d’Attila et cet orgue funèbre, qui enchaînent ces sentiments en quelques secondes. La poésie et aura de White 1 & 2 a été corrompue par les morsures putrides de Black 1.

Ce Sunn O))) est, comme on pourrait s'y attendre, plus religieux, laissant les robes décrépies trainer derrière les notes fantomatiques des musiciens. Véritable condensé des précédents albums, Dømkirke est un live prenant, atmosphérique et complexe. Au-delà du simple fait d'enregistrer dans une église et de toute la symbolique présente, l'ambiance musicale se veut plus lourde, amplifiant le moindre son pour le décupler, ce qui rappelle sans conteste White 1 et White 2. Sunn O))) est majestueux, vêtu d'un simple vêtement. Le groupe fait vibrer ses notes pour marquer l'auditeur, lui imposer sa musique. On pourra toujours entrer dans l'éternel débat propre à ce style, à savoir musique ou bruit, mais les convertis se délecteront de cette nouvelle sortie grandiose mais intime. Les musiciens prennent aux tripes, s'insinuent dans les moindres recoins du cerveau et le malmènent pour notre plus grand plaisir.

Dømkirke est un très bon live, surtout après le faible Oracle, et la dimension apportée par l'enregistrement dans un lieu saint le rapproche d'une antithèse à Black One. Pourtant, de nombreuses parties vocales font pencher la balance, créant un équilibre incertain mais maîtrisé. Sunn O))) continue sur sa lancée, et prouve qu'après une discographie plus qu'intéressante, le duo ne s'empêtre pas dans la redite.

A écouter : Pour son atmosphre
15.5 / 20
10 commentaires (14.95/20).
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Altar (avec Boris) ( 2006 )

Sunn O))) & Boris. Deux entités essentielles et incontournables de la musique dite « drone », tous deux dignes héritiers des pionniers Earth et pourtant un monde les sépare. On pouvait légitimement espérer qu'il résulte de cette rencontre un album majeur, une sorte d'aboutissement du genre. Il est à ce titre essentiel de préciser qu'il ne s'agit en aucun cas d'un split, mais bien d'une collaboration entre cinq musiciens formant une entité à part entière, le temps d'un album. Et cet album c'est le bien nommé Altar, Altar comme alter ego, comme deux entités complémentaires et inséparables. Verdict ?

Premier point, premier contact, l'objet. Un soin tout particulier a été donné à l'artwork, au livret et au packaging tout entier. Sous la direction artistique de Stephen O'Malley (Sunn O))), Burning Witch, Khanate), le résultat est absolument magnifique, et, on s'en rendra compte à l'écoute, en totale harmonie avec la musique. L'objet forme comme trop rarement un tout, un objet d'art aussi bien visuel que musical.

Musicalement le disque est surprenant puisque l'on évolue à la fois en terrain connu et dans de nouvelles contrées encore inexplorées par les deux groupes. Altar entrouvre de nouvelles perspectives au genre tout en restant sur des bases stables. Ainsi on reconnaît souvent au détour des morceaux des touches propres à Sunn, notamment dans les vibrations du début de Etna et d'autres plus proches du style de Boris (le jeu de batterie caractéristique sur Etna). Mais ce qui fait sa force fait aussi étrangement sa faiblesse, on peut lui reprocher un léger manque d'homogénéité du fait de son expérimentation constante. Notons tout de même que l'improvisation fait partie intégrante de la création et de la démarche artistique comme les groupes aiment se l'entendre dire.

L'une des grandes réussites de cet album est sans conteste le morceau Sinking Belle (Blue Sheep), une ballade hautement mélancolique et magnifiquement chantée par Jesse Sykes (Jesse Sykes and the Sweet Hereafter). Nos cinq musiciens ont d'ailleurs eu l'excellente idée de faire participer quelques autres guests de luxe, notamment Joe Preston (Earth, Melvins, High on Fire, Thrones...) qui prête sa voix passée au Vaucoder pour le morceau Fried Eagle Mind, ou encore Dylan Carlson (cerveau de Earth) qui joue sur le morceau Her Lips Were Wet with Venom malheureusement présente sur l'édition limitée et l'édition vinyl uniquement.

Malgré quelques ombres au tableau, Altar n'est pas une collaboration de plus et se présente comme une véritable réussite. D'ailleurs pour les curieux qui n'ont jamais écouté ou même jamais aimé Sunn O))), cet album est idéal pour découvrir le groupe car beaucoup plus accessible que les précédents. Les fans de Boris quant à eux n'auront pas trop de problèmes vu la forte diversité de la discographie des japonnais. L'entité Altar fonctionne bien, mais n'offre manifestement pas (pour l'insant) l'aboutissement attendu.

A écouter : Etna, The Sinking Belle (Blue Sheep) et le reste
17 / 20
13 commentaires (16.73/20).
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Black One ( 2005 )

Le pachyderme endormi des Grimmrobe Demos se réveille. Peu à peu, chaque cd a marqué une évolution et une exploration dans la musique du duo. Içi, O'Malley et Anderson réalisent un hommage, un hommage en forme de révolution.

Révolution, le terme ne paraît pas galvaudé au vu des nouveautés saupoudrées ça et là dans ce Black 1. Le drone doom se vêt de ses meilleurs apparâts. Tout d'abord, des riffs aparaissent, joués haut et aigus (It Took The Night To Believe). Ces riffs sont certes discrets tout au long de la galette mais suffisants pour comprendre la finalité de la chose. On pense parfois au Transilvanian Hunger de Darkthrone en mode lent, trés lent. Mais la vitesse est quelque chose de relatif. Lorsque l'on s'est imprégné de la musique de Sunn O))) voire du genre doom, certaines chansons peuvent être qualifiées de speed.

Deuxième révolution: l'apparition récurrente de voix comme un élément propre de la musique. Et pour cela, Sunn s'appuie sur des invités colossaux : Malefic de Xasthur pose sa voix sur certaines pistes. Détail digne de la presse à sensation d'ailleurs, Malefic a été enfermé dans un cercueil pour certaines parties vocales. Au delà du détail en soi, cette anecdote est grandement représentative de l'evergure claustrophobique du cd. Tout y est étouffant et opressant. Sunn O))) n'abandonne en effet pas ses ambiances d'origine : sous les voiles de douces nouveautés, l'ambiance de base est toujours d'une lourdeur hallucinante, asphyxiante au terme du cd.

Mais par dessus ces caractéres basiques du monstre se greffent de nouvelles ambiances, d'une rare noirceur chez le groupe mais surtout très haineuses. En cela cet album est un hommage au black métal, une forme de tribute avec tant de personnalité qu'à aucun moment on ne peut crier au plagiat. Ces ambiances sont posées grâce aux guests peut être, (Wrest de Leviathan, John Wiese, Oren Ambarchi) mais sont une volonté du groupe d'aller plus loin, de se réchauffer et de sortir de l'iceberg qui fond peu à peu depuis 00 Void. Parfois, des éléments électroniques viennent distordre et déranger le tout, rendant la chose encore plus malsaine et misanthrope qu'elle ne l'a jamais été.

N'allez tout de même pas croire que le drone a été abandonné, il est le socle qui soutient le tout. Le son du groupe est toujours là, mais des surprises coupent le rythme (les aigues sur Cry For The Weeper par exemple) ou lui donnent une autre unité. Les longues nappes feedbackées sont toujours dérangeantes et lobotomisantes.

Pourtant, les fans de Earth 2 (Earth) risquent de ne pas forcément s'y retrouver. Le cd sera trop rapide pour un doomeux et trop bâtard pour un blackeux. Il sera aussi trop peu expérimental pour un fan des dernières nouveautés soi disant ultimes du sieur Patton (Mr Bungle, Fantômas, Faith no more, Kaada/ Patton... on arrête là?). Pourtant, il s'impose en tant que cd ultime de cette dernière décennie, sûrement aussi insdispensable que le Flight Of The Behemoth. En réunissant les deux genres les plus marginaux, les plus "autistes" et en lui insufflant une personnalité immense, Sunn O))) impose son Black 1 comme un des cds les plus profonds de l'univers drone doom. Plus facile d'accès que les autres en apparence (car peut ètre moins itératif et compact, donc moins rebutant), il reste pourtant très riche et fouillé et l'ambiance ne perd pas une miette de son côté angoissant... au contraire (Bathory Erzsebet est l'exemple parfait d'une chanson qui repousse les limites de l'angoisse, et du réel musical).

 

Télécharger : It took the night to believe.

A écouter : Aprs le White 2, pour voir l'enchanement.