« Suicide Silence survivra au
Deathcore, tout comme Korn, Slipknot ou Deftones ont survécu au Néo
Metal » avait déclaré Mark Heylmun du groupe dans une Interview. Cette
déclaration - assez malhabile - tombe malheureusement à
pic, et dans le mauvais sens du terme. On dirait que Suicide Silence
vient de signer son arrêt de mort sur cet album. Explications de
thèse.
Personnellement, je suis plutôt fan des premiers
Suicide Silence avec The Cleansing
leur premier album qui, n'ayons pas peur
de le dire, est une petite tuerie. Il possède en effet une démarche
artistique intéressante : il est direct, court, d'une ultra-violence
assumée, et puis il contient des bombes comme Unanswered ou No Pity for a Coward avec leurs Breakdowns de
bulldozer et leurs mosh-parts épileptiques. Bref, vous connaissez le programme. Suicide Silence deviendra ainsi
l'un des étendards d'une scène Deathcore en pleine explosion,
avec d'autres groupes peut-être moins connus comme Carnifex. Malheureusement, le second LP No Time to Bleed annoncera un peu la couleur, un album capable du
meilleur comme du pire (Wake Up). Mais alors là, troisième album
seulement, et mon Dieu, mes aieux ! Quelle déception.
Par quoi commencer ?.. Si vous
demandez aux gars de Suicide Silence quelles sont leurs influences ,
ils vous répondront inlassablement Korn, Slipknot etc. Soit. Mais
alors quel est l'intérêt de faire deux opus orientés « Brutol »
pour revenir en 2011 et nous annoncer en tirant la langue : « Ouais
alors nous on est plutôt fans de Néo Métal en fait » et regrouper sur un même album tous les travers du genre, entre breakdowns ratés et de mid-tempos
poussifs et relous au possible, et abandonner par
manque de fierté le Deathcore qu'ils ont porté et soutenu pendant
des années ? On l'a déjà vu, le changement et l'évolution de style
peut être bénéfique, mais pas quand
c'est pour faire aussi mauvais.
Le premier single You Only Live Once mis en ligne par le groupe était pourtant une agréable surprise : des paroles toujours très
directes, des riffs et des rythmes moins extrêmes mais plutôt
sympathiques, même si finalement ça ne casse pas trois pattes à un canard. Et
puis ensuite Fuck Everything, leur deuxième single et le pire morceau qu'il
aient jamais fait incontestablement.
L'album s'ouvre sur un blast avec
Slaves to Substance, qui ralentit très vite le rythme pour du
mid-tempo en 4/4, très Metal générique, façon Dagoba ou
Devildriver. Mais ça reste l'un des meilleurs morceaux de l'album, parce qu'en ensuite c'est la descente aux enfers : O.C.D. et son
mauvais Djentcore, Human Violence et son refrain raté
(tellement facile à reconnaître les refrains de cet album..) et
bien sûr Fuck Everything ! Guitares ronflantes, riffing à vomir,
paroles dignes d'un jeune pubère en crise d'adolescence, c'est vraiment très
drôle. Heureusement la deuxième partie est
plus intéressante : Cross-eyed catastrophe est la meilleure de
l'album finalement, avec des choeurs féminins sympho et un chant
presque clair. Oui, ça montre
qu'ils ont envie d'essayer et qu'ils en ont pas trop honte finalement.
Jonathan Davis (Korn) lâche aussi des bons refrains sur Witness the
Addiction et enfin Franck Mullen de Suffocation qui pousse un chant
carrément rafraichissant sur Smashed. En outre, quasiment plus de growls
profonds et gras, les fameux « lows » de Mitch Lucker, mais plutôt un chant hurlé et aigu en roue libre, vaguement haineux.
Bizarrement, aucun des membres ni le chanteur ne s'essaye à un
backing vocal/chant clair comme chez beaucoup de groupes du genre.
Comme si les mecs de Suicide Silence essayaient (en vain) de nous
rappeler que oui, Suicide Silence fait du Metal Extrême et que c'est "brutal", mais ça tombe à l'eau.
Bref, The Black Crown est un album
raté, à côté de la plaque. Et il montre surtout qu'à l'exception de quelques trop rares
groupes, la scène metal/deathcore moderne a beaucoup de mal à se
renouveler. Suicide Silence s'est en tout cas bien planté, on espère qu'ils sauront se ressaisir.
A écouter : .. En live, peut-être.