Étienne Guénon est comme Janus, la divinité romaine à deux visages. Celui qui bosse pour les arrangements des furieux de Sofy Major, le groupe Post-Hardcore, et celui posé qui compose de douces rêveries dans son projet solo Stalk.
A Tale, c'est son premier ep qui explore le monde de la musique électronique, histoire de trouver un terme qui englobe largement le travail effectué. Parce que si l'on rentre plus dans les détails on s'aperçoit bien vite que Stalk va voir un peu partout pour proposer une musique aux influences multiples. On y découvre plein de belles choses dans cette œuvre que se soit les notes de piano Néo-Classique à la Olafur Arnalds, les sonorités glitch et les bidouillages en tous genres d'un Mum, ou les expérimentations bruitistes Noise. The Arthur B. Case rappelle même l'excellent groupe d'Abstract Hip-Hop rennais : Psykick Lyrikah, par son atmosphère sombre et mélancolique avec ses textes scandés. On traverse également des étendues Post-Rock, puisqu'Étienne a eut la bonne idée de rajouter quelques lignes et mélodies de guitare qui s'insèrent parfaitement dans toutes ces explorations. Si un seul nom servait à décrire la production de Stalk, se serait 65daysofstatic puisque le rapprochement avec les anglais est troublant. D'ailleurs le français ne s'en cache pas, ils font partis des inspirations principale du projet.
Mais derrière tous ces noms, Stalk fait place à une musique rêveuse sur la nostalgie de l'enfance comme le laisse supposer la pochette. De l'univers doux et léger, celui du conte de fée, il n'en bénéficie que de l'apparence puisqu'il présage aussi de passages plus hostiles et dangereux avec ses offensives bruitistes patibulaires ou ses montées sous tension. Le beat se veut parfois lourd, marqué de sonorités aux formes mal définies installant d'autant plus un climat pesant sur cet album (Processed), alors qu'on se rassure tout de suite après par la douceur du xylophone de Satine et de ses paisibles mélodies qui s'évaporent lentement. Sous réserve de toucher un peu à tout; A Tale est pourtant une œuvre assez minimaliste. Pas à chaque fois, mais un titre comme Blinding Photons, évanescent, construit sur une nappe Ambient et une voix quasi-fantomatique confirme bien ce ressenti. Au contraire, A Tale, l'une des pistes les plus dynamiques du disque se veut tapageur, lancinant avec ses bricolages de sons futuristes.
Pour un premier ep, A Tale est un ensemble joliment exécuté et illustré. Étienne réalise là une œuvre soigneuse et délicate dans le travail sonore et dans l'approche des différents genres. Même si plusieurs noms viennent encore à l'esprit à l'écoute de sa musique, tout cela charmera sans mal l'auditeur curieux de belles découvertes.
A écouter : La Traque, Satine, A Tale