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Biographie

Sonic Youth

Dans les années 70 / 80, New York bouillonne. La ville est un repère d’artistes en tous genres, le lieu de tous les excès mais aussi de création intense. L’histoire de Sonic Youth débute un peu après l’arrivée de Thurston Moore à New York à la fin des années 70. Grand amateur de punk, le jeune homme intègre plusieurs groupes, fait la rencontre de Glenn Branca et de tous les grands noms de ce qu’on appelle alors la No Wave.

C’est dans ce milieu là que Sonic Youth voit le jour en 1981.

Leur crédo, c’est de redéfinir à la façon de faire du rock en jouant avec des accordages ‘libres’, allant même jusqu’à modifier leurs instruments pour en altérer le timbre. C’est au final une démarche assez similaire à celle des expérimentateurs Free Jazz de l’underground new-yorkais des décennies précédentes, on retrouve chez Sonic Youth cette même volonté de conquérir une certaine forme de liberté et de s’affranchir d’une orthodoxie pesante.

Branca les fait signer en 1981 sur Neutral Records, leur permettant ainsi de sortir un mini album éponyme en 1982 ainsi que Confusion is Sex en 1983. Le groupe jouit alors d’une très bonne popularité à New York où ils se produisent intensément durant cette période.

Thurston Moore et Kim Gordon se marient en 1984, année qui verra également la sortie de leur deuxième album (ou troisième en comptant l’album éponyme), Bad Moon Rising, où leur amie Lydia Lunch (icône de la contre culture punk de N.Y) vient pousser la chansonnette sur "Death Valley 69". L’album les fait exploser en Europe, au Royaume-Uni tout particulièrement où ils écoulent 5 000 copies en quelques mois. Le batteur de l’époque, Bob Burt, épuisé de jouer Bad Moon Rising sur scène tous les soirs ou presque pendant des mois, finit par quitter le groupe. Il est vite remplacé par Steve Shelley des Crucifucks. On tient là le line-up quasi-définitif du groupe qui ne bougera pas avant l’arrivée de Jim O’Rourke de 2000 à 2005.

Fasciné par le catalogue du label californien SST (à l’époque surtout Black Flag, les MinutemenHüsker Dü ou les Subhumans), Sonic Youth finira par signer avec eux pour deux albums, EVOL, auquel participe Mike Watt des Minutemen juste après le décès de D. Boon du même groupe, et Sister, en grande partie inspiré par l’œuvre de K. Dick. Après des démêlés devant la justice avec ces derniers (pour d’obscures raisons de paiement), le groupe signe pour un album sur Enigma. Le double album Daydream Nation voit le jour en 1988 (sur deux vinyls à l’époque). L’album marque la consécration de Sonic Youth au niveau de la critique, unanime. Il est considéré par le magazine Rolling Stone comme l’un des plus grands albums de la décennie. Mais la distribution par Capitol Records est très mauvaise, tant qu’on peine à le trouver en magasin même dans les plus grandes villes.

C’est la fin de la période indé de Sonic Youth qui signe avec la major Geffen pour sortir Goo en 1990. Le groupe tourne en 1991 avec Nirvana, on peut en voir des images dans le fameux documentaire 1991 : The Year Punk Broke. En 1992 sort Dirty sur ECG. La première fille de Kim et Thurston, Coco Hayley Gordon Moore, voit le jour en 1994, la même année que Experimental Jet Set, Trash and no Star. La rupture arrive en grande pompe avec Washing Machine, album avec lequel le groupe aura mis les deux pieds dans une orientation nettement plus pop.

Depuis le début des années 90, Sonic Youth sort régulièrement et sous son propre label Sonic Youth Recordings une collection de disques expérimentaux, la série des SYR, impossibles à sortir sur une major.

Le groupe est aujourd’hui à nouveau sur un label indé, Matador, et devrait y sortir son quatorzième album, The Eternal, courant 2009.

14.5 / 20
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Rather Ripped ( 2006 )

Sorti en 2006, Rather Ripped est certainement à ce jour l'album le plus Pop de Sonic Youth. N'y voyez pas là une baisse vertigineuse de qualité ni même la fin d'expérimentations ou de sons noisy en tous genres car il n'en est rien, Sonic Youth explore simplement de nouvelles contrées musicales et rajoute une pierre de plus à sa solide discographie construite en 25 ans de carrière.

Rather Ripped tranche avec les précédentes sorties du groupe, plus Pop donc, que se soit musicalement, mais aussi dans le format des titres d'environ 4min en moyenne, avec toujours un song-writting de qualité comme en témoigne le premier titre "Reena", léger et aux mélodies imparables, emmené par cette voix si sensuelle de Kim Gordon ou "What A Waste" construit sur le même schéma avec quelques dissonances en plus. En ce qui concerne la compositions des titres, Kim Gordon et Thurston Moore se partagent chacun vocalement la moitié de ces 12 titres. Ce dernier à la voix rauque, posée enchante le lancinant "Light Out" ou devient plus inquiétant sur le plombant dernier titre, "Or". Lee Ranaldo quand a lui pose sa voix sur un unique titre : "Rats", qui hélas, ne le met pas en valeur étant un des titres les plus faibles de l'album.

Ce qui fait le charme d'un groupe comme Sonic Youth c'est mêler avec habilité bruit et mélodies sans pour autant s'auto-plagier que se soit sur des passages noisy ("Jams Run Free") ou avec ces harmoniques familières à Thurston Moore ("Do You Believe In Rapture?"). Un des temps fort du disque demeure sans conteste "Turquoise Boy", par la douce voix rêveuse de Kim, les quelques harmoniques de Thurston puis un final par les expérimentations Noise de Lee. Le départ de Jim O'Rourke depuis 2005 est une conséquence directe sur le son de Sonic Youth : moins d'expérimentations et de longs passages Noise et un retour à plus de spontanéité avec des morceaux plus efficaces, mélodiques et accessibles. Cependant, tout n'est pas excellent dans ce Rather Ripped. Certains titres sont moins prenant que le reste comme le noisy "Sleepin Around" qui manque de pêche et ne surprend pas, le faiblard "Rats" ou le dispensable "The Neutral", pas mauvais en soit, mais sonnant un peu "déjà vu".

Rather Ripped est un album qui s'écoute facilement et est peut-être le disque le plus facile d'accès dans la longue discographie de Sonic Youth. Avec quelques excellents titres et notamment le tubesque Incinerate, il pourra soit servir de passerelle au novice souhaitant découvrir le groupe ou à passer un bon moment pour l'initié du quartet new-yorkais à condition toutefois d'accepter cette évolution et ne pas faire une fixation sur le passé du groupe.

A écouter : Reena, Incinerate, Turquoise Boy, Lights Out
15.5 / 20
1 commentaire (15/20).
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NYC Ghosts & Flowers ( 2000 )

L'an 2000. Il est temps pour Sonic Youth de rendre un hommage à Big Apple. A sa littérature, à ses peintres et finalement, à tous ses personnages de génies, Artistes et catalyseurs d’émotions. Sonic Youth opte pour l'épuration des lignes et l'abstraction des corps. Un horizon déjà largement dégagé par les SYR et donc via la nouvelle impulsion donnée par Jim O'Rourke (Gastr Del Sol avec Grubbs, Brice-Glace), intégré au groupe à cette période. Si avec Goo et Dirty Sonic Youth s'était attiré les foudres d'une certaine élite musicale anticonsumériste, NYC Ghosts And Flowers essuiera une déferlante de critiques assassines qualifiant l'album de manifeste rock arty et branchouille dénué du moindre intérêt.

Pourtant, NYC Ghosts And Flowers est assurément un album important dans la carrière des new yorkais. N'opérant un retour aux sources que sur le fond, la forme revêtant des traits plus nuancés et texturés malgré une dissonance bien présente, Sonic Youth démontre qu'il est définitivement cet avide explorateur en soif de nouveaux terrains. Organiques, cristallines et cotonneuses, fiévreuses et fracassantes ou d'une rigidité métallique sidérante, les sonorités de NYC Ghosts And Flowers soufflent le chaud comme le froid, et sont les perceptions d'une virée citadine traçant son itinéraire depuis les bas fonds jusqu'aux cimes des skyscrapers. De pures montées d'adrénaline, grisantes mais également angoissantes (cf. les paroles).

Sonic Youth a opté pour des titres calibrés en terme de durée, comme pour ne conserver que l'essence de chaque étape. Malgré cela, NYC Ghosts And Flowers reste un disque opaque, difficilement cernable et entièrement accessible seulement après une phase d'appréhension. Si de très beaux pans mélodiques, comme sur l'excellente ouverture, sont là pour nous tenir à flot, il faut être plus que jamais "In The Mood" pour capter chaque détail, chaque série de spoken words habitée et déclamée, chaque brisure menant de parties itératives et tourbillonnantes vers des remouds instables et de véritables ruines sonores.

Que ce soit du point de vue de sa contenance ou de sa place dans la discographie de Sonic Youth, NYC Ghosts And Flowers apparait comme cet élément inqualifiable à  l étrangeté toute singulière. Un disque plus que nécessaire des new yorkais, et ce, même si on y reviendra moins souvent que vers les classiques que sont Daydream Nation ou Evol.

A écouter : plus d'une fois
15 / 20
1 commentaire (18/20).
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Washing Machine ( 1995 )

La cassure, nette. La transition, la vraie. Appelez ça comme vous voulez. En 1995, Sonic Youth aurait voulu se rebaptiser Washing Machine. Un nouveau nom pour un héritage musical, certes conservé, mais dont les plus jeunes pousses pointent un nouvel horizon. Fini l’adolescence, veulent dire ces deux corps pubères tranchés net sur la ligne du regard et arborant non pas UN, mais DEUX "Sonic Youth" dans le tambour  de ces machines sensées laver plus blanc que blanc.

Depuis Goo, Sonic Youth s’est ouvert un nouveau chemin, plus lumineux et plus accessible. Le songwritting apparait plus facile. La production met en avant le verni poppy de certains titres, parfois qualifiés de "FM". Et ce n’est pas la version radio grassement amputée de "The Diamond Sea", ultime et très long (19 minutes) morceau de Washing Machine, qui viendra prêcher pour la strate noise et rigide du son de Sonic Youth. Ce titre psyché pop à la mélodie simple mais fine, aura finalement eut le mérite d’accroitre l’audience des new yorkais. Le casque du walkman 90’s way vissé sur les oreilles, c’est avec ce titre que j’ai découvert Sonic Youth,  en pleine adolescence, en plein doute et aussi en pleine période d’insouciance. Triste, "The Diamond Sea" rend pourtant heureux et Washing Machine est finalement loin d’être un disque formaté. Si l'expérimentation sonore est toujours très présente, Sonic Youth y troque une part de fougue contre une part de coolitude et d’un certain laisser-aller retranscrit par des morceaux étirés et maintenus sur un tempo entre deux eaux. Le second single de Washing Machine, "Little Trouble Girl", avec Kim Deal (The Breeders, Pixies) en guest en est le parfait exemple. Cette comptine placée à mi-album, que je trouve particulièrement pénible et que d’autres vénèrent, tranche totalement avec d’excellents morceaux, tourmentés et bruitistes, comme "No Queen Blues" ou "Becuz", opening track qui à la base ne formait qu’un seul et même titre avec  "(Untitled)".  "Trop long pour un morceau d’ouverture". Interprétez cela comme vous le souhaitez.

Washing Machine est un disque patchwork, enfumé, brumeux, à la démarche bancale, aux desseins difficilement cernables, et qui hors d’un contexte purement sentimental que certains, dont moi le premier, peuvent lui attribuer, reste inférieur aux classiques que le groupe a déjà à son actif. Reste le gros point fort de Washing Machine : sa mélancolie voilée d’un incroyable lichen vocal. Que ce soit Kim Gordon, qui délaisse la basse pour la guitare sur de nombreux titres, Moore ou Ranaldo, le chant revêt tour à tour une kyrielle d’émotions diverses. Whatever, Sonic Youth passe à autre chose.

A écouter : Becuz - The Diamond Sea - No Queen Blues
16.5 / 20
1 commentaire (17/20).
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Dirty ( 1992 )

Un ami, fan de longue date, m'a un jour fait remarquer "Alors pas si commercial que ça Dirty hein?" J'avoue avoir été surpris. Le virage plus formaté et clean (c'est relatif en parlant d'eux) amorcé sur Goo avait-il autant choqué? Mais en effet, même si le son des New Yorkais évolue et se fait de moins en moins corrosif (après tout ont-ils jamais stagné un seul instant?) ils ont décidément du mal à se débarrasser de leur sale manie d'expérimenter et de faire du bruit à tout va.

Finalement Dirty n'est ni plus ni moins qu'un Goo amplifié. D'un côté il sonne plus cru. Les guitares sont souvent très, mais alors très dissonantes, on peut dire que monsieur Ranaldo ne ménage pas son outil. Il suffit d'écouter l'intro quasi indus de "Swimsuit Issue" avec le pilonnement tribal de Steve Shelley en arrière-plan ou encore le très bruitiste "Drunken Butterfly" pour se rendre compte que le groupe n'a rien oublié de sa rage. Il va même jusqu'à faire une reprise complètement allumée du "Nic Fit" des éphémères mais légendaires Untouchables (un des tout premiers groupes de hardcore punk). Il invite également l'emblème de la scène alternative US Ian MacKaye (Minor Threat, Fugazi...) à lâcher quelques riffs tordus sur "Youth Against Facism".

Mais c'est aussi là que le groupe commence réellement à comprendre qu'il peut faire autre chose, qu'il peut faire planer. C'est vrai que c'est une piste qui avait déjà été explorée auparavant, mais timidement, le groupe sonnant toujours trop froid ou âpre pour se détacher du sol pour de bon. "The Sprawl" sur Daydream Nation en est la parfaite illustration.
Mais là! Là le groupe assume et apprend à user de son aspect enjôleur et appaisant. Car la grosse surprise de Dirty ce sont ces deux boules de coton que sont "Theresa's Sound-World" et "On the Strip" (et "JC" dans une moindre mesure). Les arpèges en son presque clair et les voix suaves de Thurston et Kim y sont probablement pour beaucoup (le refrain à deux voix d'"On the Strip" à tomber... Close your eyes and pretend / This is how it should end). Les montées en puissance très progressives aussi. Oserais-je dire qu'en de rares occasions il flotte comme une odeur de post-rock? Oui, soyons fou.
Pour finir nombre de morceaux reprennent évidemment le mode de songwritting adopté sur Goo: simple et efficace. En témoignent la mélodie entêtante légèrement pop de "Chapel Hill" ou le très accrocheur et groovy morceau d'ouverture "100%".

Alors certes Dirty n'est pas un brûlot, les jeunes années de Sonic Youth sont passées. Mais il est la preuve que l'on peut adoucir sa musique et se rendre plus accessible sans faire de concessions.
Sonic Youth a achevé sa mue mais a gardé sa personnalité. On appelle ça la classe non?

A écouter : On the Strip, Theresa's Sound-World, 100%, Orange Rolls, Angel's Spit
15 / 20
3 commentaires (16.83/20).
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Goo ( 1990 )

Album de la rupture pour Sonic Youth qui à partir de 1990 franchit un palier supplémentaire sur le plan de la notoriété. Rupture parce que Goo est le premier opus des new yorkais à apparaître sur une major, Geffen en l'occurence, et surtout parce que le groupe bénéficie alors d'une production sacrément léchée, peut-être un peu trop en regard des précédentes productions.

Vilain petit canard pour les puristes avec le recul et même sans, Goo apparaît pourtant loin d'être un désastre. Bien que l'on soit loin des délires acides des épisodes antérieurs, bien que l'aspect venimeux s'impose beaucoup moins à notre attention, Sonic Youth n'en reste pas moins fidèle à l'esprit indé qui l'animait jusque-là. Et ce même s'il offre un profil plus travailleur, plus sobre et plus traditionnel aussi. Grâce à des titres catchy les new yorkais parviennent à trouver un équilibre assez respectable entre certaines émanations de Bad Moon Rising et une tournure plus aseptisée imposée par leur nouveau statut de stars. Plus attractif, moins difficile d'accès, Goo présente donc une palette de titres fonctionnant d'ores et déjà comme des tubes, réactifs et jouissifs, des choses simples, simplement rock ("Dirty Boots"), une manière de composer à laquelle s'adapte facilement le groupe mais que certains pourront trouver formatées n'était cette touche essentielle, unique, cet aspect tordu qui permet malgré tout à Sonic Youth de maintenir la tête hors de l'eau ("Mote", "My Friend Goo").
Et çà fonctionne. Car même majorisé Sonic Youth reste Sonic Youth. Rock, c'est indéniable, mais également une forte tendance à pêcher dans le marais post punk, en témoigne un excellent "Titanium Expose" qui en rajoute une couche sur cette curieuse impression arty qui se dégage de l'oeuvre, impression évidemment renforcée par l'artwork de Raymond Petitbon également connu pour son travail avec The Minutemen ou Black Flag. C'est encore et toujours la voix incroyablement sexy de Kim Gordon qui rattrape le désastre sur le bateau "Tunic" (Song for Karen), mais également des featuring aussi prestigieux que J. Mascis (Dinosaur Jr) et son peps de neurasthénique sur le justement très dinosaurien "Disappearer" ou Chuck D. de Public Enemy ("Kool Thing").

Déçu par le résultat Sonic Youth ne parviendra pas à s'attacher à Goo comme il l'avait fait pour Bad Moon Rising. Le groupe lui préfèrera largement l'enregistrement des démos qui seront diffusées un an plus tard sous le titre Goo Demos. Maic cet état de fait n'empêchera tout de même pas Sonic Youth de revenir sur cette décision en ressortant une édition Deluxe de Goo en 2005. L'âge aidant on doit sûrement devenir moins tatillon.

Tracklist : 01. Dirty Boots, 02. Tunic ( Song for Karen ), 03. Mary-Christ, 04. Kool Thing, 05. Mote, 06. My Friend Goo, 07. Disappearer, 08. Mildred Pierce, 09. Cinderella's Big Score, 10. Scooter + Jinx, 11. Titanium Expose.

A écouter : Dirty Boots, Titanium Expose, Mote
18 / 20
7 commentaires (18.5/20).
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Daydream Nation ( 1988 )

Pour EVOL et Sister Sonic Youth avait réalisé son rêve de signer chez les californiens SST, label qui rassemblait la fine fleur de la scène indé américaine. Mais quelques années après ils n’avaient plus qu’une seule hâte, fuir. Le label croulait sous d’obscures procédures judicaires, ne payait plus les groupes. Et puis après tout, Sonic Youth est profondément new-yorkais.
Daydream Nation est un monument dans la discographie du groupe. Pas parce qu’il est quasi-muséifié par divers tops et autres classements plus que douteux de magazines qui le sont tout autant dans lesquels il squatte depuis plus de 20 ans maintenant. 20 ans oui… on peine à se l’imaginer tant ce disque semble ne pas subir les effets du temps.

Là, Sonic Youth a définitivement trouvé le truc. Ce truc qui ressemble à l’équilibre parfait entre ce qu’ils étaient avant et ce qu’ils seront après. Voilà, Daydream Nation plus qu’un album de contrastes est un album d’équilibre. C’est le moment de leur carrière où tout ce qui fait la force du groupe se retrouve condensé et exploité de la plus magistrale des manières, l’équilibre parfait entre la mélodie et le bruit, la sensualité et la brutalité, quelque part entre la beau et le laid. Easy-listening sans pour autant abandonner les tendances expérimentales du groupe, à mi-chemin entre les clubs punks insalubres et les galeries d’art contemporain hypes. Daydream Nation est un grand cratère en fusion où les mélodies de guitare claire sont fondues dans un bouillon sonore de textures et de dissonances. Et ce son qui semble clean malgré tout pour un rendu presque délicat, avec ce quelque chose de dangerosité post-punk dans l’ambiance. 

Il faut aussi rappeler qu’à sa sortie, Daydream Nation était un double album, sur deux vinyls, ce qui portait la durée à plus de 70 minutes. C’est peut-être long. Mais la construction des morceaux et leur agencement rend la chose tellement homogène qu’elle ne peut que s’écouter d’une seule traite. Et l’ensemble laisse sans voix, jusqu’à une trilogie finale dantesque et un "Eliminator Jr" plus-rêche-tu-meurs, clin d’œil à leurs amis Dinosaur Jr.

En plus d’être une œuvre pivot dans la discographie de Sonic Youth, Daydream Nation est un grand, grand album d’un groupe qui n’avait déjà plus rien à prouver. De là à dire que c’est leur meilleur opus, il n’y qu’un pas. C’est un disque visionnaire qui en 1988 fait déjà entendre le son de la décennie à venir.

Prochaine étape : la conquête des années 90. Et ce après avoir marqué les années des combinaisons de ski fluo au fer rouge. 

A écouter : Oui

EVOL ( 1986 )

EVOL est une étape cruciale.

- Pour les Sonic Youth, qui y développent la quintessence de leur art-rock et de leur son, au sens littéral du terme. Un apogée en partie du à l'arrivée de Steve Shelley à la batterie et de son jeu instable, tout en roulements.
- Pour la scène new-yorkaise en pleine ébullition, pour qui ce disque est comme un miroir, qui reflète une nouvelle brèche à creuser, mais aussi un mot éloquent : LOVE. C'est d'ailleurs le porn-photographer de Big Apple Richard Kern qui s'est chargé du visuel de EVOL, une figure féminine haineuse, en manque d'amour (?).

Une image qui illustre à la perfection de propos de Sonic Youth sur EVOL : une ambivalence, un tiraillement, la dualité paradoxale de l'âme. Quelque chose, un grain de sable, une réaction chimique subite, qui d'une seconde à l'autre fait passer de la haine à l'amour, de la raison à la folie. L’équilibre vacille. "Tom Violence" dérape ainsi d'une ballade mélancolique vers une froideur pâle et un décharnement bruitiste, qui atteint son paroxysme sur les crissements et crépitements de "In The Kingdom" - noirci par la basse de Mike Watt - ou sur la tectonique sidérurgique de "Death To Our Friends". Sonic Youth plonge dans la suie, ampoule et torture les guitares, pour ressurgir vierge de toute crasse, presque angélique lorsque Kim Gordon, d'un ton suave (sexy ?), chuchote au creux de l'oreille pour au terme de sa confession, poser son cœur sur la table ("Shadow Of A Doubt", "Secret Girl", utilisé pour la BO de Made in USA).
Même si les 9 (+1) titres se perçoivent comme des chapitres bien distincts, il n'y a pas de gros tubes sur EVOL, mais des compositions d'une richesse inouïe, entre minimalisme et densité magmatique, parcourues de champs électriques et magnétiques en mouvement perpétuel et d'une mosaïque vocale hétéroclite. Enoncé, déclamé, susurré. Le chant bouge, le chant vit. Comme EVOL, dont chaque pulsation fait plus ou moins écho dans les trippes selon l'humeur du moment, mélancolique, désespérée mais aussi furieuse, enthousiaste ou rêveuse. Car EVOL sait aussi faire voyager de l'onirisme au tangible, du coton à la limaille, de l'espoir à la dure réalité.

Sorti en 1986 sur SST et Blast First, réédité en 1994 par Geffen, EVOL est le disque de Sonic Youth vers lequel on revient toujours, inlassablement et inévitablement, comme un pélerinage vers un élément fondateur et mystérieux. Et cela, malgré certains aspects hermétiques.

La version CD de EVOL est agrémentée d'un titre supplémentaire, "Bubblegum", reprise de Kim Fowley, définitivement plus enjoué et rock'n roll que le reste de l'album.

A écouter : Tom Violence - Shadow Of A Doubt - Star Power - Expressway To Yr Skull
16.5 / 20
1 commentaire (15.5/20).
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Confusion is Sex ( 1983 )

En 1983, Sonic Youth étaient des terroristes du son. Et l’expression n’est pas galvaudée, Confusion is Sex est un brûlot douloureux, un monument du punk arty 80’s made in New York. Enfants des Stooges, du Velvet Underground et des Ramones, cousins des Swans, des Teenage Jesus and the Jerks et de tous les malfaiteurs de la scène bruitiste de l’époque, Sonic Youth est la face visible de l’iceberg. Il est possible de voir Confusion is Sex comme le témoin de la convergence d'un lieu, d’une époque, et de musiciens qui n’ont que faire des complaisances de la musique contemporaine.

Avant tout, Confusion is Sex pose les bases d’un style que Sonic Youth développera tout au long de sa carrière, un son brut qui prend aux tripes basé sur la dissonance et l’itération. Confusion is Sex est le noyau dur de leur son, la version pure sans les mélodies qui prendront inexorablement le dessus au fil des années. C’est l’expression pure et viscérale du malaise, une manière révolutionnaire de créer et de jouer la musique qui prend le contre-pied total du raz de marée new-wave dans ce qu’il a de plus mainstream et easy-listening. L’expression est pure parce que directe, la sensation physique est transmise en musique.

Inutile de dire qu’à la première approche, le profane aura toutes les raisons de n’entendre que la laideur. Ce serait passer outre la substantifique moelle : une critique cinglante de la société contemporaine, dans la plus punk des traditions. C’est précisément là que Confusion is Sex prend toute son ampleur : c’est là que la torture auditive prend tout son sens, que les fines nappes d’aigus dissonants commencent à parler, que les larsens et les non-mélodies prennent toute leur puissance. Au sommet de leur tas de rouille, le chant on ne peut plus monocorde de Kim Gordon et Thurston Moore ne font qu’amplifier le malaise ("(She’s in a) Bad Mood", "Protect Me You"). Confusion is Sex c’est détruire pour mieux reconstruire, et en ce sens ils rejoignent leurs cousins européens et turbulents de The Ex, ils reprennent le flambeau du Velvet Underground (pensez à "Venus in Furs" sur l’éponyme) et du punk des Stooges dans ce qu’il a de plus crade. Les Stooges dont ils reprennent le fameux tube "I Wanna be your Dog", introduit avec un crescendo de vrombissements électriques et de larsens dégueulasses.

Assurément le manifeste le plus raw et le plus radical de Sonic Youth, Confusion is Sex est néanmoins un essentiel de la discographie des new-yorkais, ne serait-ce que pour cerner leurs racines et leur évolution. Au-dela de l’aspect historique, Confusion is Sex frappe très fort, et il fait mal.

A écouter : Et vivre !