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Biographie

Slint

Todd Brashear - basse
Brian MacMahan - guitare,chant
David Pajo -  guitare
Britt Walford - batterie

Slint est le groupe culte par excellence, ayant réalisé deux des plus étonnants albums de la scène rock underground, dont un véritable chef-d'oeuvre, Spiderland.
Tout débute en 1981 à Louisville dans le Kentucky (U.S.A), lorsqu'à l'âge de 12 ans, le guitariste Brian MacMahan commence à jouer avec le batteur Britt Walford, alors âgé de 11 ans. En 1983, ils forment un groupe de pop-punk, du nom de Squirrel Bait, avec Peter Searcy au chant, David Grubbs à la guitare et Ethan Buckler à la basse. Ethan Buckler et Britt Walford quittent rapidement le groupe, remplacés par Clarck Johnson et Ben Daughtrey. Pendant que Squirrel Bait poursuit sa route et enregistre un ep en 1985 ainsi qu'un album, Skag Heaven, en 1986, Britt Walford débute sa collaboration avec le guitariste David Pajo. Ils fondent Slint en 1985 avec Ethan Buckler et sont rejoints l'année suivante par Brian MacMahan.
Slint enregistre son premier album, intitulé Tweez, à Chicago. Il est produit par le fameux Steve Albini (Nirvana, Flogging Molly, Gogol Bordello, Nine Inch Nails, Pixies, Neurosis). L'album sort confidentiellement, et sur vynil uniquement, chez un petit label nommé Jennifer Hartman Records and Tape. Tweez est un album étrange et singulier, sans aucun précédent, défiant toute classification. Teinté de hardcore, il laisse la place à de longues plages instrumentales. Pour anecdote, tous les titres portent le nom d'un parent des membres du groupe ou d'un animal de compagnie.
Après la sortie de l'album, Ethan Buckler quitte le groupe et va fonder King Kong. Il est remplacé par Todd Brashear.
Le deuxième album de Slint, Spiderland, est également enregistré à Chicago, sous la direction de Brian Paulson (Beck, Dinosaur Jr, Babes In Toylands). Il sort en mars 1991 chez Touch and Go Records. L'artwork est signé Will Oldham, auteur, compositeur, interprète et acteur de Louisville. Spiderland est plus sophistiqué et expérimental que Tweez. Rythmes lancinants aux mélodies destructurées, ambiances sombres et mélancoliques, textes énigmatiques, le tout provoquant une tension extrême, Slint produit une musique novatrice qui va avoir un impact énorme, entraînant l'émergeance de groupes cherchant à éviter l'agressivité frontale du punk hardcore sans en perdre les fondements (on peut dans cet ordre d'idée le comparer à Fugazi). Spiderland est un véritable monument de la musique indé, un album essentiel et l'un des plus poignants et fascinants du rock underground.
Après la sortie de l'album, le groupe se sépare. Les membres de Slint vont devenir des figures clés de la scène rock indé et participer à divers projets:
- David Pajo, connu sous le pseudo de Aerial M. puis Papa M., a joué dans Tortoise, Zwan, quelques mois dans Early Man, groupe de street metal new-yorkais, avant d'enregistrer un album solo très heavy metal.
- Brian MacMahan a formé The For Carnation en 1994, où a joué brièvement David Pajo.
- Britt Walford a été batteur d'Evergreen et a joué sur l'album Pod des Breeders sous le pseudo de Shannon Doughton et sous celui de Mike Hunt sur le ep Safari. Il a ensuite rejoint Ethan Buckler dans King Kong.
- Brian MacMahan, Britt Walford et Todd Brashear ont également participé à l'enregistrement du premier album de Palace Brothers, projet de Will Oldham.
En 1993, Touch and Go Records réédite Tweez et, en 1994, le label sort un ep posthume comportant deux titres enregistrés avant la sortie des deux albums.
Slint est devenu un groupe culte et l'annonce de sa reformation (avec Brian MacMahan, Britt Walford et David Pajo) pour le festival anglais All Tomorrow's Parties en 2005 provoque l'enthousiasme de ses nombreux fans. La groupe va ensuite effectuer une vingtaine de concerts à travers le monde dont un en France à la Cartonnerie (Reims - mars 2005).
Slint est l'un des groupes les plus influents, expérimentaux et innovateurs des années 80-90. Spiderland est notamment considéré par certains critiques comme l'album fondateur du post-rock. Mais bien au-delà des étiquettes, Slint reste un groupe essentiel.

Chronique

19 / 20
5 commentaires (18.4/20).
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Spiderland ( 1991 )

L'écoute de Spiderland est une expérience unique dont personne ne sort indemne. Au-delà de toutes les analyses, dissections, interprétations, décompositions, au-delà de l'impact et de l'influence de cet album, érigé à juste titre en chef-d'oeuvre, il reste une musique indéfinissable, inclassable, infiniment subtile et complexe, dont la force et la profondeur mènent aux limites du supportable.

Car Slint transcende toutes les musiques, créant la sienne propre, aux réminiscences sublimes. Et les chansons, telles des poèmes frissonants, s'écoulent comme autant de songes frôlant le cauchemar, perdus dans des brumes opaques et lugubres. Immersion dans un monde étrange, sombre et inquiétant.
Dérive au long d'une musique fascinante, chaotique et lancinante.
Malaise latent, menace larvée, souffrance imminente.
Jaillissement de sons aigüs, acérés, cinglants, transperçant la chair, vrillant synapses et neurones. Musique insidieuse, triturant le corps et l'âme jusqu'aux spasmes nauséeux, musique hypnotique qui prend possession de l'esprit et le taraude sans relache. Spoken words énigmatiques, glaçant les sens et le sang ("Nosferatu Man").
Tension permanente, immanente.
Sur cet exquis supplice, viennent, telles de délicates et légères feuilles mortes, se déposer des mélodies d'une fragile nudité, frêles et vulnérables ; les spoken words se font alors carressants, rassurants et sensibles. Remission éphémère, havres incertains où la mélancolie mène à un obscur désespoir, où l'amour, impuissant, devient dissonant et disharmonique, où, toujours, le malaise, l'inquiétude s'insinuent, s'amplifient, jusqu'à dominer, jusqu'à tyranniser ("Washer").
Angoisse, tourment, prostration.
Et quand les riffs se font plus puissants, plus violents et la tension extrême, le corps, au bord de la rupture, n'est plus que nerfs à vif et se recroqueville en position foetale. La tête entre les mains, dans un balancement névrosé, on s'adonne comme une drogue à cette musique déréglée. Et les cris déchirants de détresse, désespérés, qui clôturent l'album, n'apportent aucun soulagement, aucune consolation, ne laissant à chacun que solitude et désarroi ("Good Morning Captain").

Et souvent, lors des mornes journées automnales, quand les larmes de pluie s'abattent sur les vitres, les mélodies de Slint et les mots de Baudelaire s'enlacent et s'enchevêtrent. Et de mes yeux embués coulent des larmes, car Spiderland n'est autre que le reflet de nos vies.

Sur Myspace, en live : For Dinner, Nosferatu Man, Breadcrumb Trail

A écouter : En intgralit, Washer atteignant les sphres du sublime