Souvenez-vous, Slaine c'était le MC qui avait sorti l'énorme Rich Man, Poor Man, qui a collaboré avec Ill Bill, Rob Kely, Esoteric, Q-Unique ou encore qui fait partie intégrante de La Coka Nostra. A croire que la scène de la côte Est des USA est un énorme vivier à musiciens au potentiel plus que prometteur. Pour débuter et se donner un avant-goût, un rapide coup d'œil à la tracklist permet de savoir que l'on va retrouver les habituels comparses en sus de Slaine sur A World With No Skies.
Comment ne pas parler en premier, même s'il n'ouvre pas l'album, de l'énorme I Ain't Done ? Ambiance mortuaire, refrain ravageur et pourtant un ton grave, dépassé, qui ferait presque douter du fait que c'est le même frontman que sur les rythmés World With No Skies ou 99 Bottles (où le côté Irlandais du MC est fortement mis en avant en quelques mots et un clip : "99 bottles of beer on the wall"). En un titre, tout est dit.
Entre dérision et sérieux, Slaine se tourne pourtant beaucoup plus vers le second côté, avec des titres acides comme Black Horses, d'autres plus religieux tels Body Of Christ. On retiendra des thèmes forts comme l'enfance et la rue (Ghosts, The American Way, Mistaken Identity ou When I Shoot, même si la palme revient à I Ain't Done) ou encore la musique (The Last Song, Insomnia). Très peu de second degré comme sait le faire Necro, mais beaucoup de termes grinçants, de paroles cyniques et Slaine semble confier ses angoisses au micro (Broken). Bien que le flow du frontman s'oriente énormément vers celui de Vinnie Paz -en moins virulent-, Slaine n'a pas le côté Metal de Jedi Mind Tricks mais les beats et samples utilisés n'ont rien à envier à ceux de ses comparses, même s'ils s'avèrent largement moins rythmés que ceux de La Coka Nostra ou Army Of The Pharaohs.
On pourra toutefois regretter l'absence de titres plus frivoles, comme une version de Rich Man, Poor Man, et ce même si le musicien n'est pas un adepte de légèreté et de romantisme. Toutefois, découvrir Slaine en solo (du moins sur 75% des titres) permet de se faire une idée des capacités vocales et lyriques de l'homme lorsqu'il n'est pas caché derrière un nouveau collectif.
En écoutant A World With No Skies tout en ayant parcouru dans tous les sens les discographies de Special Teamz, Non Phixion, La Coka Nostra, Ill Bill, ..., l'effet de surprise ne sera pas aussi important qu'une bref découverte de l'artiste au détour d'un parcours aléatoire dans les bacs. Ceci n'empêche pas ce premier album de Slaine d'avoir énormément de bons titres (A World With No Skies, I Ain't Done, 99 Bottles, Insomnia, Crazy) qui lui permettent de se retrouver en haut du panier. Avec ce seul opus solo en 8 ans, Slaine sort un disque aux ambiances bétonneuses qui n'induit qu'une seule et unique chose : Slaine fera parler de lui.
A écouter : Franchement ? I Ain't Done.