N'en déplaise aux mélomanes anti-étiquettes, il est parfois difficile de résumer succintement la musique d'un groupe aux inspirations novatrices. C'est ainsi que HORSE the Band avait lancé sur le marché son semi ironique "nintendocore" pour qualifier son approche décalée du hardcore. Pour rester sur le thème oxymorique du titre Everything Perfect on the Wrong Day, on pourrait avancer que dans un sens Sky Eats Airplane va bien plus loin que le combo équestre de Lake Forest, et dans un autre, il n'y a rien de fondamentalement fondateur sur ce premier effort du duo texan.
Car si le résultat final est surprenant (voire carrément déconcertant pour les moins initiés), il ne l'est que grâce à l'hétérogénéité des influences directes de la paire, qui rassemblent pêle-mêle le nintendocore de HORSE the Band, le breakcore de Venetian Snares (version un peu moins tordue), l'emocore (teinté d'electro) de Trophy Scars, et une bonne dose d'electro pur et dur. Sky Eats Airplane navigue donc entre ces différents courants, tantôt en les mariant pleinement, tantôt en les déliant davantage.
Ainsi l'opus démarre sur l'intro quasi-jungle "By All Means, Captain" qui débouche sur le début électro hardcore de "Patterns" annonçant en milieu de morceau un pont 8-bit sorti de nulle part, sautillant à faire jalouser Bomb the Music Industry! et Koji Kondo (compositeur de la musique des Super Mario Bros) réunis, avant de repartir de plus belle sur une âpre série de mosh parts. Vers la fin de l'album ("She is Just a Glitch", "The Opposite Viewed In Real Time"), le duo amorce même quelques parties electro emo rock / emocore qui, sans être dépourvues d'intérêt, sonnent pour le coup un brin cliché aux vues du reste.
Autant dire qu'à la première écoute la sensation d'éparpillement est quasi inévitable, sensation qui disparaît au fur et à mesure des écoutes, en grande partie parce que ce disque est tout simplement bien pensé. Là où Sky Eats Airplane transforme l'essai, c'est en parvenant à utiliser constamment les outils numériques comme base, support de départ de chacune des pistes, notamment pour imprimer ses rythmes; on passe donc sans s'en rendre trop compte par un large éventail de sons variables compris entre deux extrêmes: le son imitant une batterie traditionnelle et le beat 100% electro battant la mesure à tue-tête. Cette ambivlance de la partie rythmique est complétée par une ambivalence dans les riffs, alliages de sonorités électriques saturées (guitare / basse) et de samples / mélodies électroniques complexes.
Outre l'attrait 'diversificateur' qu'offre cette complémentarité, elle permet aux Texans de moduler et soigner leurs relais entre les morceaux tout en conférant à l'ensemble un aspect dansant des plus agréables.
La manipulation plutôt compliquée et expérimentale que représente ce Everything Perfect on the Wrong Day demandait donc du tact et un certain talent; au bout du compte, force est de constater que l'alchimie fonctionne bien et que le résultat est convaincant. Reste à voir si avec le passage en groupe complet annoncé suite au départ de Cantrell, la formation ne perdra pas ce qui faisait sa force et son originalité...
A écouter : "Patterns" ; "Everything Perfect..." ; "Giants in the Ocean" ; "The Messenger"