Skunk anansie. Le genre de groupe qui pourrait presque vous faire aimer la pop, qui vous réconcilie définitivement avec le brit rock, et vous rappelle des souvenirs d'adolescence. Plus énergique qu'un Placebo, le charisme de navet du chanteur en moins, plus efficace qu'un Muse et son chanteur d'opérette, plus inspiré qu'un Therapy?, etc etc la liste est tellement longue... Et avec ça, un parcours presque parfait, chacun de leur album, en plus d'être une réussite commerciale (au moins sur les deux premiers) était la plupart du temps ensencé à la fois par la critique et par le public. Mais ces anglais là ont su s'arrêter, contrairement aux groupes précités, au bon moment, ils ont senti le vent tourner, et sont partis chacun de leur côté. D'accord, des tonnes et des tonnes de fans étaient plus que déçus de cette décision, alors quand on apprend en 2009 qu'ils reprennent le chemin des salles de concert pour une tournée "Greatest Hits", on en sauterait presque de joie ! Méfiance tout de même, beaucoup de groupes se reforment juste le temps de quelques concerts, histoire de renflouer les caisses, puis plus rien, silence radio. Les exemples sont nombreux et rappellent combien il est difficile de vendre de la bonne musique en ces temps où argent et succès sont généralement synonymes de néant artistique... dure époque. Mais les quatre zikos britanniques ne se sont pas reformés juste pour faire comme tout le monde et profiter de cette espèce de mode qui veut que nombre de groupes de rock ressuscitent de façon plus ou moins justifiée. Skunk Anansie est allé un peu plus loin dans la démarche, puisqu'ils sortiront leur quatrième album studio en septembre 2010, juste après leur tournée best off. Cette fois ci c'est pour de bon, Skin la terrible et sa bande sont de retour dans les bacs, et ça c'est une sacré bonne nouvelle.
Au programme de ce nouvel album, 41 minutes de son pour 12 titres de pop/rock british. Que dire de cet album, que nombre de fans n'attendaient plus... et bien c'est une déception, pas un mauvais album en soi, juste un album un peu raté pour un come back. Après plus de 10 ans de silence, on pouvait s'attendre à un peu mieux de la part de nos anglais énervés. On retrouve bien dans ce nouvel album intitulé Wonderlustre la patte sonore de Skunk Anansie, à savoir des chansons pop percutantes, enrobées de mélodies soignées, accompagnées de cette voix magnifique tantôt légère tantôt pesante, le tout relevé d'une puissance sonore qui a fait les beaux jours du groupe. Le problème, c'est que les différentes compositions ne sont qu'un pâle reflet de ce qu'était jadis le groupe, rien de vraiment mauvais mais rien de vraiment exceptionnel non plus. On est quand même très loin de l'originalité d'un Charlie Big Potato, du groove d'un Intellectualise my blackness, de la puissance d'un Little Baby Swastikka ou de hits comme I can dream. Bref, la mayonnaise ne prend plus, et on a l'impression tout au long de cet album qu'ils se sont un peu ramollis. Fini les riffs cradingues et les influences dub/hip hop, tout (ou presque) sur cet album emprunte au registre de la pop pré mâchée et pré digérée, un peu comme s'ils étaient fatigués, qu'ils ne croyaient pas vraiment en ce nouvel album ou tout simplement qu'ils tournent au lexomil... Dommage. Que reste il donc du Skunk Anansie qu'on a connu dans les années 90 ? Quelques chansons un brin énergique (God loves only you, My Ugly Boy ou encore Over the love, It doesn't matter), et des chansons pop dans la veine de Weak ou Hedonism, plutôt réussies (Talk too much, The sweetest thing ou encore Feeling the Itch). Au placard les distos grasses, les textes engagés et les incendies musicaux, place aux morceaux arrangés par des pros du conformisme radiophonique (notamment les producteurs de James Blunt et Robbie Williams pour ne citer que les plus mauvais). Wonderlustre oscille donc entre titres au potentiel énorme et bluettes insipides, le tout freiné par un lissage de production qui ne ressemble pas du tout aux habitudes du groupe.
Au final, pas de prise de risque de la part du combo, ça ratisse large niveau public visé, et les anglais perdent donc avec ce nouvel album une occasion de renouer avec leur style d'origine. L'album plaira à certains, décevra d'autres, mais quel plaisir de savoir qu'ils sont de retour, tout simplement pour avoir une chance de voir (ou de revoir) ce groupe aux concerts dont on ne ressort jamais indemne. Les compositions de Skunk Anansie prenant tout leur sens en live, il y a fort à parier que l'album s'en sorte beaucoup mieux devant une foule d'auditeurs ! A suivre.
A écouter : God loves only you, My ugly boy, The sweetest thing, It doesn't matter, Feeling the Itch