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Biographie

Shining (Nor)

Fondé par deux échappés du collectif Jaga Jazzist, Shining (à ne pas confondre avec le groupe suédois de black metal du même nom) est aujourd’hui un quintet universellement reconnu en Norvège comme l’une des formations les plus intéressantes du pays. Son essence est avant tout free jazz, l’envie d’être totalement libre, mais se veut à ce point libre qu’elle n’en utilise que son aspect versatile en oubliant quelque peu sa précieuse et essentielle grammaire. Ses quatre premiers disques reçoivent tous un accueil critique unanime, faisant monter en puissance l’écriture du groupe et son identité. Déployant des accointances avec le rock, le metal, et bien entendu la musique progressive, sa musique est chargée d’une intensité changeante lui permettant de jongler aisément avec tous ces référentiels.

Au cours de l’avancée de sa carrière, Shining s’éloigne de plus en plus des remparts sacrés du jazz, partageant même la scène avec Enslaved et Keep Of Kalessin sur une tournée, à tel point que Grindstone, quatrième disque du groupe se retrouve fort loin des débuts de la formation, développant la liberté identitaire voulue. La sortie de leur 5ème album Blackjazz en 2010 a fait totalement de Shining un groupe Avant-Gardiste de Metal Extrême, notamment avec l'utilisation de la voix grondante de Munkeby. Cette même année, Hermansen a été remplacé par Sagen. Leur premier album live Live Blackjazz parait en 2011. One One One, lui sort en 2013, et suit la direction musicale lancée par Blackjazz. Dans les années suivantes, Lofthus (le seul membre original qui restait à part Munkeby) Løchsen et Kreken quittent tous le groupe. Les deux premiers ont été remplacés par Tobias Ornes Andersen et Eirik Tovsrud Knutsen respectivement, tandis que le nouveau bassiste n'a pas encore été trouvé. Shining revient en 2015 avec International Blackjazz Society, qui rencontre également un franc succès.

Chronique

17.5 / 20
26 commentaires (17.65/20).
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Black Jazz ( 2010 )

Shining a pété les plombs. Si l’on se disait bien avec leurs quatre premiers disques qu’ils étaient plus qu’à surveiller, Black Jazz nous envoie en pleine tronche une évidence imparable. Free Jazz chargé de haine, pointu et subtil, mais tellement explosif et cavalier, la nouvelle forme de musique des norvégiens est libre comme jamais, fougueuse et brutale. Black Jazz. Le jazz noir. Si les incartades du jazz hors de ses vastes clous nous ont abreuvé de projets extrêmement sombres et lancinants auxquels l’on pourrait naturellement accoler cette description (Bohren und der Klub of Gore, Robotobibok, EST, le Dale cooper Quartet et bien d’autres), Shining, en s’extremisant, noircit ce genre noble d’une toute autre manière, fort originale. Si l’on connaissait le groupe, que l’on avait laissé sur sa dernière entorse avec Grindstone, pour son âme foutrement freejazz et libertaire, sa synthèse éperdument absolue et sans frontières, la plupart du temps bourrée d’énergie, ce nouveau disque des norvégiens est une explosion de férocité, une rouste étourdissante et suffocante pour qui l’aborde, totalement bestiale et effarante de maîtrise, sur ces mêmes bases.

Black Jazz ne laisse aucun répit, souffle à la gueule de part en part, nous assène coup sur coup dans un match perdu d’avance. Une écoute, cinq écoutes, dix écoutes, et on en est toujours à se faire balader, à se faire humilier par ce foutoir imprévisible mais tellement jouissif offrant une dimension massive. Tout vrombit et rebondit tellement fort, jusqu’à la production pourtant si nette, tout est si violent, chargé de hardcore, de metal, de sonorités industrielles, de…peu importe en fait, Black Jazz est tellement singulièrement chaotique qu’il est finalement presque faible d’essayer de trouver d’où toute cette énergie rageuse provient. John Zorn sûrement, Black Engine plus récemment pour comparer, mais que diable, quelle déflagration, un big bang, un point de départ peut-être, un dépassement de la sève du freejazz, vers une démonstration prescriptrice : l’intensité des puissantes jouissances dont seul le metal et le hardcore sont capables (et que nous connaissons tous si bien au sein de la communauté metalorgienne) est atteinte par une autre pente, plus abrupte encore. Le gros riff libertin, moins démonstratif, plus immédiat et vénal que ce que nous retenons du mathcore, se joue de nous, froufroute dans le chaos de rythmiques sans cesse brillantes nous infligeant une cadence terrible. Et si Black Jazz est si étourdissant dans sa brutalité, c’est qu’il est avant tout un monstre rythmique. Ses mesures imprévisibles en constant changement, ses syncopes violentes et interminables, ses contrepieds fabuleux, ses plans batterie bien souvent en totale contradiction avec les autres instruments, souvent même entre eux en divorce consommé, excitent l’attention. Les mélodies du synthé sont grandes lorsqu’elles se déploient soudainement, souvent épileptico-8-bit, hallucinées et dissonantes, quand ce n’est pas le saxophone qui vient mettre une couche libertaire sauvage de ses âcres envolées, chargée d’essence au beau milieu d’une volumineuse construction de riffs guitaristiques  amphétaminés aux sons acides presque commodes et pleins d’ampleur, dans lesquels le chant Pattonien (désolé) s’égosille à des turbulences délétères et soliloquantes. Le mélange est fin, dans son désordre minutieusement orchestré. A chaque instant, tout converge en un seul et même but, sous diverses formes, atteignant le chaos, grimpant une étoffe flamboyante et bestiale, cherchant l’expansion tempétueuse, atteignant un degré de déconstruction millimétrée d’une dimension rare à travers le vecteur du mordant rageur.

Shining éventre son art, se découvre avec Black Jazz des possibilités infinies en explorant la violence tout en gardant l’agilité de son free jazz minutieusement orchestré, et s’il ne s’agit évidemment pas là d’improvisation, mais la liberté assenée est telle que l’on ne peut évoquer autre dimension musicale malgré l’ingestion. Le groupe signe un grand disque, un choc tant immédiat que conceptuel qui mettra bien des fanas de brusquerie musicalisée d’accord. Black Jazz marque la carrière de Shining au fer brûlant, les milieux invoqués et  se positionne à l’avant-garde de la rencontre entre intellectualisme et immédiateté. Ni plus ni moins.

A écouter : Cent fois.