Mélange de 2 époques et de 2 cultures, Section 8 s'est aussi bien vu affublé de comparaisons avec Chain Of Strength et Judge, que Raised Fist... et grosso modo, l'idée est bien là: mixer le old school ricain avec le new school suédois (à l'époque en pleine émergence). Forcément, avec de tels rapprochements, il est difficile de faire dans la dentelle... Donc dès "Bow Down", ça joue très vite, ça martelle à profusion des enchainements de riffs secs et carrés, et il faut tendre l'oreille pour déceler les quelques finesses présentes (notamment une deuxième guitare discrète mais parfois bien mélodique qui apporte un gros plus à l'intensité des montées, mais aussi une basse solide qui se paie quelques belles escapades).
Au niveau du chant, la comparaison avec Raised Fist parait difficilement évitable: une voix braillarde de chien qui aboie en continu (impossible de discerner plus de 3 mots par chanson, même en suivant le texte des yeux, la tâche n'est pas aisée...) Et une voix résultant clairement de sentiments partagés comme en témoignent les paroles: désespoir et positivisme, fougue et colère (principalement contre l'establishment)... rien de très original mais le coeur y est!
Les quelques breaks, bien dans l'ambiance, permettent de reprendre un peu son souffle et seule la dernière plage (piste cachée incluse) insuffle quelques grammes de finesse dans ce monde de brutes (enfin tout est relatif). Un "Who Are You To Blame?" légèrement plus mélodique que le reste donc, qui clôture parfaitement cet opus supersonique: plus réfléchi (tant sur le plan de la composition pure que de la construction), il reste à mon sens un des tous meilleurs morceaux de hardcore et délivre tout le potentiel émotionnel (et énergique) du quintet suédois.
Reste que la production (loin d'être catastrophique mais sans nul doute perfectible) tend parfois à étouffer la créativité du combo de par son côté un peu brouillon et pas très "fin" (on s'en doutait). Ce sera en partie corrigé sur Make Ends Meet mais le groupe n'en tirera pas pour autant grand profit car il ne sortira pas de ses sentiers habituels. Un peu dommage pour un groupe qui savait si bien allier énergie, percussion et émotion...
A écouter : "Who Are You To Blame?" ; "Tongue Twister"