Il existe des disques, qui l'air de rien, se révèlent bien meilleur que la plupart des dernières productions des gros calibres indié rock du moment. Injustement, ils restent souvent dans l'ombre de ces derniers. Lay of the land est le fruit de l'imagination et du travail des jeunes Seachange et en fait malheureusement l'expérience. Ces discrets anglais nous proposent un album d'une originalité à toute épreuve puisant dans l'énergie du punk rock, la décadence du rock'n roll et la mélancolie de l'indé. Frissons garantis.
Les premières minutes de "Anglokana" sont décisives tant elles posent les jalons de la musique du combo. Sur ce premier titre, Seachange fait progressivement grimper la tension grâce à un violon dont les vibrations de cordes s'intensifient et dont la présence sublime littéralement l'orchestration. Troublé, entre sentiments de nostalgie et désespoir sous-jacent, on se laisse vite surprendre par les variations de tempo, les breaks et les riffs acérés de ce tube en puissance. Certes, on a déjà été surpris de la sorte, mais Seachange fait la différence grâce à une interprétation électrisante et un son très personnel. La guitare est un véritable feu d'artifice d'où les mélodies jaillissent, rugueuses et écorchées, soutenues par un chant désespéré et sincère qui touche en plein coeur. Jouant avec les atmosphères et les climats, Seachange dévoile immédiatement un autre trait de sa personnalité avec "News from nowhere". Les mélodies sont cette fois ci bondissantes, bien plus enjouées, moins denses et confèrent un côté pop à l'ensemble. La ligne de violon et la voix poursuivent toutefois leur bout de chemin dans un registre mélancolique laissant en suspend une douleur dormante et omniprésente.
Conservant en ligne de mire une émotion vive et une cohérence certaine, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas. Le groupe aime alterner les saturations de cordes (violon et guitare) à l'image du très rock'n roll "avsc010" et des parties plus minimalistes comme l'excellent "The Nightwatch". On aura comme unique regret, les quelques passages trop fournis durant lesquels Seachange superposent tous les instruments. Le groupe s'y égare un peu à vouloir trop en faire. Il faut également avouer que la seconde partie de l'album est sans aucun doute moins enivrante que les premiers instants, et ce même si le tir est rectifié en bout de course par l'ultime composition, "Fog", classieuse ballade folk saupoudrés de quelques notes de pianos dans les dernières secondes.
Si dans la démarche, on pense à des groupes comme Six By Seven, Seachange possède, malgré toutes les comparaisons possibles, un caractère et une identité bien affirmés. A la manière de Clair de Lune, le violon, n'est pas utilisé comme un simple artifice cache misère. Très présent, il enveloppe la plupart des morceaux de bien belle manière. Même constat pour la section rythmique tout en décalage qui dynamise l'ensemble à merveille de part une énergie intarissable. Pour un groupe encore jeune, Seachange signe un album post-punk / indié rock d'une grande maturité, qui tout en utilisant l'héritage de ses aïeuls, innove réellement malgré quelques imperfections que l'on pardonne volontiers.
A écouter : Anglokana, New from nowhere, The Nightwatch, fog