Trois semaines au Crystal Canyon Studio en automne 2004 (plus douze semaines de mixage, printemps / été 2005) ont été nécessaires pour composer et enregistrer ces Gospels For The Sick. Sur les 12 chansons posées sur bandes, 10 se trouvent sur ce disque. Le groupe a également bénéficié de guests prestigieux : Mortiis, Nocturno Culto (Darkthrone) et Knut "Euroboy" Schreider (Turbonegro/Euroboys). Les musiciens ont parlé d'influences plutôt diverses et métalliques venues entre autres de Slayer, Darkthrone, Celtic Frost, Bathory, mais aussi de Stormtroopers Of Death. Bref tout a été fait pour alimenter l'attente.
Le morceau d'ouverture Protest Life démarre sourdement avant que les guitares ne prennent d'assaut l'auditeur, pour un morceau abrasif, organique qui annonce une tonalité générale punk rock que le groupe assume avec panache tout en y incorporant un solide fond métallique. Faust fait merveille tout au long de cet album, avec un jeu de batterie rapide, puissant et diversifié où se croisent les influences du groupe. A l'écoute du disque, on pense aussi bien à du speed metal façon Metallica période Kill'em All qu'à Celtic Frost (en particulier Morbid Tales) ou aux premiers Bathory (les soli en moins). Quelques plans évoquent Turbonegro notamment sur Throw Up On You (avec Knut "Euroboy" Schreider en guest, tout s'explique), et le chant rappelle régulièrement Iggy Pop & The Stooges, surtout sur le morceau titre Gospels For The Sick. Casey Chaos n'a peut-être pas un registre de chant très étendu (moins qu'au sein de Amen étonnamment), mais sa voix se fraye un chemin éraillé sans problèmes au sein de cette horde sauvage emmenée sur un train d'enfer par la paire Samoth / Cosmocrator. Tous trois sont d'ailleurs à l'origine de toutes les compositions. Scum est une machine à riffs, simples, mais ô combien dévastateurs, et les breaks se succèdent comme sur ce terrible Truth Won't Be Sold. On en prend plein la gueule pendant plus de 40 minutes comme un boxeur coincé dans les cordes. Le black métal qu'on pouvait guetter plus présent se fait curieusement timide, suintant des pistes, derrière le mur des guitares, au moins dans l'esprit, mais sans jamais remplir totalement l'espace. Samoth a il est vrai confié son envie d'explorer d'autres contrées musicales sur ce projet. Néanmoins, on n'oubliera pas The Perfect Mistake où le chant brutal de Nocturno Culto se couple à celui du frontman de Scum pour un résultat pour le moins habité, ni ce furibard et joliment nommé Deathpunkscumfuck blindé de blasts. On note en outre des fragments musicaux plus posés jaillissant de quelques ambiances travaillées (Protest Life, Truth Won't Be Sold). Quoique punk, Scum fait donc étalage de ses références, tout y passe, y compris le metal bien lourd sur un Hate The Sane entamé façon rouleau compresseur. Les textes ne font pas dans la dentelle, bien sûr moins politisés qu'à l'accoutumée de la part de Casey Chaos, mais donnant plutôt dans la métaphore vindicative et les images fortes comme ce Backstabbers Go To Heaven qui passe les rythmes indus metal de Ministry au broyeur punk.
On a là un disque qui se défie des genres tout en étant homogène. Ainsi, on pourra le trouver un peu linéaire dans l'ensemble, chaque composition agissant comme une baffe punk de plus assenée par un groupe qui se fait plaisir. Avec un tel line-up (deux Emperor quand même), on aurait pu s'attendre à plus de majesté, plus de "sophisticated black metal" peut-être... En l'état, ce Gospels For The Sick est quand même un coup de pied au cul du plus bel effet qui rend aussi bien hommage à l'esprit du true black metal comme le souhait Casey Chaos, qu'à ses affinités avec le punk, idée défendue par Samoth. Un disque fier, furieux et plein de hargne. Merci les gars, à la prochaine?
Protest Life et Truth Won't Be Sold en écoute ici. Le clip de Protest Life est en téléchargement là.
A écouter : Gospels For The Sick, Truth Won't Be Sold, Deathpunkscumfuck, The Perfect Mistake