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Biographie

Saul Williams

Saul Stacy Williams naît en 1972 pendant un concert de James Brown . Fils de pasteur et d'une institutrice il s'éprendra vite pour les mots et la littérature. Après avoir obtenu une licence de Philosophie il part à New York pour entreprendre des études de comédie. Il fréquenta vite les Café Poètes de la « Grosse Pomme » et se fit vite connaître dans le milieu Slam, ce genre musical issu du Hip-Hop où la poésie est au centre. En 1996 il remporte le prix le titre 'Nuyorican Poets Cafe's Grand Slam Champion' qui récompense les meilleurs artistes de Slam.
C'est en 1998 avec le film Slam dans lequel il incarne un prisonnier amateur de ce type de prose que Saul Williams se fit connaître sur la scène internationale. Le film rencontra un grand succès auprès des critiques en remportant le grand prix du jury au Sundance Festival et la Caméra d'Or à Cannes.

Après moult collaborations avec divers artistes Hip-Hop (The Fugees, Blackalicious...) Saul Williams finit par sortir un premier album en 2001 intitulé Amethyst Rock Star, sous la houlette de Rick Rubin, célèbre producteur américain touche-à-tout qu'on ne présente plus. Trois ans plus tard Saul Williams sortit un album éponyme sur lequel on peut retrouver Serj Tankian (System of a Down) et Zak de la Rocha (Rage Against The Machine).

En dehors du monde de la musique et du cinéma Saul Williams est un intellectuel engagé qui publie de temps en temps des articles dans différentes revues de presse comme le New York Times ou African Voice. Il est également l'auteur de quatre recueils de poésie : The Seventh Octave, S/he, , Said the Shotgun to the Head , et The Dead Emcee Scrolls.

Il est revenu en 2007 avec un album produit par Trent Reznor (Nine Inch Nails) et distribué uniquement sur le net : The Inevitable Rise&Liberation of Niggytardust!. Suivent Volcanic Sunlight en 2011 et Martyr Loser King en 2016

MartyrLoserKing ( 2016 )

2016 marque le retour de Saul Williams au premier plan avec le concept album Martyr Loser King. Ce nouvel opus présente des sonorités variées sur lesquelles le rappeur pose des textes engagés, totalement en contradiction avec le rap actuel à la fois poseur et commercial.

Le nom de l'album renvoie au personnage imaginé par Williams. Un mineur du Burundi, récoltant du coltan (un minerai utilisé dans la fabrication des smartphones), devenu hacker et préparant une révolution mondiale depuis son ordinateur, comme en témoigne le morceau Burundi ("Hacker, I'm a hacker, I'm a hacker in your hard drive"). Martyr pour les courageux qui ont donné leur vie au service l'humanité et sont emprisonnés ou assassinés par leurs gouvernements. Loser en référence au mot nigga, mais aussi au mot sinner ou au consommateur lambda. King fait écho au sang royal opposé au sang "souillé" en particulier par le sida, mais aussi au lignées politiciennes Bush ou Clinton. Williams fait ainsi de ces mots des marqueurs pour parler de globalisation, de genre, d'identité, d'inégalités, de technologie.

Musicalement on navigue entre boucles de piano (Horn Of the Clock-Bike), béats électroniques (Ashes), polyrythmes (Groundwork) et autres samples de cordes (Burundi) dans un maelstrom de sonorités à la fois primitives et futuristes. Les tons industriels sont même présents par exemple sur Roach Eggs. Cet album se révèle ainsi d'une grande richesse au fil des écoutes. Saul Williams en appelle toujours à la prise de conscience des inégalités dans le monde, de la misère à la guerre en passant par la discrimination raciale avec une sincérité évidente. Le rappeur fait front contre l'oppresseur. Sur le morceau Ashes, il condamne par exemple la violence policière. The Bear _ Coltan as Cotton fait par ailleurs du mot hacking un appel à combattre l'injustice raciale et plus généralement le pouvoir en place. Mais c'est aussi une référence directe au fameux coltan, comme un écho à d'autres richesses africaines pillées (le fer, l'or, le pétrole ou les diamants). L'artiste cherche donc une forme de transe musicale qui se combine à un propos politiquement chargé.

Martyr Loser King est un excellent album foisonnant d'idées et de trouvailles musicales à conseiller à tous les amateurs de rap conscient et constructif dans un monde marqué par l'injustice, la misère, l'exploitation du tiers monde et la corruption du pouvoir.  

A écouter : Ashes, Burundi, The Bear - Coltan as Cotton
17 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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The Inevitable Rise And Liberation Of Niggytardust! ( 2007 )

Avec ce troisième album, Saul Williams enfonce le clou electro/hip hop/rock qu'il avait planté avec son deuxième opus. L'alchimie trouvée ici avec son producteur Trent Reznor (Nine Inch Nails) fait de ce disque tortueux une franche réussite.

Bruitiste, radical, agressif, le son bidouillé par Reznor semble régulièrement tout droit sorti du dernier NIN, Year Zero. Les excellentes premières pistes Black History Month et Convict Colony en font l'étalage à grands coups de lyrics revendiquant fièrement la négritude du slammeur, posés sur les beats tribaux les samples industriels. Si l'intitulé de l'album ramène immanquablement au Ziggy Stardust de David Bowie, c'est avec humour (voir le jeu de mot Tr(n)igger sur trigger -gâchette- et nigger) et aplomb (l'excellent ego-trip NiggyTardust) que l'artiste trace son sillon. Saul Williams n'oublie pas ses origines, ni leur poids, et se permet aussi une reprise passionnée du Sunday Bloody Sunday de U2 qui entremêle les histoires irlandaise et noir américaine (avec beaucoup d'à propos : voir le mouvement pour les droits civiques). Son chant rappelle d'ailleurs étonnament celui de Trent Reznor (au point qu'on les différencie à peine sur le morceau Break) et s'avère particulièrement soigné.

D'ailleurs, ce qui tranche avec le tout venant de ce genre de collaborations, c'est que les duettistes évitent toute impression de collage. Au contraire, NiggyTardust est fluide, habile et coloré (autant que les superbes fresques de son livret PDF). Wiliams se fait à l'occasion prédicateur (DNA), voire illuminé (WTF, avec des choeurs de Reznor), poursuivant et amplifiant sa thématique principale, faisant de lui un outsider, en marge de la nation, planant au-dessus des têtes enfouies dans le sable. Le très jazzy Scared Money convoque ainsi les fantômes de Malcolm et du pasteur et balance entre atmosphère interlope et déclamation imprécatrice. On s'attardera encore sur les très Nine Inch Nails Skin of a Drum et Banged and Blown Through, à la fois percutantes et mélodiques. D'une façon générale, les instrus de ces dernières pistes renvoient à The Fragile -comme annoncé par Reznor lui-même- entre boucles pianistiques et intonations soul du maître d'oeuvre Saul Williams (Raised to be Lowered, implacable).

Avec cet album, Saul Williams impressionne par la diversité de son interprétation et épate grâce aux arrangements léchés de son comparse Trent Reznor. Cheval fou et malicieux, il fait preuve d'une sincérité éclatante de talent. Un putain de bon disque en somme.

 

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