Avec ce troisième album, Saul Williams enfonce le clou electro/hip hop/rock qu'il avait planté avec son deuxième opus. L'alchimie trouvée ici avec son producteur Trent Reznor (Nine Inch Nails) fait de ce disque tortueux une franche réussite.
Bruitiste, radical, agressif, le son bidouillé par Reznor semble régulièrement tout droit sorti du dernier NIN, Year Zero. Les excellentes premières pistes Black History Month et Convict Colony en font l'étalage à grands coups de lyrics revendiquant fièrement la négritude du slammeur, posés sur les beats tribaux les samples industriels. Si l'intitulé de l'album ramène immanquablement au Ziggy Stardust de David Bowie, c'est avec humour (voir le jeu de mot Tr(n)igger sur trigger -gâchette- et nigger) et aplomb (l'excellent ego-trip NiggyTardust) que l'artiste trace son sillon. Saul Williams n'oublie pas ses origines, ni leur poids, et se permet aussi une reprise passionnée du Sunday Bloody Sunday de U2 qui entremêle les histoires irlandaise et noir américaine (avec beaucoup d'à propos : voir le mouvement pour les droits civiques). Son chant rappelle d'ailleurs étonnament celui de Trent Reznor (au point qu'on les différencie à peine sur le morceau Break) et s'avère particulièrement soigné.
D'ailleurs, ce qui tranche avec le tout venant de ce genre de collaborations, c'est que les duettistes évitent toute impression de collage. Au contraire, NiggyTardust est fluide, habile et coloré (autant que les superbes fresques de son livret PDF). Wiliams se fait à l'occasion prédicateur (DNA), voire illuminé (WTF, avec des choeurs de Reznor), poursuivant et amplifiant sa thématique principale, faisant de lui un outsider, en marge de la nation, planant au-dessus des têtes enfouies dans le sable. Le très jazzy Scared Money convoque ainsi les fantômes de Malcolm et du pasteur et balance entre atmosphère interlope et déclamation imprécatrice. On s'attardera encore sur les très Nine Inch Nails Skin of a Drum et Banged and Blown Through, à la fois percutantes et mélodiques. D'une façon générale, les instrus de ces dernières pistes renvoient à The Fragile -comme annoncé par Reznor lui-même- entre boucles pianistiques et intonations soul du maître d'oeuvre Saul Williams (Raised to be Lowered, implacable).
Avec cet album, Saul Williams impressionne par la diversité de son interprétation et épate grâce aux arrangements léchés de son comparse Trent Reznor. Cheval fou et malicieux, il fait preuve d'une sincérité éclatante de talent. Un putain de bon disque en somme.
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