Veronika Decides to Die est un peu l’album que tous les fans attendaient sans pour autant se faire d’illusions. En effet, après la sortie mouvementée du maintes fois acclamé Martyre en 2000, les trop grands changements de line-up et le silence radio du groupe ne laissaient que peu d’espoir sur la survie de la formation. Et pourtant, en 2004, une démo constituée de chutes de studios voit le jour, accompagnée du retour du groupe sur scène ainsi que de l’annonce de son entrée prochaine en studio. Commence alors une longue attente de deux ans, jusqu’à la mi 2006 et la sortie cette nouvelle galette.
Ce qui frappe d’entrée à l’écoute de ce disque, c’est le son résolument moderne des compos ; les guitares sont incisives et efficaces, les claviers sont certes en retrait par rapports aux précédents opus mais se marient à merveille avec ces dernières, la section rythmique basse / batterie est au diapason et la voix explore trois registres de chant différents : chant clair limite parlé, hurlements et voix growl. On note ainsi le retour de cette dernière qui s’était fait discrète sur Martyre au profit de chœurs religieux, absents sur ce nouvel album.
Les paroles sont également d’une très grande qualité. On suit à travers elle tout au long de l’album les pensées amères d’un esprit torturé, abandonné, aspirant à mourir seul et dans le noir, mais qui appelle, qui a besoin qu’on l’aide, besoin qu’on l’aime pour ne pas commettre l’irréparable. I long, première chanson de 10 minutes, Rain Wash Me, All Alone sont autant de joyaux qui captivent l’auditeur et le plonge dans un univers froid, vide et oppressant, un peu comme s’il se retrouvait seul dans une église la nuit, avec pour seule compagnie ses pensées les plus tristes, les plus désespérées.
Le chef-d’œuvre de cet album est sans nul doute Descending, piste de 9 minutes qui symbolise à elle seule tout le son propre à Saturnus : des paroles d’un romantisme désespérément noir, des guitares emplies de nostalgie, une batterie irréprochable et une voix qui change de registre avec une facilité déconcertante.
Le titre de l’album est par contre une curiosité. En effet, il apparaît comme une référence évidente au roman du même nom de Paulo Coelho, qui raconte l’histoire de Veronika, jeune slovène de 24 ans qui, ayant tout pour elle et promise à un bel avenir, décide subitement de se suicider par ingestion de médicaments, sans raison. Il serait dès lors intéressant de considérer le disque comme un concept album autour de la mort lente de Veronika, la converture, esquisse d’un visage féminin, nous confortant dans cette idée. Les paroles seraient ainsi les dernières pensées tumultueuses de la jeune fille, une sorte de dernier témoignage avant la fin, mises en musique pour illustrer la détresse d’une âme, et pour tenter de donner sens à l’insensé, expliquer l’inexplicable. Cependant, il est nécessaire de laisser ces considérations au conditionnel, puisque le groupe n’a fait aucun commentaire sur les similitudes entre le roman et son disque.
En conclusion, Veronika Decides to Die est une réussite totale, à tous les niveaux. Album de la résurrection d’un des meilleurs groupes du genre, il augure du meilleur pour l’avenir, tant la formation apparaît désormais comme sûre d’elle et enfin stabilisée. Nouveau chef d’oeuvre dans une discographie sans faute, à rapprocher du monumental Paradise Belongs to You, il est assurément la sortie Doom Death de l’année, en attendant le nouveau My Dying Bride, groupe dont Saturnus peut être estimé comme une excellente alternative.
A écouter : I Long, Descending, Rain Wash Me... tout en fait