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Biographie
Fondé en 2004 à Paris, Salving Thy Amiss a pour objectif premier de produire une musique sombre et agressive où se mêleraient diverses influences. Deux ans plus tard, le groupe propose une première démo: "Horsewreck, Oh trail's highlight.". Les différents retours s'accordent alors sur deux points: la musique proposée par Salving Thy Amiss est bien un melting-pot de styles et s'avère personnelle et passionnée. Encouragé, le groupe se remet immédiatement au travail, malgré des changements de line-up, et rentre en studio en 2008 pour enregistrer un nouvel EP : "Amid all this mess, a weak splendour.", qui voit finalement le jour fin 2010. Les influences du groupe s'élargissent encore, les compositions incorporant des ambiances nouvelles. Une évolution naturelle et toujours permanente depuis la création du combo qui aboutit à la sortie du 3è album du groupe en janvier 2012: "Our sons; heart-rending stories from babblers". line-up sur EP : Jérémie Poidevin : voix Bastien Souvignet : guitares Olivier Delecroix : batterie Bertrand Gautreau : basse Vincent Le François : basse (a quitté STA en 2009)
L'équidé semble être la race préférée de Salving Thy Amiss. De Horsewreck à Our Sons, l'animal se retrouve en élément principal des différents artwork. On avait sur Amid All This Mess une folie fougueuse, une cavalcade folle qui ravissait l'amateur de musiques déconstruites. Sur Our Sons, la tension n'est pas retombée : presque 50 minutes intenses de sonorités anarchiques ("Our story begins, ironically, at the unoriginal conclusion…") avec néanmoins de réelles progressions dans les sonorités musicales ("Appearing in their wild and disgusting getup…").
On retrouve ainsi l'insolence d'un Psykup, en moins syncopé, et ce rapprochement d'une musique délicate et complexe derrière un masque de chaos. N'attendez pas Dragonforce non plus, loin de là, mais les différentes ambiances et sonorités (avec un soupçon d'électro sur certains passages) montrent une tendance à muer constante, à ne pas s'arrêter à une barrière stylistique. La fusion des genres a beau être devenue un phénomène naturel ces derniers temps, elle n'est pas toujours une réussite et peut vite devenir fade. Avec ce Our Sons, on navigue dans énormément de sphères musicales (du Hardcore jusqu'à un simili Pop / Rock / Electro), et, même si la globalité de l'album peut laisser froid, les amateurs de grand-huit musical y trouveront leur compte.
Amid All This Mess, A Weak Splendour! semblait à première vue plus difficile d'accès que Our Sons. Néanmoins, contrairement au dernier Comity qui ne pouvait laisser que des avis tranchés, cet album de Salving Thy Amiss s'orienterait plutôt vers le côté un peu plus progressif de certains Between The Buried and Me, même si l'on reste dans un équilibre Hardcore Chaotique / Rock.
A écouter : Comme une succession d'ambiances
Après une démo très prometteuse, Salving Thy Amiss se lance dans un premier LP Amid All This Mess- A Weak Splendour!, 5 ans après ses premiers échos sonores. Frénétique, le combo ne lâche jamais l'affaire : Envolées explosives mêlées à la rugosité du genre, saturation sonore inhérente aux jusquauboutisme des compos et agression verbale en boucle ; Salving Thy Amiss semble donc décidé de continuer dans cette voie violente et abrasive déjà engagée il y a quelques temps. De ce fait, Salving Thy Amiss s'approche du principe de Destroy All Operating Systems ou des premiers Comity : un chaos bouillonnant, une spirale infernale où tout se mélange et implose. Malgré tout, l'ensemble reste cohérent, taillé dans le marbre et au final seuls les passages d'un titre à un autre causent une rupture sur les 26 minutes de musique car rien ne se détache, les cassures étant régulières, graduelles et les morceaux homogènes. Ca et là, sur sa base Hardcore, Salving Thy Amiss pioche dans la Powerviolence, ajoute des cordes teintées de Black sur quelques riffs de From Building To Slammers ou Oh Fathers!, n'en fait qu'à sa tête et se moque éperdument des codes de composition - aucun refrain, juste un pavé mal dégrossi où les morceaux se révèlent bruts de décoffrage. Imprévisible, insoutenable, Salving Thy Amiss n'a pas besoin d'augmenter son tempo pour être perturbant : chant et instruments se côtoient et se chamaillent avec une malignité et une cruauté enfantine, directe, sans soucis de préserver l'être qui tente de se confronter aux différents titres. Difficile d'assimiler le groupe à une quelconque scène ou à un mouvement particulier tant tout s'articule autour d'un océan de sens et de ressentis rythmé par les excursions du trio (From Building To Slammers ou A Few Days Ago, We Whispered). Difficile aussi d'arriver à juger ou appréhender Amid All This Mess- A Weak Splendour! par partie, on se contentera plutôt d'apprécier ou rester insensible à ce disque dans sa globalité, ce qui donnera sans doute lieu à des avis tranchés.
Néanmoins, à l'instar de Horsewreck, Oh Trail's Highlight, ce nouvel opus incorpore quelques éléments plus légers : la fin de A few days ago, we whispered ... ou "Hail to our shining mongoloïd prophets.". La rupture n'est pourtant pas brutale, amenée avec douceur, ajoutant divers éléments petits à petits jusqu'à ne devenir qu'un titre plus progressif. Ces accalmies ajoutent véritablement une sensation de bipolarité : tout est atténué, du chant aux cordes en passant par la batterie, sentiment de se trouver dans l'œil d'un cyclone dévastateur. Bref souffle d'air frais, on appréciera (ou non) cette prise de risque alors que les musiciens auraient pu se cantonner à un album purement chaotique.
A l'image de son artwork où l'équidé se déchaine dans une foret entachée de soleil, Salving Thy Amiss montre ses muscles, se cabre et dévoile son coté sauvage. Amid All This Mess- A Weak Splendour! ne s'encombre pas de quelconques limites et les Parisiens prouvent que Horsewreck, Oh Trail's Highlight n'était qu'un coup d'essai.
A écouter : From Building To Slammers
S’il y a bien une chose qui me fascine dans l’évolution actuelle du hardcore, c’est cette faculté qu’ont certains groupes à explorer le chaos, évoluer dans des univers désordonnés et bruyants, tout en proposant quelque chose d’incroyablement intense et musical, qui parfois touche l’auditeur au plus profond de ses trippes. Et si parmi les groupes désormais connus dans le monde entier, le sentiment n’est pas nouveau, il est à mon sens assez rare qu’un groupe amateur, de surcroît français, atteigne un degré d’intensité aussi fort que Salving Thy Amiss.
Pour un premier enregistrement, Horsewreck, Oh Trail’s Highlight va déjà très loin. Avec 4 titres époustouflants évoluant quelque part entre tous les courants des musiques extrêmes, on pourrait, par facilité, ranger le disque dans la case Power Violence, par ailleurs fort usitée, mais Salving Thy Amiss est beaucoup plus que ça. Ses titres sont complexes, leur cohésion sonore y demande un réel effort de compréhension avec cette production totalement encrassée, tout hurle, crisse et tambourine, et le combo développe une ambiance réellement unique. Libérées de tous codes, les structures de ses compositions déroutent à travers un panel de sonorités démesuré, changeant allègrement de tempos, d’ambiances, passant sans complexes du grindcore furibard au metal pachidermique, du hardcore le plus essentiel à des plans plus sensibles, tout en gardant toujours une base très screamo, grâce à un furieux vocaliste, là aussi au panel technique impressionnant. La guitare quant à elle n’échappe pas au ton de cette démo, se faisant tantôt enveloppante, tantôt maîtresse et haineuse, tantôt douceâtre et belle, mais toujours dans le ton de titres palpitants et imprévisibles, où la partie rythmique joue son rôle de base instable et toujours précaire, indéniable trésor d’Horsewreck, Oh Trail’s Highlight.
Le pari est osé, ambitieux, et le faux pas guette Salving Thy Amiss à tout moment, laissant craindre un plan plutôt puéril, une faute de goût mal placée ou une transition abjecte, mais il n’en est rien. Le groupe voyage à travers son univers, non sans imperfections (la batterie parfois fébrile, le mixage qui gagnerait à donner du tonus à l’ensemble), mais ne semblant guère se soucier d’autre chose que d’envoyer ses tripes dans l’aventure qui se révèle harassante de bout en bout, malgré le relâchement progressif et bienvenu du dernier titre, Never tell a brother the master plan ; this is every empire fell apart. Car non content de passer d’un sujet à l’autre sans même que l’auditeur ne s’en rende compte, Salving Thy Amiss jouit sur son premier enregistrement d’une cohésion sans failles constituant son profit le plus capital, et son essence même.
Salving Thy Amiss semble être doté d’un carré de cerveaux à l’imagination débordante, au sein d’un univers complexe et riche ; de cette créativité est né Horsewreck, Oh Trail’s Highlight, demo autoproduite durant l’été 2006 avec des bouts de ficelle, qui, ô surprise, explore une vision de la musique bien plus mature et recherchée que bien des groupes signés et reconnus du hardcore. Salving Thy Amiss sonne déjà de manière si personnelle, empruntant judicieusement des éléments dans un monde musical suffisamment vaste pour ne pas s’enfermer dans des carcans (il serait d'ailleurs hardu de nommer des influences directes), qu’il serait totalement inouï qu’il ne puisse pas faire parler plus de lui fort rapidement, avec notamment un album d’ores et déjà annoncé en préparation. Le quatuor parisien fait de la musique moderne et grouillante, presque intellectuelle, va de l’avant d’une rare manière au regard de sa jeunesse, et prouve une nouvelle fois que l’adage qui veut faire de la scène française un néant absolu de créativité est définitivement archi-faux.
A écouter :
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