|
|
Biographie
Rorcal se forme en 2005 en Suisse, pratiquant dès ses débuts un Postcore teinté de Doom, qu'il concrétise avec The way we are, the way we were, the way we will be... Les musiciens enchaînent sur un projet audiovisuel nommé Monochrome ainsi qu'un split avec leurs compatriotes de Kehlvin. Fin 2008 sort leur premier véritable album: Myrra, Mordvynn, Marayaa, qui se voit suivi par de nombreuses dates jusqu'à ce que Rorcal se remette à plancher sur un nouvel opus. Ce dernier voit le jour fin 2010 sous le nom de Heliogabalus, composé d'un unique morceau de 70 minutes oscillant entre Drone et Doom. Après une série de dates pour défendre le disque, Rorcal s'enferme sur lui même pour composer Vilagvege, album annoncé comme un Doom s'associant au Black Metal.
Je vous déteste, tous autant que vous êtes. Votre sourire rêveur me donne envie de vomir, votre attitude puérile n'est que pur égoïsme et infantilisme déplacé. Et pourtant, j'ai envie de vous serrer dans mes bras, jusqu'à voir vos yeux devenir vides de vie, puisqu'ils le sont déjà de réflexion. Vilagvege serait la bande son de ces derniers instants qui mêleraient passion et dégout. Parce que Rorcal a tout compris, m'obsède et me hante depuis que leur nouveau méfait s'est glissé tout contre moi, dans un cauchemar brumeux. Vilagvege est l'aboutissement de tout le bien que j'ai pu dire de Rorcal : un disque qui va encore plus loin, purement Black dans ses intentions et ses atours, avec pourtant une base beaucoup plus lente. Au lieu de foncer et de hurler à en perdre la raison, le combo lève le pied et fait peser chaque note (pensez à Suma sur la base rythmique), en gardant cet extrémisme malsain du Black.
"When Doom turns to Black, you can't expect anything but Chaos"
Il n'est d'ailleurs pas sans rappeler les classiques avec ses aspects grandiloquents dont des choeurs grégoriens (la fin de "Black V" ou "Black VII"), un déferlement de violence dont la production augmente l'amplitude (l'entrée en matière de "Black VI") avec l'intelligence d'un Deathspell Omega. C'est retord, vicieux, bien loin du côté primaire de Dimmu Borgir ou Immortal (même si on retrouve certains aspects plus classique du style, comme sur "Black II").
Je hais ce disque, pour ce qu'il représente et ce qu'il me fait ressentir. Il a l'effet d'un Misanthrope(s) de Celeste, en plus lourd. Sur l'un on crachait, sur le nouveau on piétine nos oreilles. Et puis Rorcal va a l'essentiel : A quoi bon s'embarrasser de titres quand on peut tout simplement les appeler "Doom", "Black II", "Black V" ou encore "Black VIII" ? On s'emmerde à chercher du "Pour que jamais plus un instant ne soit magique" alors qu'au final c'est l'effet que ça te fait que tu retiens réellement. Vilagvege, c'est, comme l'annonce le flyer, Ragnarök ou la Fin du Monde. Pas seulement, c'est également le néant, le trou noir qui t'aspire sur chacune des 43 minutes de la démonstration de Rorcal.
On cherche parfois à tout analyser, tout décrypter, mais à l'instar d'un Sunn O))), il est souvent question de sensations plus que de successions complexes de notes. Rorcal, plus particulièrement sur Vilagvege, c'est une haine qui prend aux tripes, attrape vos intestins et les broie en serrant bien fort. J'y ai perdu mon âme, j'ai tout détruit autour de moi sans le comprendre, juste parce que ce disque me touchait.
Avec le recul, Rorcal ne m'a jamais autant malmené qu'avec Vilagvege. Preuve en est que le combo a su évoluer et se trouver une personnalité propre, ayant beaucoup plus d'intérêt qu'il y a 5 ans à mes oreilles. En toute sincérité, je vous déteste.
A écouter : Non, à vivre
Il est de ces œuvres ou artistes qui vous marquent profondément par leur intensité. Certains citeront des classiques (Baudelaire, Ellroy, Lovecraft, Tolkien, Sade, ...), d'autres se tourneront vers des pièces plus intimes (Poppy Z. Brite, Dantec, Jaworski, ...) mais tous auront en commun cette flamme qui brûle au fond de leur yeux lorsqu'ils en parlent. Heliogabalus est taillé dans le même marbre, au cran largement au-dessus de Myrra, Mordvynn, Marayaa, avec une nouvelle manière d'aborder sa musique. Rorcal a en effet misé gros : 70 longues minutes ininterrompues de sonorités abjectes, claustrophobes et moites. Lors des premières écoutes, ce disque s'apparente à ces films que l'on voit sans jamais trop en comprendre le sens, dont les premières notes du générique font monter l'angoisse et les dernières images laissent perplexe. Heliogabalus explore au ralenti les tréfonds de l'âme humaine, les vices cachés de chacun sur fond de misère et semble intellectualiser le tout par une composition complexe (jeu de batterie / riffs / chant extrémiste). Rorcal piège dans une prison mentale sans nom ni lumière, serrant son étau autour de la gorge de l'auditeur jusqu'à évanouissement. Trop peut être, à un tel point qu'il faut digérer ce disque d'une traite, sans quoi l'effort fourni par Rorcal serait vain : l'écoute en diagonale n'est en effet pas une solution et ne rendrait hommage à ce bloc de marbre aussi intense que complexe. En passant d'un Postcore à un Drone Doom où chaque vibration pèse de tout son poids sur les tympans, les Suisses ont pris un énorme risque. Pas dans la composition, mais simplement en glissant légèrement vers un terrain plus instable, où la tension ne tient souvent qu'à une note bien placée. Rorcal s'en sort bien, avec des mouvements intelligemment écrits (la transition Neurosisienne entre la deuxième et la troisième partie qui monte en puissance de manière phénoménale - de 12 à 22 minutes) et des enchaînements qui tiennent en haleine (aux alentours des 30 minutes). Dans l'ensemble, une dimension quasi-mystique empreint totalement la musique du quintet, sans corrompre totalement les volutes de notes qui s'en échappent (la partie Drone qui flotte sur les 40 minutes) jusqu'à l'aboutissement blackisé à l'extrême des derniers soubresauts de Heliogabalus.
Rorcal nous le prouve, "Tout acte de création est d’abord un acte de destruction." : laissant l'auditeur en miettes, des débris de sentiments épars sur le sol, le combo vient de créer sans doute ce qui sera LE disque de sa discographie. Monolithique.
A écouter : bien accroché.
Rorcal, c'est un premier Ep qui a donné des sueurs (froides) à plus d'un. Un nouvel album sous le bras, les suisses reviennent sur le devant de la scène, prêts à piétiner vos oreilles. Le groupe aux multiples musiciens donne donc rendez vous aux postcoreux sur Myrra Mordvynn-Marayaa, avec un artwork sobre mais annonçant la couleur de l'album. Car tenez vous le pour dit, Rorcal n'égaiera pas votre dimanche de printemps...
Autant tailler dans le vif du sujet, Myrra Mordvynn-Marayaa est long. Trop long sans doute. 74 minutes trébuchantes, massives. Certes, ne pas aimer les morceaux longs mais écouter en masse du postcore peut sembler illogique, mais il y a un juste milieu. Rorcal piétine sur place sur la première moitié de l'album, n'avançant qu'à grand peine avec une lourdeur dévastatrice. Cela a beau être du plus bel effet sur le papier, mais l'Aurore a du mal à se lever, Savernaya possède de nombreux plans longuets. Certes, Rorcal joue bien, Rorcal sait mettre (ou casser) l'ambiance avec une voix d'outre tombe. Mais Rorcal n'arrive pas à capter l'attention, contrairement à un Neurosis, Cult Of Luna ou même au dernier Dirge.
La seconde moitié de Myrra Mordvynn-Marayaa, plus variée (notamment grâce au chant clair sur Ether, véritable brin d'air frais même si un poil décalé au premier abord), avec quelques passages plus postrock (Ataraxia) relève le niveau de l'album. Même si les morceaux semblent toujours mal dessinés, on n'a plus l'impression d'écouter une boucle sonore dont on attend la chute avec envie. Rorcal montre qu'il a toujours une lueur au fond des yeux, des riffs qui maintiennent l'auditeur au sol et une noirceur désespérée. Ces sentiments, très lointains par moments, prennent vraiment de l'ampleur sur quelques passages trop peu présents.
Les 3 interludes (oscillant entre 1 et 2 minutes chacune), fantomatiques, aèrent un peu Myrra Mordvynn-Marayaa. Elles permettent de se rendre compte du mur qui se dresse lors de l'écoute de ce Rorcal. Il est dommage d'arriver à commencer à apprécier pleinement un album grâce à ce qui est sensé permettre de souffler.
L'écoute de Myrra Mordvynn-Marayaa est pénible, lente. Une douce agonie s'élève tout au long des compos. Là où Rorcal avait su montrer un savoir faire d'orfèvre sur leur premier EP, les musiciens n'offrent ici qu'un travail mal dégrossi. Sur la plus grosse partie de Myrra Mordvynn-Marayaa, il ne se passe rien. Pas un petit subresaut de plaisir, pas d'accélération du pouls. Pourtant, Myrra Mordvynn-Marayaa n'est pas foncièrement mauvais, juste honnête, mais sans surprise.
A écouter : Surtout la seconde moitié
|
|