Un jour d'automne pluvieux, Richard Walters emménage dans un grand appart' parisien vide avec sa compagne Imogen Heap... et rapidement, il s'ennuie. Alors il lance une colocation internationale en invitant les cousins américains de Copeland, puis fait venir Karl Larsson et David Lehnberg de Suède, et convainc son compatriote Thom Yorke ainsi que le voisin irlandais Damien Rice de se joindre à la fête.
"Fête" étant un bien grand mot parce qu'avec cette pléthore de neurasthéniques, pendant les soirées jam, ça zouk pas des masses et on boucle pas sur Ska-P; c'est plutôt ambiance Prozac à la coloc' et même Gilbert Montagné commence à faire grise mine dans le F5 du dessus.
De ces sessions suicide sortira néanmoins un Animal minimaliste d'une pureté saisissante. A l'image (acoustique) de son fausset alangui, la douceur de Walters se ressent dans ses moindres murmures. Il faut dire que son organe accapare le devant de la scène, laissant trop souvent le reste des instruments modestement posé en arrière plan.
Et pourtant il y aurait matière à developper et enrichir; entre le jeu de guitare - peut être pas si simpliste qu'il n'y parait de prime abord - à l'éloquence discrète, le renfort d'Izzi Dunn au violoncelle (The Good, The Bad & The Queen, Natalie Imbruglia, The Cinematic Orchestra...), les quelques instruments qui se baladent en fond sonore et des arrangements parfois judicieux...
En bref, si l'on pouvait reprocher une chose à l'artiste sur cet opus, ça serait paradoxalement de trop compter sur ses capacités vocales et leur potentiel émotionnel (qui cela dit est bien réel). Encore faut-il être réceptif à ce genre d'ambiances 'intiminimalistes', sans quoi vos ronflements accompagneront le falsetto du Sieur avant la fin des trente et quelques minutes affichées au compteur.
Le chanteur compositeur gagnerait donc sans nul doute à davantage laisser libre court à ses transports; preuve en est faite sur "All At Sea" et sa montée de toute beauté.
Après son expérience d'auberge espagnole avortée (pas assez de lega-legalización...), Richard Walters finira seul, dans sa propre bulle, à narrer (entre autres choses) les petits incidents, les angoisses et les tabous épisodiques des relations amoureuses.
Moins folky-en-vogue que Bon Iver et plus tellurique que Peter Broderick (voila pour les références 'cvltes' du moment), mais tout aussi profond.
A écouter : "All At Sea" ; "Brittle Bones" ;"We Have Your Head"