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Biographie

Ranger

Formé en 2009 à Helsinki, le groupe se compose de Dimi Pontiac au chant et à la basse, Miko à la batterie, Mikael et Ville aux guitares. Après plusieurs démos, Ranger sort en 2013 son premier EP, Knights Of Darkness qui pose les jalons de leur musique, un speed-metal bien old-school joué à 220bpm, le tout agrémenté de moustaches de biker. Un second EP en 2014, Shock Skull, leur permet d'être repéré par le label Spinefarm qui ne tarde pas à les signer. Where Evil Dwells, leur premier LP, voit le jour en 2015.

Speed and Violence ( 2016 )

Vingt et un mois se sont écoulés depuis que Ranger a débarqué, sorti presque de nulle part, et a largué cette petite bombe de première album qu’était Where Evil Dwells. Depuis, la NWOTHM (avec le T pour Traditional) se porte toujours à merveille, avec pléthore de groupes qui brandissent haut l’étendard du Metal d’antan. Avec un logo bien dégueulasse, mais une pochette qui ne ment pas et affiche la couleur, les Finlandais reviennent et vous voilà avertis, ils sont armés et dangereux !

Vous ne savez pas ce que ça fait de se prendre un couteau entre les omoplates ? À l’écoute de cette Intro qui aurait très bien pu être écrite par Goblin, vous pourrez vous imaginer l’espace d’une minute dans un giallo, quand soudain… Un riff tranchant viendra cingler vos tympans. Ranger semble aborder sa musique comme un testament vivant des gloires passées, adoptant un son très vintage et chaud au niveau des distortions, sans compression, avec une caisse claire rugueuse et, surtout, un mixage à l’ancienne avec la voix de Dimi très en avant par rapport aux instruments qui forment un arrière plan, cependant très audible, sur lequel se détachent quand même les solos et parties de guitare harmonisées. Le Speed Metal de Ranger vogue toujours entre Heavy Metal et Thrash, comme c’était le cas sur Where Evil Dwells, en abandonnant certains thèmes (la page “apocalypse nucléaire” semble tournée). On se retrouvera ainsi avec des riffs hommages à Iron Maiden (Last Breath), Megadeth (Without Warning et ses grosses lignes de basses, Demon Wind) ou Slayer (Satanic Panic), des refrains entêtants à chanter à tue-tête (Speed&Violence, Lethal Force et ses choeurs et voix doublées) et des duels de guitare décoiffants et épiques (Demon Wind, Last Breath, Lethal Force).

Ranger réussit également à poser une ambiance menaçante toute au long des trente six minutes de l’album, que ce soit au niveau de la musique (Evil Barrier) ou du chant (Satanic Panic). Sur ce point, on peut constater que Dimi fait toujours preuve d’un équilibre parfait entre hargne et montée en voix de tête. Des effets, eux aussi old-school (reverb et parfois gros delay) viennent compléter le tableau eighties, pour un résultat retro-futuriste sur Without Warning, avec cette voix qui donne l’impression de s’envoler dans l’espace. Le tempo est également toujours bloqué à plus de 180 bpm et même sur la fin de l'album, il n'y aura aucune baisse de régime, le groupe nous réservant le titre le plus speed (Shook Troops) avant le morceau de choix Last Breath en conclusion qui résume à lui seul toute la teneur de l'album : qualité des riffs, solos ciselés, voix vindicative et section rythmique infatigable.

Adeptes des ambiances louches, habitués des soirées cuir-moustache, cet album est fait pour vous. Ranger pousse le bouchon encore plus loin dans le délire revival et nous livre un album réjouissant, jouissif et totalement régressif. Il est l'heure de ressortir votre veste à patches et votre moule-bite, il était écrit qu'un jour ce serait à nouveau à la mode.

A écouter : en courant tout nu dans la toundra
15 / 20
1 commentaire (14/20).
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Where Evil Dwells ( 2015 )

Est-il possible d’être crédible quand on joue dans un groupe de metal old school alors qu’on n’a pas plus de 50 ans ? Si vous êtes sceptique, lisez la suite. Ranger, c’est un peu l’histoire du mauvais goût qui frise le génie, de la surenchère à outrance qui ne provoque cependant pas l’indigestion, du comique de répétition qui ne lasse pas. La recette avait déjà été éprouvée sur deux EPs et notamment les deux titres de Shock Skull sur lesquels le groupe avait peaufiné (le mot peut paraître fort dans ce cas précis) son travail d’écriture et de production. À tel point que Where Evil Dwells semble en être la suite directe, et qu’il n’aurait pas été choquant de voir les titres Shock Skull et Omen Of Doom y être intégrés.

Sur le papier, Ranger pourrait être instantanément classé dans la catégorie has-been avec une musique régressive au possible ainsi qu’un look qui nous transportent aux confins des eighties. Ils auraient pu se casser les dents dans cette tentative d’hommage à un style aujourd'hui tombé en quasi désuétude, mais au contraire, leur réussite dans cet exercice réside dans un respect scrupuleux des codes du genre : les thèmes abordés (guerre et menace nucléaire, politique, mort), la structure des chansons avec de longues intros en montée, les solos interminables, les passages harmonisés, les skank beats, la culture du riff qui fait mouche, un format typé 33 tours (7 titres pour 38 minutes)... et des putains de tête de mort sur la pochette ! Les Finlandais, en bons élèves, se sont appliqués à la tâche et tout ça, sans avoir peur du ridicule grâce à un second degré affiché et assumé.

Ranger joue son metal pied au plancher, enchaînant au moins une demi douzaine de riffs différents par chanson et vous entendrez des duels de solos fleurir sur presque chaque titre (celui de Deadly Feast étant complètement ébouriffant). Au milieu de toute cette vélocité, quelques courts instants de répit nous sont octroyés (les intro de Black Circle (S.Y.L.S) et Where Evil Dwells, sur laquelle on pourra également entendre un peu plus Dimi s'exprimer à la basse) mais ils restent cependant bien anecdotiques. Il faut noter aussi une bien meilleure utilisation des vocaux de Dimi : il cabotine toujours autant de façon hargneuse derrière le micro, mais le recours à la voix de tête est moins systématique et du coup, mieux placés à des passages clés, il fait mouche (passé la première écoute de Defcon 1, vous ne pourrez pas vous empêcher de couiner sur le NEAR du premier couplet lors des écoutes suivantes). Bizarrement, ou pas en fait, c’est le single Storm Of Power qui pourrait être considéré comme le titre le moins intéressant de l’album et sur lequel résonne malheureusement un écho de déjà-entendu. Un placement plus judicieux aurait pu éviter cela, d’autant plus que Where Evil Dwells, ambitieux morceau de plus de 10 minutes, aurait largement mérité de clore ce disque.

Pour résumer, c’est cette volonté affichée de vouloir rester fidèle aux racines qui permet à Ranger de convaincre l’auditeur, car il n’y a aucune compromission audible sur ce premier LP. Des puristes pourront toujours pester, dire que c’est moche de surfer sur la vague du revival et surtout que le speed-metal, ça se déguste uniquement servi par une production crade signée année 80, avec le souffle des amplis qui va bien et une grosse reverb dégoulinante. Il n’empêche que Ranger est certainement le truc le plus jouissif qui soit arrivé au metal traditionnel depuis 3 Inches Of Blood, et il serait dommage de bouder ce plaisir coupable.

A écouter : avec une veste à patches sur le dos