Les Années Lumières ça commence comme un bad trip sans fin post-nuit apocalyptique, pateuse dans la bouche, champignon atomique dans le crane, diction mal assurée et accès de fièvre. Ca cogne putain de fort et pas moyen d'en sortir. Un vrai cauchemar. "Prophétie canine" vient de frapper. On est à des lieues de l'idée qui se cache à première vue derrière ce nom d'album. Ou alors elles se sont pris une sacrée caisse nos lumières. La respectabilité en prend un coup ainsi que la légende qui l'accompagne.
Tout faire tomber, éparpiller la capitale comme on shoote un château de cartes, aplanir, remettre les compteurs à zéro. Cogner. Mettre quelques claques là où elles sont bien méritées. Musicalement, le créneau est tout trouvé: Quartier Rouge c'est le bruit, le chaos, l'énergie brute, les jaillissements, la verve et l'absence de formes. Il n'y a aucune garantie que vous souhaitiez/puissiez réellement vous envoyer Les Années Lumières même si, si vous avez déjà vu une bête captive se jeter contre ses barreaux, vous connaissez déjà partiellement ce disque. Quartier Rouge suinte sa musique fracassée par les pores, effraie les vieilles et fait aboyer le connard de chien du voisin. Le genre de qualités qui ne plait pas forcément à tout le monde.
Quelque part entre la folie de Daughters, les assauts noise les plus abrupts de Todd et la virulence hardcore d'un Converge/Gaza, Quartier Rouge impose sa personnalité hors norme(s)/énorme, se fait cru, trivial, malsain, rue dans les brancards mais jamais ne franchit la barrière qui ferait de Les Années Lumières un disque haineux et gratuit, aussi divertissant que vite oublié. Non, il y a vraiment quelque chose de pourri chez les parisiens. comme quelque chose de désespérant dans ce rock sale profondément dérangeant qui n'en finit plus de démettre des hanches. De l'écœurement, surement. Sans pouvoir toujours réellement définir ce qui est en jeu la faute à ce chant titubant noyé au milieu de changements rythmiques à se taper la tête dans le mur, bouffé par des attaques de cordes qui prennent un maximum d'espace sonore disponible, on adhère à bloc. Ou pas. Le choix sera très probablement immédiat.
Quartier Rouge enfonce la porte et vous gerbe sur les pantoufles au petit matin. C'est sale, malsain, on ne comprend pas tout de suite. Tout juste sait on qu'il vient de nous arriver un truc un peu dingue. La scène noise française se/vous/nous prouve une nouvelle fois qu'elle refuse de rendre les armes et le paysage musical hexagonal ne s'en porte que mieux, même si dans son immense majorité il ne le réalisera probablement jamais. Il y a encore des tarés talentueux par chez nous. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça peut faire du bien. Vivifiant. Donc on y retourne. Fuck Yeah.
A écouter : Absolument!