Dans un créneau screamo / post largement encombré, mais toutefois porteur de coups de griffes pertinents et inspirés, il semble de plus en plus difficile de surprendre son monde. C'est pourtant ce que les ricains de Pyramids se sont fixés comme objectif avec Following The Tracks, Forcing Motion Through Phases, un premier album déboulant comme une locomotive aux freins desserrés lancée à pleine vitesse sur des courbes sinueuses et abruptes ; un trip ferroviaire enivrant alimenté par un visuel fort réussi et la discrète présence de samples matérialisant le roulement sur l'acier à vif et le souffle de la vapeur, chaud et acre.
Dépourvu du moindre effet, le son cru et ronronnant de Pyramids participe grandement à la singularité des américains, une particularité leur permettant de rester en marge d'une scène aujourd'hui tentaculaire. Sur des fondations rythmiques coulées par une batterie sèche et des lignes de basse ultra présentes jouxtant les purs moments de bravoures que sont celles de Fall Of Efrafa ("Sleep Spindless & K-Complexes"), Pyramids tire en épingle des mélodies cristallines du meilleur effet, amoureuses du crescendo oscillant à haute fréquence, de la progression et de l'évidence. Immédiatement appropriables et allant à l'essentiel, les compositions n'ont cesse de nous tirailler entre une noirceur sous-jacente permanente et des éclaircies bienvenues venant agréablement nuancer les couleurs du tableau ("Slow-Wave").
Alors bien sur, que ce soit à la façon de Envy ou de Suis La Lune, voire de Funeral Diner ou originellement de City of Caterpillar, l'alternance des séquences post-rock et des râles screamo hardcore est une acrobatie qui a déjà été largement déclinée. Toutefois, la version sombre et ambivalente de Pyramids conserve tout son intérêt et toute son originalité grâce à un feeling tout particulier, une orchestration très personnelle et surtout 7 morceaux sans baisse de niveau ; une régularité fort appréciable qui invite à se laisser porter de bout en bout sans que le désir de se rabattre vers les moments les plus intenses se fasse ressentir.
Amateurs des figures fondatrices de City Of Caterpillar, de screamo hardcore âpre à la production brute et même des moments de grâce de Explosions In The Sky, Pyramids, pour qui tracer des chemins de fer entre ces divers paysages semblait être une évidence, pourrait bien vous rester en tête. Ce premier album prouve quoi qu'il en soit, qu'il faudra désormais compter avec eux.
A écouter : Dans le train