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Biographie

Primitive Man

Primitive Man est un trio de Doom Metal / Blackened Sludge aux accents Grind, formé par le frontman (Ethan Lee McCarthy - Guitare / Chant) d'un autre trio aux aspirations musicales proches : Clinging To The Trees Of A Forest Fire. Rejoint en 2012 à Denver par Ben Kennedy (Batterie) et Jonathan Campos (Basse), Primitive Man évolue dans une catégorie musicale aux croisements de plusieurs styles et sortent leur premier album, Scorn, en 2013 sur le label Throatruiner Records. Un split avec Xaphan sort début 2014.Le groupe continuer de traîner ses guêtres dans l'underground, avec un EP intitulé Home is Where the Hatred Is, sorti en 2015 chez Relapse Records. Après une pelleté de splits et de collaborations, notamment avec Sea Bastard et Northless, le groupe sort un nouvel album, Caustic, en 2017, toujours chez Relapse Records. 

Chroniques

Caustic Scorn

Caustic ( 2017 )

Il en aura fallu du temps à Primitive Man pour concrétiser ce qu'il cherche à atteindre depuis le début de sa carrière. D'ailleurs, leur cas est assez représentatif du mal qui touche bon nombre de membres de la scène Sludge et Doom. Voyez-vous, les mélanges sont à la mode et il n'est pas rare, chaque semaine, de voir fleurir de-ci de-là des formations où les bonnes idées sont peu nombreuses. En découle alors une horde de groupes où l'attitude et le son, souvent dopé aux amphétamines par du matos hors de prix et une production toujours plus « dark », priment sur les compositions et le talent. Les principaux représentants de cet état de fait seront reconnus sans trop de peine par le lecteur qui sait voir un peu plus loin que le bout de son nez. Le trio originaire de Denver en faisait d'ailleurs, hélas, partie. Pas capable de convaincre sur la longueur, s'éparpillant trop par monts et par vaux, il n'avait jamais réussi à assez nous intéresser pour qu'il devienne plus qu'un représentant des groupes où les idées sont meilleures que leur mise en pratique. L'âge de raison, nous l'attendions et c'est en 2017 qu'il arrive dans le cas qui nous intéresse avec Caustic, molosse abrasif et malodorant.

Difficile de passer inaperçu quand on jette un tel pavé dans la mare tranquille des musiques lourdes et, avec 12 titres et presque 1H20 au compteur, Caustic éclabousse. Mieux, il recouvre de sa boue et de son souffre tout ce qui l’entoure, noyant les pauvres dégénérés qui osent y jeter une oreille, persuadés qu’ils sont de retrouver ce que l’on est déjà tenté d'appeler “l’ancien son” du groupe. Primitive Man fait un choix difficile à entreprendre car Il s’allonge et se rétrécit simultanément. Il se distend dans la durée, s’étale de tout son long grâce à des compositions qui joue le pour la montre. À la manière de Windhand ou de Cult of Occult sur son dernier disque, il a compris qu’il n’était pas nécessaire de toujours en rajouter. L’auditeur peut s’ennuyer. Mieux, il le doit pour créer ce sentiment que l’on cherche à nous transmettre. Ce misérabilisme, cette haine, ce dégoût de l’humanité ne peut venir que d’un ennui profond. Impossible alors de penser à autre chose, de se laisser aller à suivre le rythme. Face à soi-même, à la misanthropie et à la pourriture, il n’y a pas d'échappatoire et c’est bien là le but avoué, depuis la nuit des temps, du Sludge. 

Mais Primitive Man a aussi fait le pari de se limiter, de rétrécir. Par le passé, on a pu constater qu’il était parfois difficile pour le trio de faire un choix, faisant alors appel à des inspirations Grind, Noise ou ce que vous voulez, débouchant en une mixture qui n’a jamais réussi à mettre en place ce qu’elle aurait dû être capable de faire. En ont ils pris conscience ? Difficile à dire mais la musique du combo s’est resserrée sur son essence, sur ces tempos écrasants, sur cette perfidie et cette aliénation mentale. Tout ou presque n’est que lenteur, sauvagerie, aversion fanatique et désespoir. Le Grind et la Noise n’ont pas disparu, ils sont désormais au service de ce qui fait l’essence de ce groupe et de Caustic : le Sludge, encore et toujours lui.

Une doctrine que Primitive Man a cette fois-ci parfaitement assimilé, livrant du même coup un disque qui est appelé à devenir un classique à ranger entre les productions de Grief, IndianAbandon et Thou. Une transformation dans les grandes largeurs qui est confirmée par Ethan McCarthy jusque dans ses paroles. Laissant de côté l’attirail plan-plan du parfait vocaliste de Doom/Sludge, il se laisse aller à parler de la situation politique et sociale de sa ville, de la gentrification, des problèmes économiques. Là encore, une idée qui fait mouche et qui n’enlève rien au penchant misérable et miséreux de ce disque. 

Caustic est une réussite totale qui s’épanouit dans le temps long. Il est impossible d’en dresser un portrait objectif et stupide d’en extraire un ou deux titres qui sortiraient du lot. Non, Caustic se bouffe du début à la fin, il se vit comme une épreuve de force entre l’auditeur et la musique. Il n'a pas pour vocation à être positif, à trouver un peu de lumière au milieu des ténèbres, d'apporter une solution. Là où Bell Witch s'est servi d'un événement personnel pour le transcender grâce à la musique, Caustic reste désabusé, pessimiste et nihiliste. C'est ça le Sludge d'ailleurs. Cracher du sang, hurler bien fort et supporter la douleur en attendant péniblement.

A écouter : Pour cracher ses dents.
14.5 / 20
1 commentaire (13/20).
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Scorn ( 2013 )

Un all-inclusive gratuit aux enfers ça vous tente ? Voilà ce que nous proposent nos amis du Colorado, emmenés par Ethan McCarthy (chant / guitare sur le trio grind des méchants de Clinging To The Trees Of A Forest Fire). Entre doom crasseux, grind infernal et sludge latent, le trio sort son premier album et nous invite à le suivre pour un safari vacances au pays de Belzébuth...

Voilà pour le topo, rien ne sert de tourner autour du pot, on sent dès les premières secondes qu'on a pas vraiment à faire à des esthètes ou des romantiques. Primitive Man, c'est avant tout un son poisseux, suintant, collant à la peau pour ne laisser que frissons glaciaux et sentiments de dévastation cérébrale. Pas de lumière à l'horizon, vous les suivrez pour une petite heure de progression lente et douloureuse, dans un tunnel d'obscurité pesante et étouffante.

Pour les fans de doom, de vrai doom au sens biblique du terme, ce voyage sera une vraie promenade de santé, rien de très original ou de très surprenant au programme, jamais vraiment méchant, jamais vraiment blessant ou retournant, l'album est pourtant loin d'être ennuyant. Primitive Man nous sert là un doom bien exécuté et bien calibré pour la scène, qui ne décollera jamais mais qui aura le mérite de proposer quelques passages audacieux, pour nous rappeler que le trio est efficace et prend certainement tout son sens en live : les (trop) courts passages grind de Rags, Stretched Thin et Astral Sleep sont un vrai délice. Pour le reste, le disque ne tient pas ses promesses, on a du mal à trouver le blackened sludge annoncé, on s'ennuie un peu sur les descentes rythmiques interminables et on fait carrément la grimace sur les interludes tribalo-je-ne-sais-trop-quoi, leurs mises en scène et leurs clichés n'étant bien souvent que trop ringards...

Pour les autres, pour ceux qui ne pratiquent pas les orgies dans le sang ainsi que pour les curieux, on atteint musicalement des summums de noirceur avec des titres comme Scorn ou Rags et on se délecte de toute cette pesanteur obscure. Si vous vous foutez royalement du fait que Scorn ne tienne pas ses promesses de brulôt dark / doom / grind, qu'il soit trop mignon par rapport à bien d'autres albums de doom, alors vous trouverez à n'en point douter ce mélange assez réussi et je peux vous assurer que vous passerez un bon moment.

En résumé, lorsque les trois compères sortent les griffes, on a devant nous un trio létal, qui ne fait pas dans la dentelle avec son grind doomesque violent et répugnant. Le reste du temps, on ne s’ennuie pas complètement, mais on attend trop longtemps la venue de passages captivants. Et forcément, ne venant pas, on se retrouve avec un album intéressant qui s’essouffle un peu trop vite et devient franchement pénible passé les quatre premières pistes. D'autant plus dommage que si on enlève les interludes bizarroïdes inutiles et les ambiances clichées et / ou inutiles, on trouve un album bien gras qui ferait presque mal aux dents. Essayez le pour en avoir le cœur net...

A écouter : Rags, Scorn, Astral Sleep