Portrait fait partie de ces figures emblématiques auxquelles le temps n’a pas encore rendu hommage. Pionnier de l’emo/screamo moderne, source d’influence d’un nombre incalculable de formations, le sextuor aura subit à l’instar du roman de Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, une dichotomie entre sa vie et son œuvre.
Braises sur la langue, écume aux yeux et guillotines sous les doigts, Portrait joue avec les enclumes du désespoir accrochées au poignet. Capable en une introduction d’arracher au ciel l’ensemble de ses sources intarissables (dans la tradition du fantastique "Angry Sound" de Indian Summer ou du tout aussi exceptionnel "Transistor" de Don Martin 3 ), les américains resteront dans l’Histoire pour cette capacité à donner une voix musicale à la sensation de tristesse ("Missing The Shore", "Summer Solstice", "Incandescence"). Constamment tiraillé entre les deux rivages de la rage et de l’accablement, écartelé par les appels/échos des guitares, Portrait organise la jonction entre l’emo de Frail et l’explosivité d’Inkwell ("Less Sugar") au milieu d’une littérature pluri-rythmique ("Something In Philadelphia"). Exalté, convulsé, délaissant l’artifice au profit d’une production épidermique, le combo d’Atlanta se dépouille de ses apparats pour s’abattre sur une batterie mise à nu et dont la basse grésillante aime à venir mordre la chair ("All My Chances", "Knowing At Your Friends").
L’acoustique meurtrie, la voix au bord du précipice, proche de l’ultime déraillement, Portrait tend à d’abord livrer son œuvre le plus crûment possible ("Always Sacred"). Mais au fur et à mesure de son avancée, la formation brise ce cadre même, délave ses teintes et raye la toile dans une atmosphère de screamo calciné ("Even Now"). Enfants du chaos et d’une partition étoilée, l’œuvre découvre alors la filiation du sublime. Au détour des balafres sonores, Portrait irradie ainsi sa peinture par les notes plaintives d’un violon amené à faire date. Ce qui n’était alors qu’un murmure devient soudainement tornade. Les pluies d’arpèges redoublent d’intensité et Jeph Burgoon hurle à s’en fendre les lèvres, au milieu des épilepsies rythmiques et des caresses de l’archet ("Constellations Of A Stargazing Iris"). Take your last breath.
Epique et élégiaque, la discographie de Portrait aura été transmise par une production imparfaite, justifiée par le désir de garder l’émotion originelle intacte. Capable de lécher le sol pour se donner à vomir ou de pleurer à s’en creuser le visage, Portrait avait dans son travail, cette expression propre au punk hardcore, désireux de brûler la chandelle par les deux bouts. Mais outre ce feu sacré, le sextuor US possédait également ce génie du romantisme, un génie capable d’érigé l’emotional hardcore au rang d’art.
En écoute sur myspace et particulièrement "Constellations Of A Stargazing Iris" et "Missing The Shore".
A écouter : là où l'emotional hardcore est érigé au rang d'art