Biographie

Pogavranjen

Fondé en 2008 à Zagreb (Croatie) par Matej Pećar (Guitare / Basse / Compositions) et Ivan Eror (Chant), Pogavranjen est un groupe de Black Metal avant-gardiste aux influences multiples et variées. C'est au cours d'une soirée arrosée que le mot Pogavranjen est formulé ; néologisme qui évoquerait la transformation d'un individu en une créature semblable à un corbeau.

Tête pensante du "groupe", Matej Pećar se charge des compositions puis s'entoure de musiciens pour réaliser son œuvre. Pratiquant à ses débuts un Black Metal à la fois sombre et direct, Pogavranjen se dirige petit à petit vers une musique plus complexe avec un réel souci de précision pour ce qui est des arrangements.

Membre permanent de ce projet, Matej réalise un premier EP en 2010 (The Void Transmission) puis sort deux ans après un deuxième EP : Povijest trovanja. En 2013 et 2014 paraissent successivement deux albums : Raspored užasa et Sebi jesi meni nisi ; ce dernier étant produit chez Arachnophobia Records. Dernière production en date, Jedva čekam da nikad ne umrem repousse encore les limites de l'expérimentation en incorporant au Black dépressif des influences Jazz.

Actuellement composé de Matej Pećar et Marko Domgjoni (Synthé / Claviers / Effets), le groupe semble toujours être en stand-by.

Chronique

Sebi jesi meni nisi ( 2014 )

Contrée assez peu connue pour sa scène Metal, la Croatie renferme pourtant quelques perles dont les misanthropes de Pogavranjen. Formation à géométrie variable, c'est surtout autour du guitariste, bassiste et compositeur Matej Pećar que cette dernière évolue. Dans la veine d'un VirusFuria ou encore Ved Buens Ende, Pogavranjen donne dans un Black Metal cafardeux, où s'entrelacent sonorités hallucinatoires et lamentations torturées.

Les premières notes de piano introduisant l'album donnent déjà un avant-goût quant à l'humeur atrabilaire qui imprègne l'ensemble de l’œuvre. Si violence il y a c'est surtout de manière détournée, pas seulement par la rudesse technique mais en triturant les émotions, en exposant crûment et avec finesse le déchirement de l’âme. C'est une musique qui sonde les limites de la souffrance en poussant à l’extrême les expérimentions, pénétrant à corps perdu dans les affres du désespoir.

Tout comme Oranssi Pazuzu, Pogavranjen cultive les atmosphères bouillonnantes à l'aide de nappes de synthé psychédéliques, d'effets fantaisistes et d'une basse ronflante. Polyrythmies affolantes, vociférations haineuses, moments d’"accalmie" oppressants... Ça part un peu dans tous les sens sans pour autant que l'on perde le fil. Tout au contraire, chaque titre possède sa propre progression, s'embrase graduellement jusqu'à atteindre une sorte de transe passionnée. À mesure que les morceaux évoluent, tous les instruments s'entrechoquent dans une espèce de cacophonie infernale, se confondent tout en se déliant dans un jeu rythmique en roue libre. Moment fort de l'album, Ponocni Lov, atteint des sommets émotionnels avec sa cadence finale tourbillonnante et ses mélodies d'une désolante beauté. On est comme pris dans une irréfrénable étreinte, à la merci d'une longue et lente déchéance psychique.

Outre ces passages majestueux, on retrouve les déchaînements fielleux d'un Leviathan à travers les cris éraillés de Ivan Eror ainsi que la folie sous-jacente des morceaux. Point d'orgue de cette œuvre d'art, Strigoi clos magistralement l'opus. Relativement moins hostile, plus intimiste, ce dernier titre prend aux tripes et extirpe la plus infime parcelle de bien-être, nous abandonnant dans la solitude la plus totale. À la manière d'un Ihsahn pour ce qui est du coté orchestral, Pogavranjen nous achève par une musique déliquescente, faite de plaintes hallucinées, de riffs lancinants et autres gémissements incongrus. Avec cette dernière pièce, on sent nettement que Matej Pećar domine sa rage, parvenant à en retranscrire la puissance ainsi que les nuances avec une justesse impressionnante.

D'une saisissante profondeur émotionnelle, Sebi jesi meni nisi relève de ces œuvres que l'on imagine enfantées dans la douleur. À cent lieues de ce que l'on pourrait qualifier de musique "forcée" ou "faussement éprouvée", Pogavranjen investit pleinement ses souffrances pour en faire une véritable force de création.

A écouter : Ponocni Lov, Strigoi