En matière de geekeries musicales dans le milieu extrême, on
connaît déjà une tripotée de groupes alliant riffs vénères et sons 8-16-32
bits. On pensera en premier lieu à Horse The Band ou Enter Shikari pour les
plus connus. Quatuor de metal progressif, Plug-In s’inspire aussi de ces
sonorités et plus globalement de l’univers des jeux-vidéo d'aventure. Dix ans que ce Hijack
(après un EP sorti en 99) se fait attendre, il aura fallu dix années aux
bordelais pour peaufiner un premier disque parfait. Un peu trop parfait sans
doute…
Les mecs n’ont pas fait les choses à moitié en réunissant
une belle brochette de guitaristes héros venus agiter leurs phalanges avec souplesse
et dextérité. Ainsi, Mattias Eklundh (Freak Kitchen) et Christophe Godin (Temple)
se répondent sur Danthägl, Sylvain Coudret (Soilwork) se masturbe allègrement
sur Conkrete, Andy Timmons (Danger Danger) participe à l’éjaculation collective
sur Texas Instruments, le fameux Ron Thal (Bumblefoot, et aujourd’hui guitariste des Guns N' Roses) s’allie ou se confronte à Jean Fontanille sur Ron To The Hills. Patrick Rondat calmera finalement tout ce petit monde sur Sevilla.
Alors oui, on parle bien de metal progressif, un genre qui –
en ce qui me concerne – m’en touche une sans faire bouger l’autre (oreille). Pourtant,
on y va en connaissance de cause, on sait à quoi s’attendre, autrement dit une
ribambelle de soli tous aussi flamboyants les uns que les autres. Même si ça
dégueule de notes de toutes parts, on ne peut résumer Hijack à de la performance
pure. Une ambiance épique, vidéo-ludique, est posée sur toutes les compositions, et un esprit « jam »
demeure constant. Les gars se font clairement plaisir, pour exemple cette basse
rondelette et sautillante qui apporte un groove bienvenu à un ensemble
instrumental souvent plat et bien trop lisse, un facteur qui semble d’ailleurs plutôt inhérent
au style... La production manquant également cruellement de relief.
Enfin, ces mots sont peut-être un peu sévères. Un aficionado
de metal progressif aimera certainement beaucoup cet album. La vitesse d’exécution
et la précision des six-cordes sont tout bonnement effarantes, chaque
morceau renferme une richesse incontestable, idéale à étudier en conservatoire.
Seulement l’absence quasi-totale d’émotion et la froideur globale des titres empêchent
d’apprécier ce Hijack, qui déborde cependant de bonnes intentions. A trop
vouloir épater la galerie, on en fait fatalement des caisses et on finit par infliger une
bonne indigestion sonore à un auditoire non initié. Dommage.
A écouter : Danthägl, Sevilla.