Découverte
Pochette Démo

Biographie

Pixies

Il est des histoires au commencement étrange et énigmatique … Celle de Charles Thompson abandonnant brusquement ses études pour regagner son Boston originel pour fondé son groupe de rock est de celle-là. Accompagné de Joey Santiago, il se rebaptise Francis Black et recrute un (qui se révèlera être «une») bassiste grâce à une petite annonce. La bassiste en question, Kim Deal, leur présente leur batteur, Dave Lovering. Nous sommes en 1986, les 4 lutins sont réunis et les mythiques Pixies sont nés. Le groupe enregistre sa première démo (connue sous le nom de Purple Tape, 18 chansons mises en boîte en 3 jours) en 1987 et se fait repéré et signé sur le label 4AD (Bauhaus). Come On Pilgrim sera leur premier EP, rapidement poursuivi par leur premier album Surfer Rosa qui, malgré une production de loin dépassée, réunis des titres pop rock bruts d’intensité et de génie (le «retour» à la mode d’un certain Where Is My Mind via Fight Club et Placebo en est témoin). Mais il faudra attendre 1989 pour que le paroxysme de leur talent sois atteint : Doolittle, second effort, marquera profondément les esprits même si son succès ne sera que relatif. Mais des tensions commencent à apparaître dés début 1990. Francis Black pars pour une tournée solo tandis que Kim Deal forme The Breeders. Les Pixies se retrouvent pourtant la même année pour enfanter de Bossanova, album plus accessible qui laissera une part des critiques perplexes mais comblera le public. Paradoxalement, les rapports se détériorent au sein du groupe et la tournée sera interrompue pour motif d’épuisement. En 1991 verra le jour un ultime opus du quator, Trompe Le Monde qui divisera le public. Les Pixies explosent tragiquement, suite à une tournée en première partie de U2, mettant un terme à la carrière d’un groupe mythique qui aura influencer une génération entière de musiciens, Kurt Cobain en tête de file. Francis Black entame sa carrière solo tandis que Kim Deal poursuit son cheminement avec The Breeders ; mais l’année 2004 voit l’ombre (ou l’aube ?) d’une reformation se profiler et l’étincelle se réveiller dans mon œil somnolant …

Chronique

17 / 20
9 commentaires (18.72/20).
logo amazon

Doolittle ( 1989 )

Le regard porté aujourd’hui sur les Pixies, par le public, souffre d’une profonde division : certains y voient un groupe intemporel au génie trop peu reconnu, d’autres des musiciens médiocres prisonniers de leur époque. Il est vrai que la personnalité inaccessiblement accrocheuse des compositions de la bande de Boston a de quoi séduire et rebuter, un mélange doucereusement acide qui ne cessera de partager les masses.
Alors que Sufer Rosa, disque au combien vénéré, souffrait malgré tout d’une production crade (le rock c’est sale, c’est bien connu…), Doolittle ouvrait une voie bien plus audible où les sombres et tortueux délires saturés de Francis Black prirent toute leur ampleur. Proche de David Lynch, l’album, des ambiances jusqu’à l’artwork, est imprégné par un univers glauque et symboliquement surréaliste. Ce goût pour la culture de l’absurde et du non-sens envahit chaque parcelles des textes, brûlant peu à peu nos neurones, condamnant toute retraite. Le libre arbitre nous ai retiré : explorer l’impasse devient l’unique option.
Doolittle est une entité schizophrène, la diversité des émotions et des sonorités sont autant de personnalités en conflit qui pousse la créature vers une instable hétérogénéité. Mais les Pixies ne souffre d’aucune crise identitaire et aussi chaotique que puisse paraître certains enchaînements, les musiciens se jouent des styles et défient la linéarité, enterrant ainsi lassitude et ennui. Pop-rock, ils le demeurent  instaurant le règne d’une efficace simplicité (Debaser, Wave Of Mutilation, Gouge Away), laissant libre court aux agressions électriques et aux folies vocales. Le ton s’allège quelques minutes le temps d’accoucher d’un tube en puissance chargé de bonne humeur : Here Comes Your Man est sûrement l’une des compositions qui marquera le plus les esprits, sa mélodie hantant jusqu’aux moins convaincus d’entre nous. Le reste du chemin nous replonge dans d’obscures eaux, de rares bouffées d’oxygènes nous étant offertes : Mr Grieves et sa rythmique festive, La La Love You et ses allures décalées sont autant de fenêtres vers la lumières du jour. Mais de lumière il n’est pas nécessaire en compagnie de Francis Black, même les plus sombres balades, chargées de hurlements déstructurés, sont des îlots de bonne humeur. Le paradoxe se situe dans cette capacité qu’on les Pixies à engendrer des chansons simples mais d’une sincérité touchante (Hey, Monkey Gone To Heaven), la voix si particulière de monsieur Black, soutenue par la légèreté de celle de Kim Deal, y étant pour beaucoup. Il ne suffit plus que de quelques rythmiques bien senties saupoudrée de savoureuses lignes électriques pour achever de nous semer dans leur obscur dédale.
Les Pixies signèrent avec Doolittle leur album le plus troublant mais aussi le plus marquant. Il succèdera à des origines cultes, pour les amateurs, mais bien souvent trop peu connu par le grand public et précèdera une suite plus mélodieuse et accessible. Mon regard n’a rien d’innocent, les pensées déjà rongées et le cœur dévoré par l’acidité d’un des groupes qui restera à mes yeux un pilier du rock des années 90.

A écouter : La question ne se pose m