Pénétrez dans le monde de l'étrange, de l'obscure, où les formes sont floues et l'antre de la folie pas aussi lointain qu'on pourrait le penser. Un univers peuplé de personnages inquiétant, de décors sordides et d'idées tortueuses. Ce monde, c'est celui de Grotesque, le second album de Pensées Nocturnes.
Enregistré à peine six mois après Vacuum, Grotesque ne pèche nullement par un travail bâclé et fait à la va-vite. Une fois n'est pas coutume, la qualité des arrangements et la richesses des structures saute aux yeux (ou aux oreilles), signe que Vaerohn a encore fait du très bon boulot dans la composition de ces huit titres. Vaerohn va même plus loin dans son art qui se trouve d'une certaine manière différemment orienté sur Grotesque. Tout d'abord les vocalises ont évoluées. Le chant qui accentuait cette dimension dépressive à son Black-Metal se veut peut-être moins dominant mais demeure surtout plus grave et austère que précédemment. Les instrumentations sont encore une fois accrue, poussée à leur paroxysme notamment grâce à la diversité des instrument utilisés (flûtes, piano, violon, accordéon, orgue etc.) et les rencontres stylistiques se multiplient. On note toujours des compositions Néo-classique, mais qui se sont cette fois-ci diluées et nouées dans les morceaux, une trace de Blues sur Eros, quelques accents Folk acoustique dans les compositions...
Tout cela prouve une seconde fois que Pensées Nocturnes est bien plus qu'un simple groupe de Black-Metal. Ce que l'on aime dans ce disque c'est se laisser porter au gré des ambiances, des sonorités, des rencontres. Des rencontres qui se font au fur et à mesure des climats inquiétants instaurés, des passages plus calmes mais pas pour autant plus rassurant (les sonorités préoccupantes sur Paria). Avec Grotesque on entre dans le royaume des peurs, des craintes, des angoisses, des visages déformés par toutes sortes de vices. On y côtoient des lieux saugrenus, théâtres, fêtes foraines, foire aux monstres, on évolue parmi la nature cauchemardesque de Râhu, on ère tels des pantins désarticulés, sensation renforcée par les instruments dissonant (sur Monosis par exemple), pour enfin se faire surprendre par l'univers dérangé, telles les notes funèbres d'orgue sur Thokk ou le coucou qui sonne le glas sur Hel.
Il ne sert à rien ici d'assimiler pleinement la musique de Vaerohn. Déjà parce qu'il est peu aisé de comprendre tout ce qui nous arrive, plus que sur Vacuum, car Grotesque est un monde véritablement plus difficile d'accès et opaque. En outre, tout le ressenti de ce disque passe par le fait d'être transporté d'un lieu à un autre sans rien maitriser d'un bout à l'autre, ce qui en fait tout son charme... et ses appréhensions.
Vacuum était un coup de maître, Grotesque en est la confirmation de son auteur. Plus abouti sur tous les points (chant, instrumentation, production) que son prédécesseur il se laissera cependant moins vite dompter. Cette seconde galette de Pensées Nocturnes confirme tout le bien que l'on pouvait attendre de ce one man band. Grotesque se doit d'être écouté attentivement pour en percevoir toutes ses subtilités et encore, même après de nombreuses écoutes on y découvre toujours de nouvelles choses, mais surtout, on se relaisse embarquer dans cet univers tourmenté avec plaisir.
A écouter : dans un théâtre