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Biographie

Panopticon

Panopticon se forme en 2007 dans le Kentucky à Louisville, à l'initiative de l'unique membre Austin Lunn (contribuant également à Agnosis, Kolga, Throndt, Plainwords, Anagnorisis). Le projet se distingue par l'inclusion d'instruments folkloriques (flûtes, violons, banjos, mandolines) dans sa musique, mais aussi par les thèmes abordés. En effet, Austin Lunn, contrairement à beaucoup de musiciens Black Metal, s'identifie aux mouvements politiques de gauche et s'intéresse à l'anarchisme, aux mouvements sociaux des travailleurs, etc... Côté productions, le one-man band ne tarde pas et sort un premier album éponyme un an après la naissance du projet, en 2008. S'ensuivent depuis plusieurs split ainsi qu'environ un album par an.

15 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Autumn Eternal ( 2015 )

C'est sur un air de banjo que trois ans en arrière, Panopticon introduisait Kentucky et chantait le folklore du Nouveau Monde, raflant au passage un succès mérité et une bonne place au sein de la scène USBM. Depuis, l'homme derrière ce projet solo n'a pas déçu et a récemment accouché de l'ultime effort de cette trilogie unique. 

Malgré seulement une année  écoulée entre Autumn Eternal et Roads To The North, la tête pensante change la donne sur ce dernier opus. Le one man band n'a a priori pas de soucis à se faire pour rester dans les petits papiers des fans de Black Atmo mais se défait sur cette sortie d'éléments qui jusque là le rendaient unique. Adieu les violons plaintifs et lancinants, les épisodes folkloriques qui réchauffent le coeur au milieu de terres mortes et hostiles. La musique d'Autumn Eternal arbore plutôt les couleurs chatoyantes présentes sur la cover, un paysage sonore tout aussi splendide que mélancolique. Les riffs puissants se parent de mélodies Post-Rock, bien que l'instrumentation soit toujours aussi survoltée, nourrie par la batterie versatile et ravageuse et du tremolo picking infatiguable (Autumn Eternal). A vrai dire, Austin ne propose pas un Black incisif et haineux, car l'artiste se focalise bien plus sur des ambiances aériennes où la violence est au service de mélodies belles et triomphantes. Into The North Woods brille alors par sa richesse sonore et ses notes aiguës presque sorties tout droit du Melodeath ou du Heavy.

Plus accessible que ses prédécesseurs, cet opus tend vers un Black Metal Atmosphérique  relativement conventionnel mais pourtant intéressant, comportant son lot de passages planants sur la plupart des titres, dont un Oak's Ablaze qui entraîne son auditeur dans le lointain vers de vastes espaces sauvages. Par leur force et par les images mentales qu'ils créent, chaque morceau nous plonge au beau milieu d'une nature toute puissante où les hommes subissent et admirent en même temps les caprices des éléments. Sleep To The Sound Of The Waves Crashing, seule piste véritablement méchante, restitue bien ces tourmentes et donne de quoi se sentir pris au coeur d'une tempête impitoyable, tandis que Pale Ghosts est presque rendu vertigineux tant ses lignes de guitares et son chant arraché évoquent l'immensité.
Pour autant, sonnant moins vindicatif que sur Kentucky et plus lumineux que Roads To The North, cet opus respire une certaine sérénité dans son ensemble et nombreux sont les passages plus lents, épurés et accompagnés d'une six-cordes dénuée de distorsion. Panopticon joue de ces accalmies, et nous de respirer avant une nouvelle ascension (A Superior Lament).

L'album conclut un voyage en trois actes sur une note plutôt positive, refermant avec élégance ce récent chapitre de la carrière de Panopticon. Quête du son et des sens, chacune des offrandes de l'Américain aura bénéficié d'une identité propre tout en s'inscrivant dans un continuum depuis les premières notes de Bernheim Forest In Spring en 2012.

17 / 20
3 commentaires (15.67/20).
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Roads To The North ( 2014 )

Le solstice d’été à peine passé, Roads To The North et son géniteur ont décidé d’insuffler leur vague de froid venue du Nouveau Monde sur les terres de Bandcamp, bien résolus à squatter les charts de la section Metal pour un petit moment. Sans doute précédé de sa réputation musicale, justifiée par un album comme Kentucky, Panopticon a visiblement su charmer une nouvelle fois par son approche si atypique du Black Metal. Fourmillant d’influences et guidés par cette envie de toucher à tout, l’Américain propose une épopée unique loin d’avoir volé son succès.

Si la formation est avant tout connue parmi les amateurs, c’est pour ce mélange a priori inconcevable du Blues Grass au Black ; choc des cultures, Etats-Unis et Europe du Nord, essence chrétienne contre inspiration satanique et païenne. Néanmoins, les deux genres restent unis dans le désespoir et la mélancolie, sentiments évidents à l’écoute de cet opus au caractère très atmosphérique. On y retrouve des échos Post-Rock sous-jacents (« The Long Road Part 3 ») teintés d’une tristesse rappelant La Mort Du Soleil de Sombres Forêts ; la flûte plus rarement ou le violon, présent à de nombreuses reprises, renforcent eux aussi ce ton dramatique et accompagnent les multiples mélodies des guitares. Si celles-ci décochent bon nombre de riffs typiques du Black, elles versent par ailleurs beaucoup dans l’acoustique, à la manière de Bergtatt (Ulver), et nous ramènent à un son beaucoup plus organique, comme sur le final très Xasthurien qu’est « Chase The Grain ». Fruit d’un travail que l’on imagine considérable, l’ensemble sonne juste, cohérent, et le mélange ne sonne pas comme artificiel et créé de toutes pièces simplement pour se démarquer.

Ainsi par son audace créatrice, Panopticon parvient à nous ouvrir les portes d’un univers onirique et lointain. Alors que son prédécesseur rendait hommage aux mineurs du Kentucky par une rage virulente et une part prépondérante accordée à la Country, Roads To The North semble davantage focalisé sur un périple que nous narrent voix et mélodies poignantes des guitares. Parmi les échos et la batterie déchaînée se dessinent alors des riffs que ne renieraient pas leurs compatriotes de Wolves In The Throne Room (« Capricious Miles »), ou encore Saor et Falls Of Rauros, exemples difficilement contestables en matière de tableaux sauvages et hivernaux. Guide le temps de huit morceaux dépassant l’heure d’écoute, le one-man band use de tout son talent pour nous transporter vers les méandres de son Art. Du départ en trombe de « The Echoes Of A Disharmonic Evensong » jusqu’aux dernières minutes de l’album, les paysages sonores changent, nous font côtoyer le très enjoué et folklorique « One Last Fire » qui laisse place aux guitares, banjos et mandolines, ou encore ce « Norwegian Nights », ballade acoustique où perce une voix claire presque haletante, fatiguée par la distance, le froid et la fatigue. Tout comme l’opus précédent, Roads To The North prend aux tripes car on ne saurait nier sa sincérité, tant l’effet cathartique entre l’œuvre et son auteur semble fort, intense comme ces cris sur « In Silence » qui ne laisseront pas l’auditeur indifférent. Austin Lunn sait rendre ses émotions contagieuses, sans doute l’un des atouts majeurs de cet album. Ici point de haine, place à la contemplation, l’imagination. Panopticon fait partie de ces Romantiques (au sens strictement artistique entendons-nous bien) du Black Metal, et ne nous encourage qu’à fermer les yeux et apprécier la beauté d’une musique pourtant bien noire.

Roads To The North est à vivre comme un véritable voyage à travers de vastes et diverses étendues naturelles et musicales que l’on revisite chaque fois avec un plaisir semblable. Malgré un thème que l’on aurait pu penser plus qu’éculé pour le genre, Panopticon parvient à nous plonger dans ces scènes glacées où l’on oublie un temps les forêts scandinaves pour le folklore américain, où la chaleur de la country prend une toute autre saveur, et où l’exotisme déroute plus qu’agréablement les Européens que nous sommes.