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Biographie

Orphaned Land

Formé sous le nom de Resurrection en 1991, Orphaned Land change de patronyme et d’orientation dès l’année suivante, pour se lancer dans un mélange de metal et de ses racines du moyen-orient. En effet, le groupe est originaire d’Israël et c’est tout naturellement que ce choix s’est offert à lui. C’est en 1993 que les premiers titres de la formation sont enregistrés et sortis sur la démo The Beloved's Cry. Suivent en 1994 Sahara et en 1996 El Norra Allila, deux premiers albums du combo qui deviennent cultes pour la scène metal underground, de par le mélange qu’ils proposent.
En 1997 pourtant, le groupe doit composer avec la triste réalité d’un pays en pleine guerre civile, entre autre parce que celui-ci prône l’amitié judéo musulmane, orient-occident, et la paix, et c’est avec regret que les membres décident de stopper là les activités voyantes de leur projet. Cependant, durant sept années, les membres du groupe travaillent, composent, expérimentent, sur ce qui sera leur chef d’œuvre : Mabool. En 2003, durant deux mois, l’enregistrement est lancé, avec une dimension grandiose : plus de 30 instrumentistes en plus du groupe, une quarantaine d’instruments différents, cinq langues utilisées pour une demi-dizaine de vocalistes. Orphaned Land a vu grand, pour ce concept-album en méticuleuse gestation depuis des années qui pourrait rester comme une véritable pièce d’orfèvrerie.

17 / 20
8 commentaires (12.38/20).
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All Is One ( 2013 )

L'été 2013 marque le retour au premier plan des Israeliens d'Orphaned Land. Dans une démarche proche du Opeth de Damnation, le groupe a choisi une approche plus directe pour son nouvel opus All Is One. Par ailleurs, le groupe a reçu le renfort de Chen Balbus à la guitare, et ce disque a été enregistré entre la Turquie, la Suède et Israël.  

Fidèles à leur vision œcuménique et pacifique, Orphaned Land propose un voyage exaltant où les thèmes musicaux orientaux se marient aux riffs heavy avec une 
incroyable fluidité. Le symbole sur la pochette de l’album montre par ailleurs un rêve, une utopie, celle de voir les trois monothéismes réconciliés – alors que l’album évoque plutôt la triste réalité. 

Et en effet, conformément à leur vision, les chansons de cet album sont plus tragiques qu'énervées. All Is One comporte de ce fait un côté très épique grâce au travail impressionnant des vingt cinq choristes et des huit violons, violoncelles et altos. Néanmoins, l'ensemble demeure plus accessible que par le passé. Les paroles sont aussi plus directes, les titres des chansons plus courts. Orphaned Land est plus qu’un groupe de musique, on le sait. All Is One propose un univers cohérent où la musique et les paroles font ainsi partie d’un tout et du message. 

Dès l'entame, All Is One, Orphaned Land célèbre les enfants d'Abraham, juifs ou musulmans, avec une chanson appelant à l'union des peuples. Avec un mix entre mélodies orientales et riffs épiques, Orphaned Land avance en terrain familier, ce que confirme The Simple Man et son message d'humilité devant Dieu. Ceci étant, on remarque l'absence quasi systématique de growl au profit du chant clair majestueux de Kobi Farhi (notamment Brother où un très beau chœur masculin reprend le thème final). 

Let The Truce Be Known renchérit dans le côté épique, voire symphonique, en contrepoint de paroles amères sur l'antagonisme entre Israéliens et Arabes. Le chant en arabe (de la chanteuse palestinienne Mira Awad) et en hébreu fait d'ailleurs merveille sur Through Fire and Water. Orphaned Land appelle clairement à la paix et à la fraternité. Mais le groupe surprend aussi avec Fail, ou chant parlé puis growl caverneux comptent le désenchantement d'un monde de violence et de mort. Clairement la piste la plus violente du disque.

La suite ne déçoit pas. Freedom se révèle ainsi un instrumental en forme d'accalmie de cordes. Avec Shama'Im et Ya Benaye, on n'est plus très loin de la world music, tant les arrangements et thèmes musicaux orientaux se font la part belle, tandis que le chant et les chœurs en hébreu et arabe se font entendre. L'homme que décrit Orphaned Land et comme dépossédé de lui-même et l'espoir est mince en cette seconde partie d'album, comme en témoignent Our Own Messiah et surtout Children, que l'on peut ici citer : "How can we live with this horror that we bring to this world? (...) How can we live in this world where lives are bought and sold?


Avec All Is One, Orphaned Land nous offre un étonnant voyage musical où la richesse mélodique et la profondeur des thèmes abordés participent d'une franche réussite artistique. Clairement un pont entre les cultures, aussi tragique que magnifique. 

A écouter : d'une traite
18 / 20
11 commentaires (17.55/20).
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Mabool: The Story Of The Three Sons Of Seven ( 2004 )

Mabool, voilà un disque qui en a fait rêver plus d’un. Et pourtant, malgré son génie, il n’a guère l’air de prendre le chemin pour atteindre la légende à laquelle il ose aspirer tant il est une véritable perle passée (quasi) inaperçue. En effet, cet enregistrement est l’archétype même du disque à l’intelligence incroyable, tant il est riche et réfléchi dans le moindre détail, d’autant plus qu’il relève un challenge de taille, à la hauteur de sa réussite musicale : mélanger la hardiesse d’un metal mélodique et progressif à des influences arabisantes, et ce dans un souci d’esthétisme constant. Après 2 tentatives approchantes bien plus tôt, Orphaned Land sort donc en 2004 son chef d’œuvre, le disque qui restera aux yeux de trop peu de gens comme l’une des pierres angulaires, au même titre qu’Opeth, de cette scène de metal extrême qui recherche avant tout l’esthétisme en incorporant des éléments musicaux venus d’ailleurs (culturellement et techniquement parlant) à son art.
Sur Mabool, Orphaned Land montre l’étendue de ses connaissances et la maestria à la fois technique et émotionnelle qui en découle. Ce disque n’est pas incroyable pour rien, il est le fruit d’un travail méthodique et abouti, résultat d’une réflexion approfondie de plus de 7 années sur la manière de combiner des mondes artistiques que tant de choses éloignent. La réussite de cette combinaison n’est d’ailleurs pas un hasard. Israël, occidentale parmi les orientales, jeune patrie à la recherche d’une identité culturelle, tiraillée entre deux univers : quel meilleur endroit pour opérer une fusion entre metal, symbole de la métamorphose d’un occident en pleine extrémisation, et folklorisme oriental, habituellement si caricatural une fois parvenu jusqu’à nos oreilles d’européens ? C’est bien en ces terres saintes qu’a été enfanté Mabool : The Story Of The Three Sons Of Seven, disque que l’on pourrait presque croire béni des dieux.

Une fois entré dans l’univers de Mabool, une aura enchanteresse embaume votre esprit et vous emporte au milieu d’un conte des mille et une nuits, où  les fêtes les plus grandioses des plus somptueux palaces d’orient laissent place aux frais ténèbres étoilés du désert, à ses journées insoutenables dans les dunes immenses ou à la masse grouillante et joyeuse d’un bazar. Un voyage des sens s’enclenche et vous guide de la plus belle des manières à travers un monde magique fait d’une fusion passionnelle entre le metal et les richesses de la musique orientale. De délicates mélodies heavy offrent une pluie de pétales de fleur aux stars que représentent les instruments arabes : percussions, claviers, cithares, cœurs enchanteurs, voix narratives au fort accent, susurrées ou graves, et chacun se rejoint sur ces tonalités et rythmiques orientales au charme et à l’interprétation incontestable. Un enchevêtrement de détails et de timbres sonores se dessine au cours de cette fable, « The Story Of The Three Sons Of Seven », qui se laisse pourtant de temps à autres tomber dans des progressions plus ennuyeuses, mais l’émerveillement étant au rendez-vous absolument sur chaque titre, impossible de ne pas sortir ébailli d’une tel virée. L’excursion est innovante, à tous les niveaux, par son essence, par son concept, par ses mélodies conjuguées, par ses rythmiques, par l’agencement de ses voix, et bien sur, malgré une production sobre, par son résultat.   
La recherche de la beauté et de la variété semble être ici le mot d’ordre, et le résultat obtenu est bien différent des précédents opus du groupe. Bien sur, même si l’on retrouve cette patte « métal oriental » que les israéliens sont apparemment les premiers à avoir poussé aussi loin, la noirceur et la violence omniprésente ont été converties en une fable où l’amour, le bien, la joie et la beauté triomphent. Rarement seulement, l’énergie noire et l’intensité du metal supplantent cette euphorie positive omniprésente, peut-être un peu dommage pour certains, mais la qualité des arrangements et compositions est tout de même largement au dessus de ce qu’avait pu faire le groupe précédemment.

Trop progressif, trop lumineux, trop exagéré ? Peut-être Mabool est-il un peu tout cela à la fois, mais l’illusion déployée est telle qu’elle rend aveugle aux quelques défauts que constitue ce disque. Evidemment, on en veut plus, on est presque déçus des oasis les moins vertes et aquatiques, mais la perfection n’est jamais loin, au coin d’un détour dans les rues d’une cité enchantée, de nouvelles expériences  uniques s’offrent à celui qui se laisse envoûter. Les préjugés sont loin derrière,  le choc des cultures ne gêne plus, seule la magie agit sur l’auditeur.
Ce Mabool est-il alors un chef d’œuvre ? Impossible de répondre pour l’instant, en tout cas, il y ressemble et est le résultat d’un travail acharné et méticuleux, quasi sans failles. Peut-être son successeur va-t-il frapper plus fort, ou peut-être Orphaned Land a-t-il jeté toutes ses armes dans la bataille, abattu toutes les cartes accumulées au cours de ces années de labeur. En tout cas, ce disque est d’une maturité gestationnelle indéniable, et le potentiel pour en faire un disque légendaire, éventuellement la base et la référence de toute une scène de metal oriental future, est clairement là. Gageons qu’il ne tombe pas dans l’oubli, car il mérite sa place autant tant sur la scène progressive que metal. 

 

A écouter: Ocean Land

A écouter : Imprativement