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Biographie

Opeth

Mené de mains de maître par son leader, guitariste et chanteur d’exception, Mikael Akerfeldt, Opeth est l’un des groupes les plus originaux de ces dernières années. Dès son premier album, il renouvelle le Métal en proposant un mélange de style et en gardant une cohérence parfaite. Opeth est de surcroît un des rares groupes à n’avoir enfanter que des chefs-d’œuvre. L’histoire du groupe commence en 1990 lorsque Mikael Akerfeldt, jeune suédois, rejoint le groupe du guitariste David Isberg, Opet, pour occuper le poste de bassiste. L’ancien projet d’Akerfeldt, Eruption, est au point mort, ce qui lui permet de s’investir complètement dans le tout jeune combo. Cependant, le groupe possède déjà un bassiste ce qui crée un climat de tension entre les membres. Les autres membres créent un nouveau groupe, Crowley, tandis que David et Mikael conservent le nom d’Opet, en y ajoutant le "h", pour former leur groupe. Ils sont rejoints par Anders Nordin à la batterie, ami d’enfance de Mikael Akerfeldt, et par Peter Lindgren, à la guitare, tandis que David Isberg quitte le groupe début 1992. Le groupe commence alors à enregistrer ses premiers morceaux sous le nom d’Opeth. Repéré par le tout jeune Ihsahn (Emperor) qui tomba sur une cassette de répétition, il signe chez Candelight et enregistre Orchid en mars 1994. Johan DeFarfalla s’occupe de la basse sur cet album et devient un membre permanent. Grâce à cet album magique, Opeth crée un nouveau style, son style, commence à diffuser son Death Progressif et Mélodique, et devient un groupe majeur de la scène extrême. L’originalité du groupe vient du nombre de ses influences musicale, telles que le Death, le Black, le Heavy, le Rock, le Jazz ou le Folk, créant une musique sombre, mélancolique et inspirée. Le groupe confirme deux ans plus tard avec Morningrise, leur second album, ce qui leur permet d’entamer une tournée européenne en compagnie de groupes tels que Morbid Angel ou Cradle Of Filth. Après la tournée, Johan DeFarfalla est évincé du groupe et Anders Nordin le quitte pour vivre au Brésil. Martin Lopez, un Uruguayen fan du groupe, qui ne joue alors que de la double grosse caisse rapide et des parties grind, prend alors la place de batteur laissée vacante par Nordin. My Arms, Your Hearse, le troisième opus du groupe, enregistré en août/septembre 1997, voit le groupe prendre une direction plus violente, en se recentrant sur un métal lourd, même s’il conserve sa grâce acoustique. Album de transition, mais un nouveau chef-d’œuvre de la part d’Opeth. De plus, le line up se stabilise avec l’arrivée d’un nouveau bassiste, Martin Mendez, autre uruguayen, ami de Martin Lopez. Opeth nous éblouit de nouveau avec Still Life en 1999,  moins direct, plus progressif, qui dénote une maturité musicale impressionnante. Son successeur, Blackwater Park, voit le jour en 2000. C’est tout simplement un album incontournable de l’histoire du métal, merveille musicale à l’ambiance unique. L’implication de Steven Wilson (Porcupine Tree), qui s’occupa du son, de quelques parties acoustiques et vocales, ainsi que du piano, n’y est sûrement pas étrangère. En 2002, Opeth sort son sixième opus, Deliverance, son album le plus violent, le plus sombre et sans doute le plus abouti musicalement, suivi de son opposé, quelques mois plus tard, début 2003, Damnation, presque uniquement composé à la guitare acoustique, fin et mélancolique, avec la touche des synthés de Steven Wilson. Per Wilberg (Spiritual Beggars) accompagne le groupe au poste de claviériste pour la tournée et devient un membre permanent du groupe début 2005. Opeth sort ensuite Ghost Reveries en août 2005 avant d'immortaliser la tournée promotionnelle, qui s'en suivra par un double live: The Roudhouse Tapes

15 / 20
18 commentaires (15.19/20).
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Sorceress ( 2016 )

Dire qu'Opeth n'est plus que l'ombre de lui même est un doux euphémisme. Le virage musical n'est plus à démontrer, certains ont accepté la mutation tandis que d'autres la rejettent en bloc, et ce nouvel album, une fois de plus, ne viendra pas vraiment contenter les deux parties. La bonne nouvelle par contre, c'est qu'Opeth assume de mieux en mieux son prog-rock aux relents seventies, et accouche ici de son album (post Watershed) le plus abouti.

On reste bien évidemment très en deçà de ce que pouvait proposer le groupe quelques années en arrière, mais globalement cet album est une bonne surprise, surtout si vous avez trouvé Pale Communion fade et Heritage un peu trop hybride pour réellement marquer les esprits.
Dans une certaine mesure, le groupe semble avoir pris de l'assurance dans l'élaboration des titres de ce Sorceress, les aspirations prog sont - et peut être pour la première fois depuis le virage stylistique - complètement assumées, vidées de leur substance composite, ce mélange heavy / prog qu'on sentait bridé ou au contraire un peu trop forcé.
Les passages heavy sont ici moins nombreux mais tellement mieux amenés, tellement plus pertinents et donc beaucoup plus marquants. Quelques écoutes de Era, The Wilde Flowers ou Strange Brew suffiront à vous convaincre de cette composante qui paraît anodine au premier abord mais qui deviendra évidente après quelques écoutes.
Quant aux passages purement prog 70's, à savoir une bonne moitié de l'album, et le point faible de l'album, on hésite longtemps entre pur ennui et génie mélodique, mais des titres comme Will O The Wisp, A Fleeting Glance ou The Ward laissent entrevoir une nette amélioration par rapport au vide musical de The Pale Communion, un effort technique et mélodique fort appréciable.

Après avoir digéré un peu cette petite heure bien dense, certains morceaux ressortent du mix, et déploient une patte artistique qui s'éloigne un peu de l'héritage musical qu'Åkerfeldt semblait vouloir jusque là inévitablement incorporer dans chaque morceau (CanJethro TullYes, etc...), si bien qu'on entrevoit au bout de cet album un semblant de son propre au groupe, qu'on pouvait jusque là sentir, deviner, mais sans que ce soit jamais complètement évident sur ces trois derniers albums. Quelque chose de caractéristique au groupe, quelque part entre Harvest (Blackwater Park), quelques titres de Damnation, de Watershed, avec ce qu'il faut de mise à plat et de réalisme.
Globalement cet album est assez étonnant, on s'y ennuie fermement dès les premières écoutes, mais quelque chose d'assez peu palpable, de difficilement discernable, vous y fera revenir un bon nombre de fois, peut être les quelques titres qui sortent du lot : Sorceress et son mid tempo presque stonisant, sa basse ronflante, The Wilde Flowers et son dénouement heavy atypique, Will O The Wisp, tout simplement magnifique, ou encore Strange Brew, Chrysalis et Era, ce qu'a composé de mieux Opeth depuis bien longtemps. Ou peut être encore cette section rythmique hallucinante, petit bijou de symbiose et d'alchimie, basse et batterie font des merveilles sur cet album, et du début à la fin tout y est subtil et finement ciselé.

Bref, si l'ensemble paraîtra toujours aussi léger et ennuyeux pour les fans de la première heure, qui ont le droit d'être déçus et perplexes, ce Sorceress reste à n'en pas douter la meilleure chose que le groupe a sorti ces six dernières années.

A écouter : Era, Chrysalis, Strange Brew
15 / 20
17 commentaires (15.09/20).
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Pale Communion ( 2014 )

De tous les groupes Suédois, Opeth est sans doute de ceux qui font couler le plus d'encre à chaque nouvel album. Virages musicaux, chant clair, confrontation du Prog et du Death Metal, division des fans et j'en passe. Ce Pale Communion n'échappe donc pas à la règle. Mikael Åkerfeldt, emblématique leader et musicien accompli, ne souhaite plus qu'élaborer des compositions à l'instrumentation Rock à base de chant clair? Et bien soit, ça ne les empêchera pas d'être de qualité.

À ce stade d'une carrière aussi irréprochable, l'expérimentation de nouvelles sonorités est clairement une voie plus louable qu'une suite pressentie ou qu'un retour aux sources, même souhaité. Opeth nous a toujours habitué à créer et enregistrer de façon opposée à leur précédente sortie et c'est ainsi que le groupe continue son chemin avec ce douzième effort. Bien plus homogène que son prédécesseur, Pale Communion ne ravira certainement pas l'intégralité de cette horde fanatique grandissante, mais est-ce vraiment ce qui importe? Aucun album depuis Blackwater Park n'a su le faire, et par ailleurs ce virage a été pris il y a maintenant plus de dix ans au moment de la sortie groupée de Deliverance et Damnation. Inutile donc d’accabler les Suédois pour ce choix, la maîtrise de la musicalité de cet album suffit à elle seule à prouver le sans-faute conservé par leur discographie.

Si l'arrivée d'un nouveau claviériste avait quelque peu chamboulé le processus de création de Heritage, Joakim Svalberg est aujourd'hui un membre à part entière du groupe et le prouve en créant un véritable équilibre entre chaque musicien tout au long de l'album, comme sur sa pièce maîtresse Moon Above, Sun Below. Martin "Axe" Axenrot est également devenu un acteur non négligeable de la formation nordique. Ce batteur, très influencé par le jeu de Christian Vander (Magma), est en grande partie responsable de l'évolution psychédélique du son d'Opeth depuis son arrivée lors des sessions de Ghost Reveries, et par la suite sur Watershed. On ressent l'ombre du Français sur son jeu de cymbale (Eternal Rains Will Come) jusque dans son indépendance de jazzman (River).
Des titres tels que Voice Of Treason laissent toutefois transparaître la patte de Steven Wilson qui semble depuis l'élaboration de son projet Storm Corrosion avec Mikael avoir pris un ascendant non négligeable derrière les consoles. C'est maintenant sans surprise que l'on retrouve ce producteur talentueux sur chaque album d'Opeth tant cette collaboration de longue date a fait ses preuves.

Åkerfeldt et son chant envoûtant nous embarquent ainsi pour un véritable pèlerinage à travers les influences qui ont façonné ses musiciens, de Moody Blues à Blue Öyster Cult en traversant les contrées Folk de Jethro Tull (Elysian Woes) et jazzy de King Crimson (Goblin). Sans doute leur album le plus ouvertement inspiré par ses pères. Il est indéniable qu'il n'est pas meilleur que ceux précédemment sortis, mais sans être moins bon pour autant.

A écouter : Elysian Woes, River, Voice Of Treason
16.5 / 20
37 commentaires (14.7/20).
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Heritage ( 2011 )

Vous ne les reconnaîtrez pas, mais vous saurez que ce sont eux. Comme une réincarnation, le corps a changé, mais l’esprit est resté le même.
Cette douce ouverture au piano, que vous écoutez pour la première fois, vous la connaissez. Ce jeu de batterie souple et lounge (Haxprocess, The Lines In My Hands), ces solo jazzy à la guitare électrique (The Devil’s Orchard, Nepenthe) et ces déroulés à l’acoustique (I Feel The Dark, Folklore, Marrow Of The Earth), tels les réminiscences de vies antérieures et révolues, vous les avez déjà rencontrés. Le clavier qui nous renvoie trente ans en arrière, la basse qui vous transporte doucement vers la béatitude…
Et bien entendu, cette voix. Cette voix qui paraît plus proche de vous qu’elle ne l’a jamais été auparavant (Haxprocess). Cette voix qui a décidé d’exorciser son penchant guttural pour nous faire profiter de son côté lumineux. Sans faire plus de prouesses avec son organe vocal qu’il n’a réalisées sur les précédents albums, le génie Mikael Akerfeldt nous touche en plein cœur, nous rassure, comme s’il se tenait là, devant nous. 

Par-dessus tout, vous retrouverez cette capacité qu’a le groupe à vous faire jouer à l’ascenseur émotionnel : vous frissonnerez d’émotion avec quelques arpèges de piano ou de guitare (Nepenthe, Haxprocess) avant de vous faire engloutir dans un vortex qui vous réveillera de la mélancolie dans laquelle vous étiez sur le point de plonger, soli hurlants et batterie énergique à l’appui.
Prenez Famine, peut-être le titre le plus représentatif de l’album (pour ne pas dire le meilleur) : après une ouverture à la flûte de pan ( ! ) et des sonorités orientales ( !! ), vous éprouverez en moins de 7 minutes une envie de pleurer toutes les larmes de votre corps, un ardent désir de chanter à gorge déployée, et un besoin irrépressible de headbanger comme un malade. 
Heritage ne vous surprendra pas. Ou plutôt, vous vous surprendrez à ne pas être surpris. Si vous suivez un tant soit peu les sorties du groupe, vous connaissez (et appréciez) certainement cette délicieuse manie qu’ont les Suédois d'incorporer à leurs productions moult plans acoustiques (les très connues Face of Melinda sur Still Life ou Harvest sur Blackwater Park), breaks au clavier rétro (notamment sur Watershed), doux accords qu’accompagne le timbre reconnaissable entre mille d’Akerfeldt... Eh bien préparez-vous, car le voyage, s’il peut par moments se révéler moins puissant, voire moins intense qu’"avant", saura vous faire voir Opeth d’un œil nouveau.

Avec ce nouvel album, la bande à Mikael n’avait pas pour but de prendre ses fans à contrepied (tant pis pour eux s’ils se sentent offusqués), mais véritablement de briser les chaînes qui la restreignaient au monde du « death metal progressif ». Il s’agit là d’une forte envie de changer d’air, non pas en prenant un virage à 180°, mais en prouvant au petit monde du métal que l’on n’est toujours libre de faire ce qui nous plaît, et merde à ceux qui ne nous croient capables que de faire bêtement du bruit. 

Alors, cher lecteur, toi pour qui Opeth fait partie intégrante de ta vie : seras-tu die-hard fan parce que tu trouves cet album génial et en parfaite harmonie avec le reste de leur discographie ? Ou te considèreras-tu comme un trve fan parce que ton groupe favori t’a trahi en abandonnant la formule habituelle ? 

Quoi qu'il en soit, tout comme le Illud Divinus Insanus de Morbid AngelHeritage va faire parler de lui pendant un bout de temps.

A écouter : The Devil's Orchard, Nepenthe, Famine, Folklore
17 / 20
42 commentaires (16.11/20).
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Watershed ( 2008 )

Après un Ghost Reveries en demi-teinte, Opeth nous revient en 2008 avec ce Watershed dont nous vous avions déjà parlé il y a une poignée de semaines. Un album qui marque notamment l'arrivée de Fredrik Akesson (ex- Arch Enemy), nouveau guitariste lead au talent étonnant. Ce neuvième opus studio s'en trouve enluminé de belles parures et Opeth quelque peu régénéré.

Watershed conserve tout du long un foisonnement d'ambiances, nées de changements de rythme multiples au sein des morceaux eux-mêmes. Le disque en ressort grandi, avec un talent affirmé de Mike Akerfeldt pour dénicher les trouvailles mélodiques et les équilibres limpides entre la puissance caverneuse du métal et la beauté éthérée de l'acoustique. On se trouve ainsi en terrain connu de la part des suédois, tout en ne pouvant que noter la production très compacte, et la qualité des compositions, rappelant le meilleur de ce que le groupe a pu offrir depuis des années. Pour résumer, quelque chose comme les racines progressives d'Orchid nourrissant le feu de Blackwater Park tout en étant traversé de bout en bout par une fibre émotionnelle proche de Still Life.

Lunaire et invitant par instants au recueillement, Watershed n'en omet donc pas pour autant de déployer une violence éruptive digne de ses accointances Death (Heir Apparent) en contrepoint d'essais Folk (le joli Coil avec Nathalie Lorichs) plus proche de Damnation. L'excellent The Lotus Eater densifie la portée du disque avec blast beats et chant clair, apport des claviers 70's de plus en plus présents au fil des pistes et toujours un sens affûté de l'atmosphère romantique. Ce que vient d'ailleurs confirmer dans un style plus mielleux la power ballade Burden, ses claviers floydiens et son solo entre Michael Schenker (Scorpions) et Gary Moore, plutôt blues (sortez les briquets). Assez référencé, l'album n'en recèle pas moins des trésors d'inventivité psychédélique et une construction en montagnes russes qui emporte l'auditeur dans un tourbillon musical ébouriffant.

La destructuration des morceaux n'est pas systématique, mais les touches inattendues se succèdent à un rythme soutenu, comme ce petit côté Gothenburg melo-death de Porcelain Heart (en partie composée par Fredrik Akesson, ceci expliquant cela). Les mélodies entre country, celtique et même flamenco de Hessian Peel dénotent une volonté de surprendre par des césures imparables, un lyrisme savamment entretenu et un côté épique étonnant (cordes et attaques de guitares imbriquées avec talent). Quant à Hex Omega, on y retrouve une mélodie typiquement opéthienne à la Blackwater Park, avec l'apport d'un orgue d'église pour une nouvelle composition dont le mysticisme affleure, toujours aussi réfractaire à une autre lumière que celle, pâle, de la lune.

Confirmation donc, sans se réinventer, Opeth livre avec Watershed un disque d'une richesse musicale hantée, comme une fenêtre entrouverte sur un romantisme nostalgique, mais jamais suranné, une sensibilité progressive héritée du psychédélisme des 60/70's et nantie d'apports musicaux plus classic rock dûs au jeu de Fredrik Akesson. D'une beauté habitée, ce nouvel opus ne déçoit pas et se révèle une petite merveille dans un univers métal qui manque souvent d'âme.

Porcelain Heart et The Lotus Eater en écoute sur le myspace du groupe.

A écouter : Comme une vire prog' psych lunatique et lunaire
15 / 20
9 commentaires (17.11/20).
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The Roundhouse Tapes ( 2007 )

Pas évident de chroniquer un disque quand le CD promo fournit par la maison de disques comprend des " bip " insupportables toutes les minutes. Bref... essayons de ne pas se laisser orienter vers une appréciation négative à cause de ce désagrément et tentons de se concentrer sur ce premier live d'Opeth, le premier d'une carrière riche, dense et sans faute.

 

On a souvent (et de manière affreusement clichée d'ailleurs) coutume de dire que l'étape de l'album live sert à marquer la fin d'un chapitre, pour mieux en commercer un autre. Dans le cas d'Opeth, il semble que cela soit le cas, et ce pour plusieurs raisons.
D'abord Ghost Reveries, le dernier disque studio d'Opeth, assez proches de ses prédécesseurs, semblaient annoncer un virage prochain. Il s'agissait en gros de dire : "voilà ici résumé ce qu'on a fait jusqu'à maintenant : du death metal teinté de musique progressive des années 70's, on va essayer de faire des trucs différents la prochaine fois, de faire évoluer notre formule". Ce live devait donc clore le chapitre.

Ensuite, le double live en question, pioche dans toute la discographie du groupe. De Under The Weeping Moon tiré du premier disque Orchid à Ghost Of Perdition de leur dernier disque (le seul morceau issu de Ghost Reveries d'ailleurs  alors qu'il s'agit de la tournée promotionnelle de ce disque), Opeth n'oublie rien de sa discographie. Chacun retrouvera un morceau de son disque préféré. Pour ma part, il s'agit de Bleak extrait de Blackwater Park.

Enfin, Opeth n'avait jusqu'ici encore sorti aucun live. Parce que le groupe n'en avait encore pas senti l'envie, ni le moment adéquat. Si le choix de sortir de Roundhouse Tapes a été fait, c'est certainement pour marquer la fin d'une ère.

 

La prestation présentée dans ce double live a été enregistrée le 9 novembre 2006 dans cette mythique salle londonienne. Le son est excellent, l'exécution irréprochable et les morceaux toujours aussi longs. Ceux qui ne supportent pas les morceaux ultra longs et travaillés d'Opeth continueront de ricaner et à les traiter de tricoteur tandis que les autres, ceux conquis à la cause des Suédois, perpétueront le culte voué à Opeth depuis ses débuts. 


Si ce live signifie effectivement une fin de chapitre, il faut reconnaître qu'il s'agit d'une fin existante, palpitante, plein de rebondissements et de nuances. Tout comme peut l'être la musique d'Opeth. Comme pour un bon roman, on n'a qu'une envie : celle de se replonger de ce chapitre avant de pouvoir se délecter du prochain chapitre.

A écouter : pour retracer la carrire d'Opeth
16 / 20
35 commentaires (17.17/20).
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Ghost Reveries ( 2005 )

Opeth fait partie de ces groupes dont le talent n’est plus à prouver, et fait rare, à la longue discographie sans le moindre faux pas. Ainsi, au fil de sa carrière, le groupe a su se renouveler sans cesse, jonglant avec différents ingrédients musicaux de la plus belle des manières. Jusqu’à présent, personne ou presque n’avait eu à douter de l’un des disques des 5 suédois à l’avance. Et pourtant malgré cette confiance de l’auditorat du groupe, force est de constater que bien des points pouvaient laisser présager un virage peu appréciable avec ce nouveau disque qu’est Ghost Reveries. Une surprenante signature chez Roadrunner Records avait, bien avant la sortie du disque, fait douter nombre d’aficionados du groupe, pour le moins réputés exigeants. De plus, Steven Wilson (leader du groupe Porcupine Tree), producteur attitré et sixième homme du groupe, qui était pour beaucoup responsable du son "Opeth" si caractéristique, ne devait plus être de l’aventrue cette fois-ci…de quoi redouter un changement, je vous l’avoue.

De ce côté-ci, lorsque enfin l’auditeur empressé pourra savoir de quoi Ghost Reveries retourne, il sera rassuré. Sieur Akerfeldt en personne s’est chargé de la production sur le disque il est indéniable que ce touche-à-tout a fort appris au contact de l’ami Wilson : la production est ici très semblable aux précédents efforts du groupe, toujours très proche de l’instrument, volumineuse, servant les musiciens. Le contenu quant à lui peut surprendre, et même souvent décevoir, à cause d’une évolution très discrète aux premiers abords. On retrouve ici beaucoup d’éléments connus, et c’est là ou le bas peut blesser, mais relativisons, voulez vous ?
Certes, il est indéniable que ce Ghost Reveries regorge d’ambiances occurrentes à Blackwater Park, et qu’à l’instar de Deliverance, Michael Akerfeldt a une nouvelle fois prouvé son amour pour la scène progressive. Si d’ailleurs, on devait résumer ce nouveau disque hâtivement, cette phrase pourrait sembler décrire l’album facilement, et naïvement. En réalité, elle resterait trop imprécise. En creusant longuement et affectueusement ce Ghost Reveries, les nouveautés intéressantes apparaîtront évidentes et réellement nombreuses. Certaines ambiances sont tout à fait neuves pour le groupe, comme celle de l’introduction d’Atonement sonnant très Pop/World. De nouveaux instruments font également leur apparition dans l’immense œuvre du groupe, comme des percussions africaines, mais je retiendrais particulièrement le très apaisant duo xylophone/vibraphone dans les tréfonds mélodiques de The Baying Of The Hounds. Akerfeldt, chanteur décidément charismatique, se plait également à exploiter un peu plus les possibilités de sa voix, jouant notamment sur des effets rythmiques étranges, répondant à ses compères instrumentistes (cf. le titre d’ouverture Ghost Of Perdition très tribal).
Alors oui à ce côté très "métal progressif" on pourra reprocher une réelle perte en émotions. Cette bulle magique si rassurante que l’on avait pu sentir autour de soi jusqu’à présent sur les disques d’Opeth a peut-être un peu perdu de sa superbe au profit d’une démonstration instrumentiste plus marquée. Mais le groupe n’a absolument pas atrophié son talent de composition. Ghost Reveries possède un riche relief, entre titres, mais aussi au sein même de ceux-cis. Il se révèle extrêmement riche et propose même des chansons à placer parmi les meilleures compositions du groupe. Les très originaux Reverie/Harlequin Forest et The Grand Conjuration ou le titre acoustique Hours Of Wealth ne pourront faire affirmer le contraire.

Ce premier effort d’Opeth signé sous la houlette de Roadrunner aurait pu laisser présager le pire, et pourtant le groupe se tire fort bien de cette nouvelle donne, gardant les ingrédients qui ont fait sa beauté, sa grandeur, et une évolution pas si flagrante, qui saura se révéler au fil des écoutes. Et même si le groupe a peu être perdu un poil de sa verve enchanteresse, il est intègre, et c’est bien là le principal.

A écouter : Reverie/Harlequin Forest, Grand Conjuration, Hours Of Wealth
18 / 20
17 commentaires (18.35/20).
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Orchid ( 1995 )

L’orchidée… plante si capricieuse, si charmante, si étrange, à la fleur découpée de milles manières et pourvues de milles couleurs, et dont le parfum qui s’en exhale vous enivre… Aucune autre fleur sur ce fond noir n’aurait pu être appropriée pour représenter l’atmosphère se dégageant de cet album unique, que l’orchidée, une des plus curieuses, des plus intéressantes, des plus belles plantes du règne végétal. Très porté sur la nature, Orchid, le premier album d’Opeth, propulse tout simplement le groupe au niveau de groupe majeur de la scène extrême, album décrit par Akerfeldt lui-même comme un chef d’œuvre unique en son genre. Avec cet album, Opeth crée un nouveau style, son propre style, qui donne la partie belle aux deux guitaristes mais sans pour autant délaisser la basse. La cohérence y est tout simplement parfaite, malgré l’aspect personnel et expérimental de la musique. Jouant dans un registre Death Métal Progressif Mélodique et Atmosphérique, le son est sublime, l’ambiance unique.

Dès l’ouverture du premier morceau, « In Mist She Was Standing », longue pièce d’environ quatorze minutes, on est surpris par les deux mélodistes, les guitaristes Mikael Akerfeldt et Peter Lindgren, qui se révèlent comme des musiciens à la technicité originale, propre et inspirée. Les deux amis usent du procédé des guitares leads jumelles. La seconde guitare appuyée par la basse s'oppose à merveille à la ligne extrêmement mélodique de la première guitare jouant magnifiquement en contrepoint. Les guitares entrent en interaction, s’unissent, se mêlent, s’entrecroisent et se suivent, pour un duo mélodique et une complicité sans égal. Elles enchaînent ensuite des solos heavy et des breaks acoustiques inspirés par le rock progressif des années 70. D’autre part, la basse de Johan De Farfalla, bassiste fretless d’exception, d’un style proche du jazz ou du prog, joue aussi en contrepoint, se détachant régulièrement des deux instruments, et formant ainsi un mouvement à trois voix mélodiques qui seront légion tout au long de l’album. La perceptibilité constante de la basse est d’ailleurs un fait rare pour un album de Métal. Quant à la batterie d’Anders Nordin, elle est jouée tout en finesse, multipliant les contretemps : son jeu subtil n’a rien à voir avec du Death, et est comme le jeu de basse plus proche du rock progressif à l’instar de King Crimson. La musique est de plus portée par le très bon chant Death de Mikael Akerfeldt, chant noir, puissant, bien que moins caverneux que dans les prochains albums. Un chant lancinant, oppressant et sincère qui vous prend aux tripes.

Le second titre, « Under The Weeping Moon », est doté de longs passages expérimentaux, voire même psychédéliques, qui laissent totalement rêveurs. Un sentiment de béatitude nous envahit à chaque passage acoustique. Ce morceau est de plus marqué par les premiers pas en chant clair de Mikael Akerfeldt : et quel voix angélique ! L’envolée lyrique d’environ dix secondes à la fin du morceau nous subjugue. On comprend pourquoi le grand Dan Swano, qui s’occupa du son sur cet album, décida de faire appel à Akerfeldt pour chanter sur l’album Crimson d’Edge Of Sanity, dont les parties acoustiques nous rappellent d’ailleurs cet album. Le titre suivant, « Silhouette », est un titre composé uniquement au piano par Anders Nordin, mélancolique, collant totalement à l’atmosphère de l’album. Le quatrième morceau, « Forest Of October », pièce de treize minutes, est assurément le morceau phare de l’album. Le groupe enchaîne riffs entraînants, passages lourds et noirs, parties rapides, solos, breaks acoustiques, le tout avec une étonnante facilité. Ce morceau est de plus un des meilleurs titres en live jamais composé par Opeth. « The Twilight Is My Robe », est dans la même veine, ponctué de riffs oppressants coupés par des breaks acoustiques, avec en plus la touche de la sublime voix claire d’Akerfeldt. On a même le droit à un excellent solo de basse de la part de Johan De Farfalla. S’en suit « Requiem », titre d’une minute composé uniquement à la guitare acoustique et à la basse, sans chant ni batterie, agréable bien que trop court. En fait, il apparaîtrait que l’intro acoustique de « The Apostle In Triumph » appartenait à l’origine à « Requiem », qui a été incorporé au morceau suivant à cause d’une erreur de mixage, le groupe n’étant pas présent au studio à cette occasion… La moitié de Requiem est donc absent du morceau. C’est le seul défaut de cet album, mais on ne leur en tiendra pas rigueur. Quant au dernier morceau, il se caractérise par une violence des guitares, dégageant une ambiance très lourde, des vocaux très noirs et agressifs puis doux et mélodieux, des passages expérimentaux : un régal de par sa diversité.

Cette œuvre est un hymne à la nature, à la solitude et à l’isolement. Tout au long de l’album, le groupe nous emmène avec mélancolie dans les nuits magiques des forêts automnales et hivernales de Suède. Promenade unique, originale et personnelle auquelle nous convie le groupe. Premier souffle de vie de la carrière d’Opeth, premier chef d’œuvre.

A écouter : et r