Avec la voix de Rankin et un style punk/hardcore mélodique si caractéristique, difficile d'échapper à la comparaison qui s'impose d'elle même: Good Riddance / Only Crime. En effet, To the Nines est d'une certaine manière le successeur à Bound By Ties... (ou plutôt une branche à part de ce dernier). Mais si on retrouve ici beaucoup d'éléments des auteurs d'Operation Phoenix ou A Comprehensive Guide... (la voix, le style, le rythme...), les musiciens, eux, ne sont pas les mêmes (exception faite de Rankin bien sûr); et derrière les fûts par exemple, un Bill Stevenson ça vaut bien un (voire deux) David Wagenschutz, tant au niveau de la masse corporelle que du talent.
Only Crime présente donc des membres d'expérience ayant derrière eux plusieurs groupes et de longues années de travail, et ça s'entend. Des choeurs aux schémas rythmiques (convaincants et prenants), le quintet affiche une aisance (et une cohérence) manifestes, même si (et ça transparait de manière évidente) Rankin est aux manettes et dirige sa barque là où il veut.
De façon générale, les couplets froids et quelque peu rugueux façon punk/hardcore (accords barrés sur son sale, chant sec, et léger groove r'n'r) contrastent avec des refrains hautement mélodiques et accrocheurs (avec pour le coup, un rythme plus souple, un son plus clair, des lignes de chant et des harmonies plus légères, un peu à la façon de Strung Out en somme).
Ces ambiances antinomiques froideur-noirceur ("Virus") / chaleur-euphorie ("The Well"), aussi étranges et frappantes soient elles au premier abord, sont finalement très bien homogénéisées grâce à des passages de transition entre les deux (où le chant, les instruments et le son s'adoucissent habilement). Et la tension instaurée paie car émotionellement, le courant passe très naturellement (aussi bien et aussi vite que les émotions changent chez l'auditeur): les passages plus punk/hardcore servent souvent de catalyseur, périodes pendant lesquelles la rage est accumulée, et la pression est savamment relâchée sur des refrains ou des ponts/breaks fédérateurs...
Là où OC l'emporte haut la main face à GR, c'est donc au niveau de la dynamique et de la structure des morceaux (qui vont du mid tempo au rapide): elle est moins évidente (et redondante), plus rythmée que chez le quatuor de Santa Cruz (l'expérience de Stevenson, plus inspiré que jamais, est ici primordiale). Au final les pistes s'enchainent pour ne former presque qu'une seule, et OC esquive le côté parfois répétitif des périodes les moins originales de GR, façon "on prend les mêmes ingrédients et on recommence morceau après morceau". D'ailleurs Rankin lui même essaie, avec un certain succès, de varier davantage derrière le micro pour apporter de la fraîcheur.
En somme, Only Crime tire curieusement une grande cohérence et homogénéité de passages à la tonalité alternante. L'homogénéité est aussi présente au niveau de la qualité des 11 pistes présentées. Une certaine amertume se dégage également de la musique et des paroles du groupe (il y a dans ces dernières un nombre incalculable de réfrences à des blessures, physiques et/ou psychologiques), sans doute une facette plus personnelle et intime de Rankin qui au sein de son autre groupe harrangue sans cesse sur la politique (il n'en est ici nullement question). Un album qui, en définitive, n'est pas si facile que ça à cerner et qui nécessitera donc certainement plusieurs écoutes pour bon nombre de lecteurs.
A écouter : "Doomsday Breach" ; "To the Nines" ; "Tenebrae"