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Biographie
Aaron Turner - Voix/Guitare Santos Montano - Batterie Caleb Scofield - Voix/Basse Nate Newton - Voix/Guitare Luke Scarola - Machines
Le Vieil Homme Sombre se forme en 1999 à Santa Fe, au Nouveau Mexique, sous l'impulsion d'Aaron Turner (Isis) et de Santos Montano (Zozobra), vite rejoints par Nate Newton (Converge, Doomriders) et Caleb Scofield (Cave In, Zozobra) afin de sortir le premier disque, Meditations In B la même année. En 2001, Old Man Gloom sort deux albums simultanément, Seminar II (The Holy Rites of Primitivism Regressionism) et III (Zozobra, tiens donc). Luke Scarola prendra place aux machines à partir de ce double disque. Stephen Brodsky (Cave In) viendra écrire les textes d'un titre sur Seminar II et Jay Randall (Agoraphobic Nosebleed) apportera sa touche électronique.
Le EP Christmas Eve I and II + 6, sort en 2003, comme pour annoncer la suite en long format, Christmas, un an après. Le groupe enregistre en 2012 le dernier album en date, NO, toujours sous la houlette de l'éternel (et récurrent) Kurt Ballou.
Putain, il aura fallu attendre huit ans, huit années durant lesquelles nous écoutions Christmas à tous les Noël en étant à chaque coup subjugués par l’intensité du son d’Old Man Gloom. Un son pur, profond, parfois perturbant ou irritant, distillant régulièrement un groove malsain tout à fait incontournable...
Alors le voilà ce NO, annonçant déjà sa couleur négative par son titre en majuscules et son artwork grisâtre. Une introduction bruitiste (Grand Inversion) permettra d’appréhender l’aventure sonore qui nous attend, qui nous guette et nous accroche lourdement à partir de Common Species, huit minutes trente de sludge/doom/hardcore écrasant, Aaron Turner expulsant toute sa bile à travers sa voix glaireuse emplie de haine, quasi inhumaine. Regain / Rejoin suivra de manière limpide sur une rythmique monolithique percutante et réjouissante, pour un court instant afin d’enchaîner sur To Carry the Flame, plus proche d’un Isis dans sa construction, en plus sale bien sûr. Scofield martyrisera ses quatre cordes avec souplesse et brutalité sur The Forking Path, Turner et le bassiste sus-cité entamant une discussion gueularde dans une atmosphère déconstruite pour finir. Après cette pépite de violence brute, viendra un autre morceau fleuve (Shadowed Hand), cette fois blindé d’ambiances et d’expérimentations soniques, telles que ce vrombissement s’étalant le long de la piste, relativement accidentée par endroits, percée progressivement par des notes de guitare dépressives d’abord, par des riffs et une section rythmique de diplodocus ensuite, Turner assurant sans faiblir une voix chaotique, qui déborde de rage aveugle et de crasse.
Oui, car la production de NO - encore assurée par Ballou - est étouffante et dégueulasse, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire que la plupart des morceaux sont imprégnés d’une nappe sonore grésillante et subtile, induisant des variations plus ou moins stridentes, baignée dans une mer de basses. Sans dire que le son de Christmas était propre (loin de là !), le quintet pousse ici encore plus loin l’idée de violenter nos fébriles oreilles. Rats par exemple, vous enfoncera vicieusement un jack dans la tête après avoir bien préparé le terrain à coups de mandales grasses et bien rythmées. Comme sur Christmas, on retrouve un passage partiellement acoustique et un chant clair (Crescent), toujours agrémenté de bruits environnants, faisant planer la menace d’une nouvelle déflagration négative, qui ne tardera pas à s’abattre sur NO. Et vlan, le final Shuddering Earth, soit quatorze minutes quarante constituées de l’ensemble des éléments cités plus haut, évoquant à peu près tout ce qu’a pu produire Old Man Gloom en matière de groove, d’ambiance et de bruit. Autant prévenir, les trois quarts du morceau se résument à des grésillements et des larsens, contrôlés certes, mais il faut se les enquiller. Une fois la chose assimilée, l’on est embarqué vers une forme de dimension adjacente, où le vacarme est d’une telle constance qu’il en devient naturel et même agréable, de part toutes les subtilités qu’il renferme, qu’il est nécessaire d’exploiter et d’apprécier.
Old Man Gloom, c’est tout ça : du bruit, du sang et du groove. Cinq musiciens aguerris transpirants de sincérité qui ont pris le temps de composer un album d’une intensité rare, bourré de subtilités, plus dense, hargneux et difficile d’accès que son prédécesseur. Pas nécessairement meilleur, mais qui fait parler des émotions sensiblement déviantes, pour une aventure différente, plus…négative.
Attention, la première écoute de NO peut causer quelques contusions cérébrales en fonction de la réceptivité de l'individu, préconiser une multitude d’écoutes pour en capturer l’essence.
A écouter : pour anticiper un éventuel cataclysme.
Comment peut-on produire quelque chose d’aussi malsain ? Comment en arrive-t-on à vouloir faire ressentir une telle violence à nos esgourdes fragiles ? Comment parvient-on à poser des ambiances profondes et dérangeantes comme celles qui résident en ce Christmas ? Old Man Gloom semble détenir les réponses à ces questions, et à d’autres éventuellement.
Gift le bien nommé nous mangera tout cru dès l’entame, nous infligeant volontiers - après une intro qui placera le lourd contexte de l’objet - une montagne de riffs baignés d’Isis, dans un registre bien plus gras. Le son en général est écorché, coupé, blessé, saignant abondamment de toutes parts. Un disque forcément travaillé au corps par Kurt Ballou, faisant sans aucun doute partie du haut du panier sur l’ensemble des productions du bonhomme, parvenant ici à envoyer un rendu follement organique. Le Vieil Homme Sombre quant à lui, s’évertue à nous donner d’énormes coups de butoir blindés de textures et de feeling (Skulltsorm, Sleeping With Snakes, Girth And Greed), alternant avec des nappes atmosphériques froides, grinçantes et perturbées (Gift, Something For The Mrs., Lukeness Monster). Puis vient le milieu de l’album, deux morceaux de plus de sept minutes chacun. L’un évoluant dans un ambient lumineux, presque mystique, toujours fragile (Accord-O-Matic). L’autre (The Volcano) invitant Eugene S. Robinson (Oxbow) à se faire entendre, éructant aux cotés de Turner, Scofield et Newton, sur un groove porté brillamment par la section rythmique écrasante. Un morceau magistral débordant de plaisir, regroupant toutes les sensibilités de chacun des protagonistes : hardcore, metal, sludge, noise, post-le 1er, post-le 2nd, expérimentations diverses, tout y passe.
La seconde partie de l’objet fera la part plus belle aux ambiances semi-acoustiques, imprégnées de cinéma, magnifiques. La violence sera toujours là (Girth And Greed comme un dernier sursaut), mais plus diffuse, peut-être fatiguée de s’exprimer, telle une bête poussant son dernier râle avant de s’écrouler. Trépas illustré par Valhalla, où s'immisce un accordéon, furtivement entendu sur la fin d'Accord-O-Matic, ce qui permet de justifier un peu la présence de cet instrument sur l'artwork. La clôture de seize minutes expose une forme d’au-delà saturé, où la voix fantomatique de Turner intervient, écrasée par le poids des guitares, le tout habité d’une sensation épique et d’une profondeur sans nom. Monumental.
Old Man Gloom est un agencement d’univers cohérent, équilibré et proprement viscéral. Un amalgame de sensibilités qui accouche de bébés épais et consistants. Une créature vivante, profonde, instinctive et cérébrale à la fois, n’hésitant pas à martyriser nos perceptions pour faire passer des émotions variées. Christmas a déjà huit ans et son empreinte restera éternelle.
A écouter : fatalement.
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