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Biographie

Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête voit le jour en 2012 lorsque Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul, également membres du Réveil des Tropiques et de Farewell Poetry décident de fonder un nouveau groupe avec Ben Mc Connell, batteur notamment de Beach House, Marissa Nadler ou encore Au Revoir Simone

La musique de Oiseaux-Tempête se caractérise par un Post-Rock gracieux laissant pourtant entrevoir la puissance sous-jacente du Stoner voire du Krautrock. Stéphane C, photographe, apporte un côté cinématographique prédominant avec l’utilisation de Field Recordings ou d’extraits d'interviews réalisées lors d'un voyage du groupe en Grèce. C’est à partir de ces frictions stylistiques que la richesse et l’unicité du groupe prennent vie. Leur premier album éponyme sort chez Sub Rosa en 2013 alors que des versions remix paraissent sous le nom de Re-Works en 2014.

16.5 / 20
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AL-'AN ! الآن (And Your Night Is Your Shadow — a Fairy-Tale Piece of Land to Make Our Dreams) ( 2017 )

Deux ans après Ütopiya, c’est avec une vive excitation que nous retrouvons Oiseaux-Tempête à bord de nouvelles pérégrinations, à l’abordage de nos sens et de nos préconçus. Après la Grèce la Turquie et l’Italie c’est une nouvelle ouverture qui nous attend aux détours des mélopées aériennes du Liban, toujours avec cet ardent désir de déconstruire les points d’ancrages recroquevillés pour mieux reconstruire une vision éclairée d’un monde uni. 

Si le premier -excellent- album éponyme de Oiseaux-Tempête venait, dans la majorité de ses titres, se loger assez douillettement dans les vastes carcans du Post-Rock, il laissait tout de même entrevoir ses griffes quant à son refus d’une quelconque classification. Si bien qu’à mesure de ses sorties discographiques, le « groupe » fondé autour de Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul s’est petit à petit transformé en collectif mouvant, emportant dans son sillon G.W.  Sok, chanteur de The Ex, ou encore le saxophoniste Gareth Davis, tous deux une nouvelle fois présents sur Al-‘AN. Avec le temps faisant son ouvrage, Oiseaux-Tempête, au même titre que sa musique, prend un plaisir malin à devenir protéiforme et à mettre à mal toute saugrenue tentative de les enfermer où que ce soit. Cette hargneuse volonté a éclaté dans Ütopiya, où la violence électrique rompait avec le peaufinement raffiné des improvisations de leurs premiers soubresauts, où la douleur de la crise grecque apparaissait, où les vifs espoirs de révolutions turques se traduisaient. 

Bien loin d’un engagement criard, nos parisiens poursuivent cette fois leur périple à Beyrouth au Liban. Embarquant dans leur valise le surdoué Mondkopf, Sylvain Joasson de Mendelson  et des artistes de la fourmillante scène locale tels que Tamer Abu Ghazaleh du groupe Alif ou encore le percussionniste Sharif  Sehnaoui pour ne citer qu’eux. Oiseaux-Tempête parvient ainsi à faire voyager l’auditeur sur des terres marquées, au gré de mers agitées sans jamais renier ce qui les a conduits au succès. Leur marque de fabrique reste en effet intacte sur AL-‘AN ! malgré les ponts aux cordes effilochées dressés entre les genres. Le Post-Rock vient côtoyer le Jazz lui-même embrigadé dans un malstrom bruitiste entre Blues suintant, musiques traditionnelles et enregistrements des sons du quotidien. Le fruit de cette diversité se constate au regard de l’extrême disparité dans la longueur des moreaux, allant de trois, sept à dix-sept minutes pour Through The Speech Of Stars. En poursuivant son chemin vers un impromptu corrosif, Oiseaux-Tempête assume sa liberté créatrice et clame son indépendance stylistique.  

Le groupe n’en oublie pas pour autant l’efficacité acquise sur Ütopiya. Le titre d’abord, AL-‘AN !, qui signifie « Maintenant ! » se fige en témoin principal du bouillonnement incandescent au cœur même de cette nouvelle sortie. Des titres tels que Bab Sharqi, Feu Aux Frontières ou Baalshamin grisent l’auditeur par des notes minimales de basses envoûtantes et chaleureuses, tandis qu’une multitude de bruitages nous assaillent. L’improvisation transpire par tous les pores et se révèle dans les envolées psychédéliques de Our Mind is a Sponge; Our Heart is a Stream ou de Ya Layl, Ya 3aynaki (Ô Nuit, Ô Tes Yeux) dans lesquels l’auditeur aime à perdre son regard dans le vague et qui ne sont pas sans rappeler le lyrisme oriental de Master Master Musicians of Bukkake. Oiseaux-Tempête lie les générations, les époques, les peuples. Le morceau Carnaval où l’influence de Mondkopf se fait la plus ressentir nous plonge dans un magma électronique constant où la voix d’une femme semble être notre seul secours au milieu de ce bourdonnement post-apocalyptique. Enfin, n’omettons pas Through The Speech Of Stars, dont la construction de l’introduction est très empruntée aux derniers efforts de Swans (The Glowing Man) avec une longue introduction qui succède à des coups de boutoirs noisy qui auront à n’en pas douter un succès certain sur scène. 

Oiseaux-Tempête nous livre avec AL-‘AN ! une œuvre dont l’urgence n’a d’égale que la patience requise pour la cerner. Composé d’innombrables détails qu’il serait superflu de vous décrire tant il est grisant de les découvrir soi-même, cet album affirme la toute puissance de la flamme qui anime le groupe. Tel le superbe artwork qui drape cette nouvelle sortie, ils nous hurlent leur besoin d’ouvrir les barrières et de s’ouvrir aux frontières des autres pour mieux discerner l’absolue nécessité d’écouter et de comprendre autrui et ainsi ne plus craindre l’altérité.  

A écouter : Bab Sharqi
15.5 / 20
1 commentaire (16/20).
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Ütopiya? ( 2015 )

Avec Oiseaux-Tempête, c’est une drôle d’histoire d’amour qui s’est révélée tardivement. Un an exactement après leur incroyable premier album éponyme et une série de concerts dantesques. Ce mélange un peu fou de Post-Rock, Krautrock et Jazz s’est imposé de lui-même tant il était passionnément et follement accomplit. Un an plus tard, c’est avec une ardeur peu commune ici que la dévoration d’ÜTOPIYA? prend place. Les espoirs sont grands pour ce groupe qui a su souffler dans les bronches d’une scène qui peine à se renouveler. Dans quelle embarcation Oiseaux-Tempête va-t-il nous promener cette fois ?

Accoudé au rebord de la fenêtre du train, le soleil vient interrompre l’obscurité forcée de mes yeux clos, perturbant d’une délicatesse éhontée le noir demandé. Les nuages, fidèles alliés de mes paupières, tentent en vain de faire respecter ma volonté.
Les voyages en train son propices à l’introspection. C’est en tout cas à travers eux que la musique me parle au plus près, me susurre ses vérités. La locomotive du jour se nomme donc Oiseaux-Tempête. Cela leur va plutôt bien d’ailleurs, cette notion de voyage. Gageons qu’il s’agisse même là d’une des pierres angulaires de ce projet, dont les premiers accordages datent de 2012. Le premier album déjà, était une invitation au voyage. La Grèce se voyait ainsi placée en point d’ancrage d’une déclinaison poétique et fulgurante d’un art libertaire qui se perd. ÜTOPIYA?, tout en respectant ce foisonnement créatif, se positionne avec cohérence et aplomb dans la lignée du précédent opus.
 
Oiseaux-Tempête est parvenu à se créer une véritable identité en peu de temps. Artworks soignés, concerts endiablés, et surtout ce son de basse si caractéristique. Très présent en concert, c’est indéniablement par son intermédiaire que les pérégrinations soniques du groupe sont possibles. Solidement ancré, ce gimmick à la fois simple et entêtant se joue de la répétition pour créer un climat hypnotique. Un procédé déjà usité dans les prémices du Réveil des Tropiques et notamment inspiré de la folie créatrice des mythiques Swans
La nouvelle donne se situe surtout dans la ligne compositionnelle. La forme des morceaux d’ÜTOPIYA? se distingue par un recadrage percutant. La folie douce de l’éponyme laisse place à une structuration des morceaux beaucoup plus distincte. Bien évidemment, le groupe garde sa singularité compositionnelle, les samples sont toujours présents, les extraits cinématographiques également. Pour autant, l’agencement des morceaux semble plus maitrisé, cadré. Voilà sans doute le seul reproche subjectif que je puisse attribuer à cet album. Subjectif car à la manière d’un Godspeed You Black Emperor!, cela apporte une nouvelle singularité axée sur un souffle Punk revigorant. Ütopiya/On Living en est le témoin le plus marquant. Pour le reste, l'intensité criante de la friction entre Post-Rock et Jazz se manifeste avec la classe qu’on leur connaît. Il y a toujours ce côté doux-amer chez Oiseaux-Tempête. Requiem For Tony, avec sa flûte que ne renierait pas King Crimson, en est une parfaite illustration dans sa faculté à créer un certain malaise à partir d’une beauté qui semble intouchable. L’apport de Gareth Davis à la clarinette est d'une fine précision et se délecte tout le long de l’écoute. ÜTOPIYA? se révèle plus primaire, instinctif, et nous offre un nouveau passionnant voyage à la croisée d’Istanbul et de la Sicile.

Terminus ! Tout le monde descend ! Entre errances rêvées et réalité brute, la nouvelle offrande des surdoués derrière Oiseaux-Tempête se distingue par son ambivalence. Dans la droite lignée de son prédécesseur, elle sait également se faire surprenante et nous emmener au large de contrées inexplorées. Vivement la suite.  


L'album se précommande chez Sub Rosa par ici

A écouter : Avec un paysage.
16 / 20
2 commentaires (17/20).
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Oiseaux-Tempête ( 2013 )

Il y a de ces albums que l’on écouterait à n’importe quel moment de notre existence, ceux qui se foutent que tu sois en voiture, sous la douche ou devant Confessions Intimes (non faut pas pousser), des tracklists qui ne perdent jamais de leur superbe et font toujours leur petit effet à chaque écoute. Certes ces galettes increvables sauront attirer notre attention, mais auront grand peine à nous faire découvrir une nouvelle expérience, une vision du monde dissimulée au plus profond de nous, singulière et personnelle. Ce premier effort éponyme de Oiseaux-Tempête fait partie de ces œuvres exigeantes qui ne se dévoilent qu’une fois le vide fait autour de nous et dans notre esprit, pour finalement s’y faire une place et pourquoi pas y rester gravée.

Œuvre exigeante oui, mais qui n’en est pas pour autant complexe ou alambiquée : le trio Post-Rock (et bien plus encore) mise sur la simplicité, parie sur la beauté de chaque note, aussi fébrile et distante soit-elle. Durant les soixante-quatorze minutes de cet LP instrumental, le son se fait fragile et sert des compositions presque minimalistes construites pas à pas, où chaque musicien contribue à la création d’un équilibre global (« Opening Theme »). En résultent des paysages sonores apaisants, côtoyant parfois les atmosphères feutrées de l’Ambient et les lents patterns Jazzy à la batterie, n’excluant pas quelques échappées électroniques à commencer par les samples, rares et mystérieuses traces de vie jetées çà et là. On se raccroche alors à ces guitares noyées dans l’écho, véritables fils d’Ariane tout au long de l’album, généralement délicates et cristallines (outro de « La Traversée »), mais parfois atmosphériques et envahissantes comme sur le morceau d’ouverture ou « Ouroboros ». Répétitives et propices à la rêverie, les notes ne tardent pas à s’ancrer en nous et à séduire notre âme, nous faisant tendre l’oreille à chaque bruissement, chaque vague de reverb qui se présente à nos tympans enivrés.

Oiseaux-Tempête cherche à nous transporter, loin, hors du monde, et nous pousse secrètement à l’exil spirituel à travers ses titres: « La Traversée » semble en effet nous faire miroiter des rivages baignés de lumière, tant les arpèges de la six-cordes insufflent un sentiment de sérénité, de béatitude contemplative. « Silencer » ou « L’Ile » quant à eux nous révèlent une facette plus planante et expérimentale de nos trois volatiles, insistant davantage sur l’aspect Drone de leur musique pour un trip vibratoire dans lequel on se perd et l’on se cherche avec plaisir. Cette sensation de rêverie sans fin s’éprouve d’ailleurs sur les morceaux les plus longs où chaque seconde nous pousse de plus en plus à l’introspection. Les dix-sept minutes de « Ouroboros » nous font ainsi passer du calme intérieur à l’orage des passions, faisant gronder les guitares sous forme de brusques coups de semonce avant de céder la place à un mur de son rappelant le Ausserwelt des Year Of No Light, maelstrom de décibels crevant notre silence intérieur en plein cœur. La track suivante, « Call John Carcone », vient poursuivre dans cette voie et achève un diptyque non loin du Sludge Atmosphérique et rappelant quelque peu les mélodies de Corbeaux sur The Meeting Point.

Gorgé d’influences, versatile à souhait, il serait hasardeux de cantonner ce disque à la simple désignation « Post-Rock » : Oiseaux-Tempête ne s’impose pas de barrières, constat prometteur pour un premier album s’il en est. Destiné à être vécu plus que simplement écouté, l’opus est une Invitation au Voyage pour ne pas citer Baudelaire, prêt à nous emmener « Là, tout n'est qu'ordre et beauté. Luxe, calme et volupté. »

 

A écouter : les yeux fermés