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Biographie

Nortt

  Nortt est un one man band danois aussi mystérieux que fascinant, et est considéré comme l’une des meilleures formations de la scène Funeral Doom actuelle. Mixant Funeral Doom et Black Metal tout en utilisant l’imagerie propre à ce dernier, Nortt s’est créé un univers personnel autour d’un concept unique, définissant sa musique comme du « Pure Depressive Black Funeral Doom Metal » avec comme thème récurrent le désir de mourir et de disparaître dans les ténèbres.
 Nortt sort de l'ombre au cours de l’automne 1995. Quatre années lui sont nécessaires pour développer ce qui deviendra un concept original basé sur la philosophie nihiliste et la misanthropie, exprimé au moyen d’une sorte de Funeral Doom aux forts accents Black Metal. Ceci prend forme avec une trilogie de démo-tapes, Nattetale en 1997, Døden…  en 1998 et Graven fin 1999.
Nortt sort ensuite en 2002 chez les Allemands de Sombre Records un EP, intitulé Hedengang.
L’année suivante, Possession Productions sort une cassette, Mournful Monuments 1998-2002, compilation d’anciens enregistrements. La même année, Nortt délivre son premier véritable album, Gudsforladt, une fois encore chez Sombre Productions. Ses compatriotes de Diehard Bloodline ressortiront l’album en 2004 avec en bonus une piste inédite, Evig Hvile.
Toujours en 2004, les Suédois de Total Holocaust Records contribuent à l’émergence de Nortt en ressortant Graven sous forme de CD et aussi et surtout en lui permettant d’enregistrer un split avec le one man band de Suicidal Black Xasthur. Nortt utilisera pour sur ce disque des pistes présentes sur l’EP Hedengang. A noter que ce split possède deux couvertures, celle de l’EP et une autre de Xasthur. Southern Lord Records ressortira le disque l’année suivante.
C’est en 2006 que Nortt sort son dernier disque en date, Ligfærd. Un deal est signé peu après chez les Italiens d’Avantgarde Music, et un album est annoncé pour 2007.

Chroniques

Endeligt Ligfaerd

Endeligt ( 2017 )

"Nortt le fier danois dix années s'exila;
D'aucuns jurent l'avoir entendu au Valhalla
Souffler sur les cordes du vent de novembre
Qui paraît-il, chaque espérance démembre.
Ne croyez pas qu'il gît aux portes du trépas,
Car l'homme triste jamais ne se déroba;
Telle la neige fondant aux rais du soleil,
Depuis tant de jours tiraillé par le sommeil,
C'est tout là-bas qu'il dompta cette monture
Pour corriger lentement ses tablatures.

S'échinant à crier sa sourde tristesse,
Notre danois termina sa grande messe,
Cordes et vocaux allongeant aux limites
Seulement connues dans les plus vieux mythes,
D'un fort dépressif black funeral doom metal
Depuis Gudsforladt oncques plus infernal,
Saturant ses guitares, ô grand désespoir,
Il tortura sa voix des vils cris les plus noirs,

Et « enfin » donna Endeligt, en neuf titres:
Que coulent les larmes par-delà les vitres!
Les sanglots longs des pianos* de l'automne
Blessent nos* cœurs d'une langueur monotone:
Et tous ceux qui voudraient se trancher l'aorte,
C'est qu'ils ont écouté le meilleur de Nortt."


* Ces deux vers sont empruntés à Raymond Verlaine qui avait la mauvaise habitude de changer un mot dans les plus célèbres vers de Paul, son lointain cousin, afin de détourner les droits d'auteur en sa faveur. Tout porte à croire que cette arnaque ne fonctionna jamais...

A écouter : Loin de tout objet tranchant
14.5 / 20
1 commentaire (14/20).

Ligfaerd ( 2006 )

  Nous sommes des spectres, nous sommes légions. Nous errons dans les landes nordiques, glacées et désolées. Nous nous réfugions au sein des plus profondes forêts et des plus sombres cimetières. Le temps n’existe plus pour nous ; tous est figé, les années passent sans plus rien signifier, piégés que nous sommes en une perpétuelle agonie. Nous sommes les amants du désespoir, les destructeurs du bonheur. Partout où nous passons, nous semons les germes du malheur, et ne reste alors que le néant.
  Ceci est notre monde, un monde connu seulement des créatures de l’ombre qui gisent dans les entrailles de la terre, putrides et gluantes. Rien n’a de sens ici. Plus rien ne sera jamais pareil. Il faut oublier tous ses repères gagnés au cours d’une existence oubliée, le mot vie n’étant déjà plus qu’une vague impression sans aucune signification. Il n’y a aucun espoir, aucune lumière. Seules prédominent les ténèbres d’un tourment éternel.
  Perdus dans le noir, seuls nous parviennent des sons étouffés, menaçants, envoûtants. Seraient-ce les démons qui parfois hurlent de leurs voix sépulcrales pour annoncer l’apocalypse ? Sont-ce les voix de la Terre qui se meurt, est-ce le tonnerre qui au loin retentit ? Est-ce le brouillard qui susurre des paroles inarticulées ? 
  Serai.... Hum... Heu oui bon, trop de lyrisme tue le lyrisme. Il n’empêche que ce  Ligfaerd (« marche funèbre ») s’y prête particulièrement, tant le sieur Nortt a mis encore davantage l’accent sur l’ambiance de son disque, à un degré encore jamais atteint dans toute sa discographie, et il y a pourtant de quoi faire. A tel point d’ailleurs, que sa musique n’est plus du Funeral Doom mais bel et bien de l’ambient ; finies les guitares, finie la batterie, fini, heu... tout le reste. Ne subsistent que les claviers et la voix, ce qui fait qu’aux premières écoutes, cet album apparaît comme extrêmement minimaliste, voire carrément trop. Les fans de Doom plus conventionnel seront ainsi nombreux à ne voir ici qu’un concept bateau faussement intellectuel.

Il serait pourtant franchement réducteur de penser que Nortt s’est contenté de nous pondre une galette remplie de vide. Ainsi après quelques écoutes supplémentaires, on est frappé par la capacité de Nortt à canaliser ce qui semble être l’incarnation du désespoir, comme s’il avait réussi à en capter l’essence même, le vrai, celui dans lequel on sombre, duquel on ne se relève pas, celui qui précède la fin de tout.
Grâce a une alchimie simple mais ô combien efficace de nappes de claviers menaçantes et éthérées & d’une voix monolithique, écorchée et effrayante noyées dans un brouillard de distortion, Nortt réussit à captiver l’auditeur attentif qui perd alors toute notion de temps, plongé dans une rêverie magnifique de noirceur.


  Cet album arrive donc comme un réel contrecoup à tout ce qui se fait actuellement en Doom, tant Nortt s’éloigne des clichés gothico romantiques pour restituer le désespoir à l’état pur. Avec ce nouvel opus, il va encore plus loin dans sa démarche nihiliste pour proposer un album d’une qualité rare qui demande du temps afin d’être pleinement apprécié. Nortt confirme avec Ligfaerd, huitième chapitre d’une discographie exceptionnelle, qu’il figure bien parmi les groupes les plus innovants de la scène Doom, à rapprocher de ce qui se fait en Drone / Ambient. Il renvoie du même coup à leurs études bon nombre de formations prétendant savoir ce qu’est le désespoir. Un grand album en cette année 2006, encore une fois.

A écouter : Dans le dsespoir des derniers instants