Pionniers de l'explosion de la scène punk/hardcore suédoise des années 90 aux côtés de groupes comme Refused, Millencolin et autres Satanic Surfers, No Fun At All a incontestablement fait les beaux jours du punk mélodique. Pourtant avec un dernier album, State of Flow, moins direct, moins véloce, les Scandinaves avaient laissé un arrière-goût quelque peu amer dans les tympans de leurs fans, avant de finalement mettre un terme à leur carrière en 2001.
Mais comme pour beaucoup d'autres, le plaisir de jouer ensemble et en public leur musique favorite les a bien vite rattrapés et depuis quelques années, les No Fun At All avaient permis à quelques vieux regrets, dont les miens, de s'évanouir. Mais manifestement ce n'était pas encore assez et ces quelques prestations ont du leur ouvrir l'appétit puisque c'est carrément un nouvel album, Low Rider, qui débarquait dans les bacs fin 2008. Comme on pouvait raisonnablement s'en douter, on n'aura pas vraiment droit à un bouleversement majeur dans la musique proposée par le groupe. Mais malgré tout, la question qui brûle toutes les lèvres c'est celle de savoir si le groupe reprend les choses avant ou après l'accalmie de State of Flow. Et la réponse est : ni l'un ni l'autre, ou plutôt un peu des deux.
Quelques secondes d'introduction, puis cette batterie qui entame sa cavalcade au galop et on a compris que le groupe s'était réconcilié avec ses aspects les plus rentre-dedans. Les riffs aux légères saveurs de hardcore mélodique s'enchaînent, toujours contrebalancés par la voix très mélodique et si particulière d'Ingemar Jansson. C'est ce contraste qui faisait la force et le charme de No Fun At All et qui permet de retrouver ici ce sentiment de détermination toute en légèreté, qui donne envie de lever le poing serré sur les refrains à reprendre en coeur, mais jamais de l'abattre sur la tronche du voisin. Tout ça nous rappellera immanquablement les heures de gloire du genre et la fin des nineties, mais sans malheureusement jamais parvenir à les transcender. Et c'est là le premier reproche qu'on peut faire à ce disque. Les ingrédients sont là mais le chef manque d'inspiration et du coup, les morceaux se révèlent pour la plupart assez linéaires avec leur construction alternant couplets et refrains sans grands changements. C'est pas désagréable mais ça manque de consistance sur la durée.
Mais avec ça je ne vous ai encore parlé que d'une grosse moitié de cet album. Car au milieu de ces charges délivrées à tout allure No Fun At All a décidé d'intégrer des morceaux plus lents, aux rythmes punk-rock plus traditionnels qui ne sont pas sans rappeler ce fameux State of Flow justement. Ils ont heureusement eu le bon goût de ne pas les faire retomber dans les travers limite "pop" de ce dernier, et au final ces titres amènent des respirations plutôt bienvenues qui viennent dans un premier temps sauver l'album d'une platitude certaine. On notera que parmi ces titres le plus intéressant est aussi le plus surprenant puisque il se révèle être une reprise de leurs compatriotes metalleux d'In Flames. "Episode 666" se retrouve ainsi très joliment adapté à la personnalité de No Fun At All qui nous fait découvrir ce titre sous un tout autre jour. Dommage qu'à part ce dernier, les morceaux plus lents souffrent finalement des mêmes défauts que les plus véloces au niveau du songwriting : peu de changements et encore moins de surprises.
Au final, No Fun At All nous gratifie ici d'un retour en demi-teinte. Les Suédois n'ont certes rien perdu de leur sens de la mélodie qui fait mouche, mais semblent maintenant peiner à les habiller et les étoffer de ces petits plus qui font les grands albums. N'en restent pas moins quelques titres vraiment sympathiques, et un certain plaisir à se replonger dans un style musical qui s'est indiscutablement tari depuis quelques années.
Tracklist : 1. Mine My Mind ; 2. Never Ending Stream ; 3. Reckless (I Don't Wanna) ; 4. Anything Could Happen Here ; 5. Forevermore ; 6. It's Such a Good Thing ; 7. Man with the Powers ; 8. Sorry to Say ; 9. Such a Shame ; 10. Episode 666 ; 11. The Beautiful Sound ; 12. Wind-Up ; 13. Willingly Unknowing ; 14. There Must Be a Better Way
A écouter : Episode 666, Reckless, Man with the Powers, Anything Could Happen Here