Il faut envisager Stay in the Home You Love comme un archétype du disque « Math Rock ». Représentatif car appliqué, désarticulé, rythmique et exigeant. Idéal car tout simplement ouvert et vivant. Et probablement promis à rejoindre la garde resserrée des quelques incontournables d'un genre trop foutraque.
Pour faire suite à l'épineux Chauffeurs, Nitkowski a pris son temps: un an pour rentrer en studio et pas moins d'un autre tour d'almanach avant de libérer Stay in the Home You Love. Les trois gars de Londres forment un groupe obstiné et besogneux taillé pour le live et les conquêtes à l'usure, fort sur son premier jet d'un savoir faire - un vrai - singulier en matière de Rock aride et peu démonstratif, parfois brutal dans ses revirements, alambiqué et suffocant. En dépit du temps passé, ce deuxième album, dès le lancement effectué, ne fait qu'enfoncer le clou, appuie avec insistance et précision en pariant avant tout sur ses forces. Mélodies éclatées, rythmiques tendues et immédiateté. Chez Nitkowski, la tête perçoit une mélodie, les hanches acquissent en désaccord et le pied tape ailleurs. L'ensemble reste maintenu par, se construit tout entier autour d'une colonne vertébrale de groove austère mais désormais intelligible, irradiant d'une chaleur nouvelle, rehaussé à la corde vocale éraillée et à la sueur de l'effort.
De temps à autres Nitkowski exulte. Le temps de ramener Stay In the Home You Love parmi nous, de se rendre accessible et fragile. Avant de vocalement disparaitre aussi vite qu'il avait émergé pour laisser tout le champ libre au dialogue rythmique bouillonnant de ses trois acteurs, éclairé ici et là par les flèches noisy d'une guitare tout en nerfs brutalement relâchée et de quelques frappes échappées (superbe implication du batteur). A peine accroché tantôt par le rythme qui tue, tantôt par une explosion de cordes incandescente, que les voila déjà disparus.
Stay in the Home You Love n'est ni plus ni moins qu'une partie de cache-cache en fin de compte. Un disque taille patron mais ludique où le groupe use l'essentiel de son talent à le dissimuler à force de fausses pistes et de dérapages. Stay in the Home you Love, explosif et remuant en face A ("Crisp Crisp Sheets and Bright Bright Sunshine" superbe ouverture qui impose d'emblée une atmosphère dont le groupe de se défera pas), happe petit à petit son auditeur, l'engloutit par à coups incessants, amortis dans un roulis continuel et trompeur. Arrivé à "Small pink hands", le cocon bruitiste des anglais s'est déjà refermé sur qui se serait approché de trop près. Plus d'issue possible. Il ne reste plus qu'à retourner la galette et aller au bout. Survivre à la trompette titubante du très tendu et intimiste "Strike the Last Flare", se laisser égarer par les louvoiements des trois britons, briser la coquille avant de s'y retrouver à l'étroit et relâcher l'étreinte (remarquable point final qu'"Harbours", poignante et martelée).
Ainsi, sans véritablement rien changer au fond, Nitkowski allège la note et affine son propos pour passer de la famille des groupes de qualité à celle des groupes qui interpellent, voire fascinent. Pourtant Nitkowski n'invente fondamentalement rien. Le trio joue juste sa propre partition, s'élève à la force du bras au niveau des modèles d'un genre qu'il sublime et, finalement, dépasse probablement.
La discographie en écoute/téléchargement via Bandcamp
Stay In The Home You Love (CD+LP) pour quelques Livres chez Function Records
Un clip fait dans le grenier pour "Strike the Last Flare"
A écouter : Crisp Crisp Sheets and Bright Bright Sunshine, Strike the Last Flare, etc...