Là ou le Death Metal est pratiqué au marteau, à la massue ou encore au 3,5 tonnes frappant dans le tas sans relâche, Nile lui préfère le poignard. Un poignard à la lame acérée, fine, vicieuse, d'une précision chirurgicale qui attaque l'auditeur aux points vitaux lors de ses frappes ; c'est ce qui fait toute la personnalité des trois Américains.
Dans ce Those Whom the Gods Detest, cette « patte » Nilesque se traduit sous plusieurs aspects. Dès la première piste et tout au long de l'album, l'auditeur est assailli par une musique sournoise et destructrice, définitivement implacable ; entre blast-beats épileptiques vous sautant à la gorge (Kafir), mid-tempos épiques, ou rythmiques thrash et groovy à souhait (Utterances of the Crawling Dead), la batterie entame le travail d'assassin et ouvre les plaies de son auditeur.
Le riffing et les guitares bossent en corrélation avec la batterie, créant un ensemble homogène et unique ; cet album regorge de trouvailles et de merveilles de riffing, tantôt incisif , précis (Hittite Dung Incatation, Utterances of the Crawling Dead), tantôt épique (le morceau éponyme), tantôt brutal, témoignant de la richesse, de la créativité et du génie de ces artistes sanglants. Les solos sont rapides, furieux, déjantés mais d'une finesse implacable, intervenant comme pour terminer le travail de sape entamé par le riff. On notera des passages plus lourds et doomesques sur des morceaux « progressifs » pouvant durer entre 5 et 8 minutes, autre signature de Nile (on regrette toutefois quelques longueurs sur certains morceaux, le passage central de Kafir par exemple).
Les deux maîtres d'oeuvre de cette pièce, chanteurs-mastodontes que sont Karl Sanders et Dallas Toler-Wade ne sont pas en reste ; Toler Wade porte à merveille les différents morceaux de sa voix brute de décoffrage et pleine de maturité, tandis que Sanders et son grunt plus caverneux et bestial que jamais vient souligner l'aspect épique des morceaux (The Eye of Ra), tel une invocation égyptienne surgissant des profondeurs de la Terre. On notera cependant une utilisation trop peu fréquente de la puissance vocale de ce dernier.
En conclusion, malgré quelques longueurs çà et là, avec ce Those Whom the Gods Detest Nile assure sa place d'incontournable d'un Metal moderne, technique et brutal à la fois. Un indispensable de l'année 2009.
A écouter : Utterances of The Crawling Dead , The Eye of Ra , Hittite Dung Incantation , Those Whom the Gods Detest.