Relapse a toujours été une terre d’accueil pour les groupes en manque de brutalité et désireux de montrer leur talent aussi bien en studio que sur scène. Des groupes comme Suffocation, Dying fetus, The dillinger escape plan, Nasum (R.I.P), l’ont prouvé. Et Necrophagist n'échape pas à cette règle.
Si « Epitaph » devait être représenté par un verbe, ce serait « Imposer ». Mené par le génie créatif et perfectionniste Muhammed Suicmez, Necrophagist nous sort un album dédié à la technique et à la vitesse d’exécution. Les 3 nouveaux musiciens sont largement à la hauteur de ce qu’a cherché Suicmez, et la composition n’en a été que plus intéressante.
Hannes Grossmann est visiblement né avec une double pédale greffée à la plante des pieds. Une frappe chirurgicale, un jeu on ne peut plus physique, une maîtrise parfaite de la double pédale, un métronome à la place du cerveau, enchaînant changements de tempo tantôt lent et aérien, tantôt ultra rapide et chaotique. Le tout nous permet de goûter à tous les éléments qui ont fait l’exception rythmique du Death metal en général, mais fortement teintés de sa touche personnelle.
La basse, est comme dans un grand nombre de groupes extrêmes, en arrière plan. On la perçoit lors de certains blancs laissés par les autres instruments. Insérés dans les morceaux afin que la basse soit de temps en temps en première ligne, pour ensuite passer radicalement à un autre rythme, une autre ambiance, autres sonorités. L’intro de Only Ash Remains le montre, et nous prépare à une grosse déferlante de notes.
Muhammed Suicmez et Christian Muenzner ont bien entendu, pour suivre une batterie déchaînée, un rythme plus que soutenu. La dissociation du son de chaque instrument est un des points forts de cet album. Les guitares sont alors bien présentes, sans prendre trop d’importance sur la batterie et la basse. Un son net, carré, saccadé, dépourvu de tout effet inutile (pas important quand on s’appelle Suicmez). La force de ces deux guitaristes est surtout comprise dans leur complémentarité. La maîtrise de la guitare est quelque chose de naturel chez eux. Les riffs sont enchaînés avec la plus pure aisance. La rythmique est entraînante, mais reste au second plan, callée entre des solos de virtuoses, et de cascades d’harmonies plus ou moins légères ou lourdes.
Le chant est la seule faiblesse de Necrophagist (enfin, si l’on peut qualifier ça de faiblesse). Disons que par rapport à l’énergie déployée et à l’efficacité des autres instruments, le chant paraît bien basique. Mélange de guttural et de phrases un peu plus teintées de Growl, très utilisé dans le Death, et Necrophagist ne se démarque donc pas par la voix.
Epitaph, bien qu'un peu plus décevant que Onset of putrefaction, restera quand même dans les annales du Death, et deviendra un album à avoir obligatoirement dans une discothèque, pour tous les amateurs du genre. Des morceaux aussi bien composés pour la chaîne hi-fi, que la scène (et ça doit pogotter sévèrement à l'écoute des transitions entre passages "calmes", et véritables moments de puissance et de rapidité). Un trésor pour les puristes du genre, et les perfectionnistes. Le talent du groupe pourrait même les mener à leur propre perte (du moins au niveau intérêt), car après 2 albums de la même veine, Necrophagist laisse une impression de groupe qui tourne en rond.
A écouter : Stabwound, Diminished to be, Only ash remains