Rares sont les groupes dans la micro-sphère des musiques dites extrêmes qui ont suscité pareilles polémiques. D’abord inconnu et anonyme (une simple lettre par membre, sorti de nulle part etc), puis sur-médiatisé (le concept, l’épisode Ross Robinson, le sujet de débats rabâché partout) ; adulés par un petit nombre, honnis par les autres ; MOPA fut tantôt trop ci, tantôt trop ça. A la hype succéda la contre-hype. Cycle naturel classique. MOPA voulait qu’on parle de lui, qu’importe la manière. La chose fut réussie…
… et la sortie d’Amen ne déroge pas à ce désir initial. En s’entichant de Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, Glassjaw), en abreuvant internet de vidéos des enregistrements studios et d’interviews tapageurs, le trio n’a pas baissé pavillon en la matière. Mais après tout, qu’importe. La musique doit se suffire à elle-même. Et c’est bien ici de cela qu’il s’agit. Amen donne donc la nouvelle version de My Own Private Alaska, en 11 titres, dont 4 figuraient déjà sur le Ep. Et comme on pouvait le pressentir, l’affaire n’a plus grand-chose à voir avec la précédente. Le son bénéficie d’une production grande facture, ce qui sied plutôt bien au piano et la qualité acoustique global de l’ensemble. Quelques nouveaux titres font alors leur effet ("Anchorage", "Broken Army", "Just Like You and I") et on se dit que MOPA a un truc dans l'impétuosité qu'on ne peut lui enlever.
Pourtant rapidement – instantanément ? –, la surenchère d’effets, le gonflement trop artificiel des pistes/voix et autres bidouillages techniques dérangent. Pourquoi ? Parce que MOPA se présentait à la base comme un groupe extrêmement épuré, qui jouait nu, les pieds sur la banquise. Le concept exigeait de facto une atmosphère du bout du monde, un épuisement des moyens d’expression, pas un étalage de moyens modernes d’enregistrement. Et c’est là que le bât blesse. En passant par la Robinson touch’, MOPA ressemble à un corps déformé par la créatine. Le contraste est encore plus saisissant lorsque viennent les tracks déjà connues. La rage animale et primaire du chant a disparu. Le côté cru, froid et nihiliste des mélodies n’est plus, l’émotion épidermique est comme enfouie. Ce qui touchait juste se perd, ce qui faisait mal toussote, ce qui semblait à-propos sonne brouillon ("Ode To Silence").
Au final, quand on a connu MOPA à ses débuts, on serait presque tenté de dire qu’Amen est un contresens. Dans le concept MOPA, forme et fond devaient s’entre-nourrir. Amen dénature l’expérience. Il fait d’un scénario pour film d’auteur un blockbuster. Dans la perspective de grandir (au sens de la notoriété ; et il apportera effectivement une plus grande audience), on peut comprendre ce choix ; artistiquement, beaucoup moins.
A écouter : "Anchorage", "Broken Army"