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Biographie

My Bloody Valentine

C’est à Dublin (Irlande) que débute l’histoire de My Bloody Valentine. Colm O’Ciosoig (batterie/sampler) et Kevin Shields (guitare/chant/sampler) se rencontrent à la fin des années 70 après avoir répondu à une annonce pour intégrer un groupe de punk rock. En 1983, Kevin Shields décide de monter son propre groupe auquel se joint O’Ciosoig, ainsi que Dave Conway (guitare/chant) et sa copine de l’époque, une certaine Tina (claviers). Il s’ouvre alors une grosse période d’instabilité pour la formation, jusqu’à ce que Conway – globe-trotter invétéré – réussisse à booker un concert en Hollande en 1984, pays dans lequel ils s’établiront plusieurs mois. C’est à l’occasion de ce concert que le nom de My Bloody Valentine sera retenu.

Après avoir élu domicile à Londres, les Irlandais  se séparent de la copine de Conway et décident de se doter d’un bassiste à temps plein en la personne de Debbie Googe. S’appuyant désormais sur un line-up solide, le groupe enregistre un certain nombre d’eps - format particulièrement apprécié tout au long de sa carrière - entre 85 et 87. My Bloody Valentine enchaîne dès lors les concerts, mais Conway  s’en va lui aussi en raison d’une santé trop fragile. Shields reprend le flambeau du chant aux côtés d’une Bilinda Butcher (guitare/chant) fraîchement recrutée, pour ce qui va constituer le line-up définitif.

Quelque chose se passe à ce moment là. Leurs derniers eps commencent nettement à faire parler d’eux, notamment auprès de l’incontournable animateur radio John Peel. My Bloody Valentine se sent enfin prêt pour l’exercice du premier album, et accouchera donc de Isn’t Anything en 1988. Un album qui n’est pas sans frapper les esprits puisque la critique ira même jusqu'à affirmer que My Bloody Valentine vient de donner naissance au Shoegazing : un Noise-Rock tellement dense/chargé que les prestations live contraignent les musiciens à fixer leurs pédales d'effets, et donc leurs chaussures. Les sphères underground sont littéralement conquises, mais c’est en 1991 que vient la véritable consécration avec leur deuxième album Loveless. L’année suivante, My Bloody Valentine signe sur la major Island Records et décide de retourner en studio. Une période que Kevin Shields, la tête pensante du groupe, vit comme un véritable cauchemar tant il est dévoré à chaque fois par le perfectionnisme. Les mois défilent, les bandes restent désespérément vierges/insatisfaisantes, tant et si bien qu'ils se font virer purement et simplement d’un label préférant tout miser sur ses petits poulains mancuniens d’alors : Oasis. Shields révélera plus tard que les dirigeants d’Island Records avaient décidé de rompre le contrat après leur avoir avancé près d’un demi million de livres sterling pour la réalisation d’un troisième album qui n’est jamais venu.

My Bloody Valentine
implose littéralement de ce fait. Debbie Googe rejoint Snowpony, tandis que Colm O’Ciosoig collabore avec Hope Sandoval de Mazzy Star. Shields restera très discret par la suite, collaborant ponctuellement aux travaux de Dinosaur Jr ou encore Primal Scream. Seule Sofia Coppola parvient à le faire sortir de son autisme musical en lui confiant la réalisation de la BO de Lost In Translation en 2004. Dès lors, les rumeurs vont bon train quant à une éventuelle reformation de My Bloody Valentine mais rien de concret n’en ressort jusqu’au tout début de l’année 2007 où, lors d’une interview, Kevin Shields déclare qu'un troisième album verra bel et bien le jour. Après plusieurs concerts à travers la planète et de longue années d'attente, il faut attendre février 2013 pour que celui voit le jour .

Chronique

19 / 20
9 commentaires (18.28/20).
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Loveless ( 1991 )

  My Bloody Valentine, en cette année 1991, vient de concevoir l’album-liant entre deux époques. Un véritable disque-surpassement qui tue le père noise de The Jesus & Mary Chain ou Sonic Youth en unissant son héritage bruitiste à la froideur pop toute céleste des Cocteau Twins. Tout un pan du rock des années 80 est là, prenant corps dans un brasier électrique éblouissant comme s’il était destiné à éclairer la lanterne d’un maximum de groupes de la décennie à venir, si intense qu’il en a même consumé ses auteurs après une lente auto-circonscription dans les studios d’Island Records en 1992. Loveless est donc une sorte de testament, mais son génie résidait dans le fait qu’il fut aussi une révélation travestie/caricaturée en ce que l’on nomma alors benoîtement "shoegazing". Il fut par conséquent "la fin" autant que "l’origine".

  Et pourtant rien, pas même l’excellent Isn’t Anything sorti en 88, ne laissait présager un tel "Projet Manhattan" du rock. D’entrée de jeu, My Bloody Valentine parachute son passager/auditeur dans son monde avec le vertigineux Only Shallow, véritable poussée noisy dans le dos de celui qui hésiterait à faire le grand saut Loveless. On est dès lors confronté pendant près de 48 minutes à ce qui a fait de MBV un groupe unique, à savoir ce rapport chimique entre mélodies pop et expérimentation noise, insaisissable agrégat auréolé du romantisme post-adolescent qui fascinera tant Billy Corgan. Avec ces onze titres, on marche sur les cendres fumantes d’une ère révolue, étourdi par les guitares propageant larsens en volutes, accords au fuzz irradiant, barrés-aurores boréales sur des rythmes effrontés ou si sensuellement désinvoltes. Tout ici n’est qu’éther et brouillard rêveur, tel le chant dual et diaphane de Kevin Shields et Bilinda Butcher, ainsi que ces synthés venant délicatement caresser la nuque. Autant de constructions appelant au songe, à la volupté, ou bien la mélancolie la plus vibrante (la ballade absolument définitive qu’est Sometimes) dans un voyage dont on récuserait perpétuellement le terme.

  Avec Loveless, les Irlandais livrent un disque au goût d’absolu, incomparable, auquel on s’expose plus qu’on ne l’écoute. Il a fait du groupe un pivot décisif des années 90 - inspirant toute une cohorte de prestigieuses formations rock comme les Smashing Pumpkins, Placebo, ou Radiohead – et un modèle de symbiose entre expérimentation et intelligibilité. Les années passent et pourtant cet album ne parvient pas à s’évanouir. Comme si le corps de cette Valentine ne devait jamais être exsangue.

A écouter : une fois dans sa vie.