Trop souvent délaissée par la presse spécialisée, la scène luxembourgeoise trouve pourtant dans sa situation géographique une position musicale atypique, bénéficiant artistiquement de ce formidable carrefour d’influences. Pour ceux qui en doutaient, deux de ses meilleurs représentants, Treasure Chest At The End Of The Rainbow et Mutiny On The Bounty, après avoir écumé les salles ensembles ont concrétisé en 2005 cette entente sur galette.
Treasure Chest At The End Of The Rainbow prend la barre le premier, aiguillant d’entrée sa musicalité vers des tonalités emorock. Les guitares sont allégrement exposées, assorties d’arrangements et d’effets de qualité. Une première voix, haute perchée, décroche les notes principales, avec un swing bien rock, tandis qu’une seconde vient en renfort, par à coups, quand le besoin de colère se fait sentir ("Your Game (Et tu le sais)" ). La dextérité technique et le travail des grattes renvoie aux talentueux Claire de Lune, vers qui la musique de TCATEOTR semble fortement orientée, mais aussi, plus partiellement, vers des piliers du genre comme Further Seems Forever ou Gameface. Avec quelques chœurs ajoutant une belle profondeur à l’expression vocale ("Snake Eyes"), en plus d’un chant en anglais parfaitement maîtrisé ; une poignée d'embardées emocore d’ici de là ("Set Sail Across The Universe"), le quatuor reprend les fondamentaux des années 90 pour se démarquer de la vibe estampillée "cru 2000’s". Soigneusement ficelé et rondement exécuté, on ne fera un bémol que sur une personnalité propre qui aurait pu être davantage marquée.
Les révoltés du Bounty reprennent la trame sans se faire prier. Math rock au bout des ongles, conduite ambitieuse et alambiquée, le combo de Lux’ ficelle ses morceaux avec une technicité grandiose ("Mutiny In E"). Déjanté, ondoyant, c'est un véritable concert de maestro auquel se livre les deux guitares (Chico Y Consuela). Si les manches et les cordes accrochent ciels et terres, MOTB ne se recherche pas à tout prix la démonstration, se laissant aller à un groove plus Mars Voltien dans l’introduction de "World Domino Championship", ou à un assaut de véritables corsaires avec la terrible "Horton Hears A Who". Par son goût de l’éclectisme, sa double facette et son amour des compositions tortueuses, Mutiny On The Bounty organise ainsi une forme de rencontre entre North Of America et Fall Of Troy, avec une pointe screamoïque au bout des efforts, rappelant les américains de Bright Calm Blue. En live, la prestation relève de la performance, explorant toute la géographie des partitions, au travers des moments de tapping ahurissants.
En 4 titres chacun, les deux groupes compatriotes ont perpétué la tradition de tout une scène underground mettant à profit ce type de collaboration pour se faire connaître et sortir de l’anonymat. Avec le potentiel entraperçu, nul ne doute que le passage à la lumière ne devrait pas tarder à arriver, principalement pour Mutiny On The Bounty, dont la sortie d’album est prévu pour l'automne prochain.
A écouter : "Snake Eyes", "World Domino Championship", Horton Hears A Who"