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Biographie

Mount Eerie

Tout semblait être dit. The Microphones n'était plus. La seconde partie de l'histoire pouvait commencer. Mount Eerie, fils des éléments, naissait. Phil Elverum s'enferme dans le nord de la Norvège, un hiver complet, écrit, compose, médite et communie avec la nature, un de ses principaux thèmes d'inspiration.

Sans jamais pouvoir se défaire de ces liens avec The Microphones, Elverum entretient d'abord la confusion, sortant des singles ou des lives sans se soucier de leur origine. Album cathartique (?), Mount Eerie, Parts 6 & 7, sortira comme écho final au Mount Eerie, dernier album de The Microphones. La boucle est bouclée. Elverum crée alors son label, P.W. Elverum & Sun, espace de création artistique pour lui et ses amis, qui dépasse le cadre musical et qu'il gère lui-même, joignant souvent à ses envois d'albums des posters, peintures et autres livrets faits maison.

Composant au rythme des sourires ou des larmes, plus que jamais animé par un désir de (se) prouver qu'il est bien vivant et mû par les sentiments, Mount Eerie fait de 2008 une année phare puisque se succèdent cette année-là l'électrique Black Wooden Ceiling Opening EP; Dawn : A Winter Journal, souvenir de son hiver solitaire en Norvège et Lost Wisdom, fruit d'une collaboration avec Julie Doiron.

15.5 / 20
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White Stag ( 2009 )

Livré à lui-même, Phil Elvrum, se fait l'écho d'une nature humanisée, chargée en histoire et en mythologie. Les notes murmurées de sa guitare sont la face émergée d'instrospections mystiques. Des morceaux qui reflètent un Tout qui reflète l'Homme. Quelle que soit la pièce à laquelle on s'attache dans sa discographie, la musique de Mount Eerie est ce qui nous entoure, un écho lointain d'un environnement auquel nous participons, sujet ou objet.

Disque impromptu, enregistré en moins d'une semaine alors qu'Elvrum est invité par un ami, Matthew Stadler, White Stag est un hommage de plus à la Nature, incarnée par l'esprit d'un cerf blanc qui hante un immeuble universitaire, en plein centre de Portland et rôde, la nuit venue, une fois les étudiants évanouis.
Courants d'air, craquements de pas, portes qui claquent, des murmures qui ancrent le disque dans une réalité inquiétante ("Mud Grave"). Il y a, aussi, les mélodies délicates d'une guitare fantasmagorique et une voix mélancolique qui s'imprègnent des lieux, comme dans un soupir (la bien nommée "Sighing"). Morceaux solitaires et vaporeux qui se donnent à vivre et à partager, les différentes compositions enchantent par leur simplicité et leur délicatesse. L'inspiration est écho du milieu où l'on vit.

Enveloppé dans une brume sonore, White Stag mélange les cordes aux ambiances, une sensation omniprésente d'être entouré d'esprits évanescents (Grouper soufflerait volontiers dans cette atmosphère). C'est un témoignage d'un lieu chargé d'histoire, une chasse au fantastique et à la mémoire. On sentirait, pour un peu, l'animal nous frôler ("Summoning") et quelques chuchotements, "Quiet Echoes", parcourir l'échine, comme un frisson. White Stag ne s'attarde pas, ne laisse aucune trace, ne sera qu'un souvenir fantômatique qui marquera, pourtant. Longtemps. Un souffle. Puis, une réminiscence.

A écouter : Oui.

Wind's Poem ( 2009 )

Annoncé comme son disque le plus ambitieux, Wind's Poem est sans doute le point d'orgue de la discographie de Phil Elvrum sous le nom de Mount Eerie. Il rend compte, rétrospectivement, des intentions que le songwriter développait depuis un an sur chacune de ses sorties. Il en donne une interprétation différente, sous un jour nouveau, permettant d'associer chacune des pièces du puzzle et de contempler l'oeuvre ainsi édifiée.

Black Wooden Ceiling Opening et ses distorsions lo-fi marquait le début des expérimentations d'Elvrum qu'on a cru vite abandonnées avec le retour d'une folk plus soyeuse et la participation de Julie Doiron sur Lost Wisdom. Plus tôt cette année (2009), White Stag, tout en ambiances, se voulait un disque d'éveil et d'écoute. Wind's Poem, c'est la rencontre de ces atmosphères couplées à une sensibilité exacerbée. Le vent chuchote, murmure, parle et crie. Le vent refroidit, glace, réchauffe et brûle. Le vent est un élément aux traits en constante transformation, indéfinissable voire insaisissable. Comme l'esprit humain.

On sait Elvrum très attaché à la nature et à l'incidence que l'environnement a sur l'Homme. Ce nouvel album, le plus complet, le plus appliqué, est le résultat de ses observations- un disque pénétrant qui froisse les feuilles ("Summons") et tourmente les âmes en peine ("My Heart Is Not At Peace"). Chaque morceau possède une couleur particulière qui parlera à chacun d'une manière différence. Le natif d'Anacortes est imprévisible, croisant une tempête black metal (le morceau d'ouverture, "Wind's Dark Poem" au rythme confus et à la mélodie étouffée par la distorsion) à l'apaisante sensation de l'ambient- "Through The Trees", morceau-clé de onze minutes qui déplace des nuages morcelés entre les branches d'un arbre. A un même thème, Elvrum y ajoute ses variations musicales en fonction de la perception qu'il a de ce qui l'entoure, qu'elle soit violente (les riffs massifs de "Wind Dark's Poem" ou "The Mouth of Sky") ou plus sereine ("Lost Wisdom Pt.2", "Stone's Ode").

A l'inverse des précédents albums qui semblaient tous écrits sur le vif, naissant d'impressions immédiates ou de rencontres inopinées, Wind's Poem est travaillé à l'extrême; chaque détail, chaque arrangement y étant soigné comme pour respecter l'ordre naturel des choses. Il y flotte alors une atmosphère confidentielle qui confine souvent au mystique. L'aura dans laquelle baigne Wind's Poem rappelle avec un frisson le côté organique de The Glow Pt.2, l'autre chef d'oeuvre de The Microphones. Les deux albums sont faits du même bois et partagent le même cri: le besoin de se sentir vivant, de réaliser que que nous sommes encore touchés par la Nature. Ce n'est pas non plus un hasard si certaines parties doivent beaucoup à Angelo Badalamenti tant le sentiment d'être plongé dans l'ambiance surréaliste d'un Twin Peaks rôde ("Between Two Mysteries"). Progressivement, les airs se font plus confidentiels, le vent transportant ses secrets au travers de la voix du poète jusqu'à s'évaporer dans un dernier souffle.

En perpétuel mouvement, jamais ancré dans un format précis, alliant compositions impétueuses et ballades introspectives, Wind's Poem enveloppe d'une aura lumineuse, un brin amère, l'auditeur en quête de repères. Cet album marque définitivement le talent d'Elvrum à jouer sur plusieurs tablettes et se pose en réelle référence pour les années à venir. Le temps de se représenter la force qu'il contient et de s'en imprégner pour la faire sienne.

A écouter : Essentiel.
13.5 / 20
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Black Wooden Ceiling Opening EP ( 2008 )

Tout au long de ses compositions, que ce soit sous le nom de The Microphones ou de Mount Eerie, Phil Elverum s'est toujours laissé guider par la conviction que la musique se doit d'être le reflet de sentiments et qu'elle n'est jamais aussi sincère que jouée a minima, chez soi, parfois entouré d'amis, souvent seul.

Remaniant sans cesse ses précédents matériaux au gré de ses humeurs à cieux variables ou séchant ses peines en quelques nouvelles notes comme on essuie ses larmes, de manière pudique, Elverum présente, avec ce Black Wooden Ceiling Opening, sa première sortie de l'année entre échos de travaux précédents et nouveaux morceaux.

Cette ambiance confidentielle, comme on est bien chez soi, l'artiste la recrée dès les premières notes, où sa voix douce, celle du feu qui brûle dans l'âtre, fait corps avec son éternelle guitare lo-fi. Il en faudrait peu pour qu'on se love dans les coussins, à savourer cet atmosphère délicate. "Appetite", pourtant, ébranle l'édifice. Tandis que rugit une première note distordue, Phil Elverum crie au malaise: 'Are you coming over for dinner? / Are you coming for blood?' et s'emporte alors dans une folle tempête de saturations, accélérant le rythme comme on hausse le ton, balayant le confort avant que la porte ne se referme : 'It was my appetite, curious and wide-eyed / Two question marks and then the door blew down'. Le mal est fait, on en ressort quelque peu sonné.

Nouveau son, nouveaux désirs pour un homme qui se présente peut-être dans son aspect le plus "punk" tel qu'il le décrit lui-même, mettant constamment en miroir, la fragilité sensible de ses balades acoustiques à la voix mi-lasse mi-révoltée et la brutalité terre à terre d'une distorsion dégueulasse ("In Moonlight") au rythme effréné d'une course en avant, dont on ne sait si jamais quelque chose renaîtra finalement de ces cendres. Faudrait-il voir dans "Stop Singing" l'épitaphe de Mount Eerie? Un dernier hommage avant de disparaître?

La raison de tout ce bruit, inhabituel chez Elverum, répond plus que jamais à un désir de se sentir vivant, sentiment qui hante l'homme depuis ses débuts. Le silence opposé à la musique, la mort à la vie, comme menace permanente: 'The possibility that if I stopped clapping my hands in the void / I would notice that I can't hold on to things / lives buried in my days'.

L'artiste se doit de crier, d'exulter, de décrire les choses si essentielles qui l'entourent sous peine de mourir asphyxié. C'est ce que fait Mount Eerie, plus brut mais aussi transi qu'auparavant et peut-être moins naïvement également. Qu'importe. Tant qu'il vit.

A écouter : Appetite - Domesticated Dog - Stop Singing
15.5 / 20
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Lost Wisdom ( 2008 )

Phil Elvrum travaille en circuit fermé. Contre les forces destructrices de la Nature, Elvrum s'enferme, prend sa guitare et il suffit de quelques notes pour que la tristesse qui émane de ses chansons constitue, en plein paradoxe, le salut à sa survie. Habitué aux travaux solitaires, il invite ici la chanteuse Julie Doiron et le guitariste Fred Squire à se joindre à lui presque à l'improviste, à pas feutrés.

Un travail pleinement collaboratif donc, une fois n'est pas coutume, qui voit la canadienne et Elvrum partager le micro en 10 ballades mélancoliques et désillusionnées à la recherche d'une sagesse perdue. Le titre éponyme qui introduit l'album donne alors le ton. Deux voix perdues se cherchent, s'entremêlent presque monocordes, sur un air minimaliste, dénudé jusque dans ses fondements. Tristesse incarnée, Julie Doiron apporte une sensualité décalée mais pourtant juste aux morceaux de Mount Eerie, qu'ils soient repris pour l'occasion ("Flaming Home", "Who?", "What?") ou montés de toutes pièces ("You Swan, Go On" ou "Grave Robbers") tandis que les discrètes mélodies acoustiques de Fred Squire se fondent dans le paysage embrasé.

Trois personnes, d'une complémentarité sans faille, chacun venant soutenir l'autre dans les moments difficiles, dans une maison qui brûle, comme le montre la pochette, face à des forces qui les dépassent, en proie aux questionnements que suscitent l'abandon et l'oubli. Une réunion imprévue d'amis venus se serrer les coudes malgré le chavirement des sentiments. Il ne faut attendre de ce duo de voix sans espoir que le réconfort chaleureux que peuvent apporter quelques notes gratouillées à la guitare. Sans aucun excès, sans envolée lyrique déplacée mais à l'émotion et à la sincérité sans cesse palpables.

Paradoxal mais si familier, là réside tout le talent de Phil Elvrum aka The Microphones aka Mount Eerie. Le songwriter transforme la sombre et menaçante ambiance qui sans cesse nous couve en un feu rassurant et vivant, entouré de visages familiers.

C'est peu.

Mais, personnellement, je n'échangerai ça pour rien au monde.

Lost Wisdom est sorti le 7 octobre 2008 chez PW Elverum & Sun.

A écouter : A l'intrieur d'une maison en feu