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Biographie

Morrow

Morrow est l'un des projets d'Alex CF (Carnist, Fall Of Efrafa, Light Bearer, Anopheli, ...) qui prend forme en 2014. Le combo évolue dans un Emocrust à la croisée de Madame Germen, Remains of the day, SchifosiDaymare, Tragedy, His hero is gone ou Ictus. Un premier opus, Covenant Of Teeth, sort en avril 2016.

Fallow ( 2017 )

A l’heure ou les nouvelles se font de chaque jour plus sombres, le concept musical de Morrow prend de plus en plus sens. Ainsi, après deux ans d’attente, lorsqu’un nouvel opus déboule, on devine facilement que les thèmes chers à Alex CF seront encore au coeur du disque et que les mots auront encore plus de poids qu’avant.
Le Neo-Crust de Morrow n’a rien de surprenant sur Fallow. Après Covenant of Teeth, la surprise est moindre, mais l’ombre déployée par le combo prend encore de l’ampleur. Des rythmes parfois Postcore de « Crown In Red », en s’accoutumant avec des tonalités Crust sur « A City Of Gristle », Morrow sort aussi intense sur Fallow que le premier album.

Ici, le tempo s’alourdit, le fil conducteur noircit encore un tableau déjà peu optimiste à ses débuts. Les mots se font ici encore histoires et contes, peu surprenant lorsqu’on sait l’amour pour l’écriture d’Alex CF, mais garde un verve vocale presqu’animale (« Crown In Red ») qui se marie parfaitement à la lourdeur de l’ensemble. Et à l’instar de Covenant of Teeth, la liste de guests vient apporter une véritable variété vocale comme tout autant de bardes clamant ces histoires : AutarchSolGattacaWildspeakerHyena, Monachus et Fall Of Efrafa. Sur la recette initiale, rien à redire ; un Emo-Crust avec violoncelle qui allonge dans la douleur certains titres sans pourtant en affadir le rendu : pas moins de douze minutes pour deux morceaux, du chant / spoken word en Tchèque et Suédois, un sentiment épique omniprésent qui me fait intrinsèquement penser à Fall Of Efrafa sur Owsla. Lorsqu’on évoquait Covenant of Teeth, il était question de cette crainte d’une potentielle saturation artistique, c’est un peu le cas ici si l’on ne s’arrête qu’à une première écoute : le violoncelle est bien plus intégré que sur Anopheli, les envolées de Postcore d’Archivist sont moins étouffées en Fallow, les styles s’entremêlent sans rupture (« A City Of Gristle » qui m’évoque parfois les aspects viscéraux de Neurosis) ; Si bien que l’écart se creuse entre chacun des différents projets sans pour autant rompre totalement les fils qui les relient.

Quant aux paroles, sans surprise, les idées du frontman transparaissent dans chaque titre. De « The Hunt » et son point de vue animal, d’une fin d’un monde sur « Crown In Red », la structure est totalement absente de Fallow, tout donne cette sensation d’être poème et non chanson classique, avec une mythologie encore développée (« Beyond the Cleaved Land ») et chantant une terre malade, ravagée.
« All that I am, a graze, a bruise / All that I am, a failing echo / all the I am, rendered meat » : le veganisme du musicien imprègne les mots, confortant cette idée qu’il s’agit d’un combat essentiel pour l’artiste. Et même si vous n’adhérez pas forcement au propos initial, il est difficile de ne pas reconnaître une force dans l’écriture de Fallow lorsqu’on prend le temps de la décortiquer : « Surrender / surrender / No surrender in sight / We tear away the stays and flee from their eyes into crowds of the terrified ».

Fallow est donc ce que peut être beaucoup attendent d’un opus de (Neo)Crust. En rien surprenant lorsqu’on a pu écouter Anopheli, Archivist, Light Bearer ou Fall Of Efrafa, ce nouvel album a pour lui une force de caractère qui vibre sur chaque morceau. Riche en émotions et dans sa construction, cet opus a la bonne idée de s’ouvrir sur « Auguries Of Menace », qui devrait être l’élément déclencheur pour avoir envie de prolonger l’expérience.

A écouter : Auguries Of Menace et Crown In Red

Covenant Of Teeth ( 2016 )

Alex CF au chant, du violoncelle, de l’Emo-Crust, une nouvelle fresque post-apocalyptique… Assez naturellement, la première réaction que l’on peut avoir est « encore ? ». Car effectivement, sans résumer l’existence de ces groupes  à sa seule présence et en laissant de côté les formations dissolues (Fall Of Efrafa, Light Bearer, Momentum), le gars semble sérieusement hyperactif. Jugez-en par vous-même : en l’espace d’environ un an, Alex CF fut impliqué dans pas moins de quatre albums : l’éponyme d’Archivist, The Ache Of Want d’Anopheli, Hellish de Carnist et donc ce Covenant Of Teeth de Morrow. Y ajouter les productions à venir dont le processus d’enregistrement a déjà débuté et l’écriture de livres (Seek The Throat From Wich We Sing) donne littéralement le tournis. Donc oui, le talent artistique semblant si souvent être quelque chose de fini, il est logique de s’interroger, de se demander comment cela est possible, de craindre la saturation, l’affadissement et le tarissement de l’intérêt. Il ne faut cependant pas longtemps pour que ces réserves soient balayées d’un revers de main. Pourquoi ?

Parce que si la recette n’est pas tout à fait nouvelle (l’Emo-Crust d’Anopheli contient également du violoncelle et Alex CF a lui-même déclaré que Morrow était pour lui l’occasion de revisiter ce qu’il avait eu l’occasion de jouer par le passé), les formations sus-citées ne sont jamais dans la répétition, la redite. Tel un ouvrage d’orfèvrerie, tout se joue dans les détails, tout est subtilité. La lourdeur, le temps laissé aux compositions pour se développer, a contrario la brusquerie des changements de rythme distinguent Covenant Of Teeth d’un The Ache Of Want et le rapprochent plutôt d’un Silver Tongue tout en proposant une identité distincte. Compliqué ? Il faut dire que de plus en plus, tel un collectif qui ne dirait pas son nom, une communauté de styles et de musiciens semble prendre forme. La liste des innombrables guests crédités est ainsi plus que parlante. On y retrouve des membres d’Anopheli, d’Archivist, de Wildspeaker, de Monachus, de The Nepalese Temble Ball, de Knifedoufofexistence et de Masakari !

Parce que, pour peu que l’univers musical investi par Morrow (pour simplifier, entre Doom et Crust) nous parle, alors on est encore une fois totalement emportés par cette nouvelle démonstration d’art total dans laquelle partitions, paroles et artwork sont réfléchis pour former un tout cohérent. Situé en 4500 après JC, Covenant Of Teeth explore un monde post-apocalypse technologique. A la différence d’Archivist qui dépeignait la fuite intergalactique des derniers humains, l’action se passe ici sur une Terre sur laquelle petit à petit la nature a repris ses droits. Dans ce qui autrefois fut la côte nord-est des Etats-Unis, une communauté éclectique s’est reformée : les Norr. Vivant frugalement, ceux-ci ont pris refuge dans les ruines d’anciens bâtiments de guerre. Les squelettes des anciennes cités les interpellent et font émerger dans leurs esprits la possibilité d’une domination passée de l’Homme sur les éléments. Plus au sud, d’autres communautés se montrent cependant déjà plus avides. Ne se contentant pas de ce que la Nature peut leur offrir, certains clans entament des migrations qui apportent avec elles le retour de la violence… On reconnait bien là les thèmes de prédilections d’Alex CF : l’éco-fiction.

Enfin et surtout parce que, plus qu’un simple nouvel opus dans une discographie, Covenant Of Teeth apparait comme une forme d’apothéose dans laquelle tout sonne juste. Les passages lents n’ont jamais été autant porteurs de tension, le violoncelle s’intègre encore mieux dans le paysage sonore en faisant écho aux soli de guitare et enfin la multitude de guests vocaux rajoute à l’incroyable densité de l’ensemble pour constituer ce qui est définitivement un des albums de l’année du genre !

A écouter : Et à lire
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Style : Emo / Crust
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