Qui ne connaît pas Marshalltown ne rate pas grand chose. Petite ville de l'Iowa située à des centaines de kilomètres de la civilisation, les hivers y sont rudes et les activités rares. Son seul interêt est de servir de repaire à un des groupes de hardcore parmi les plus en vue du moment.
Après un premier album encourageant paru en 2004 - My Love, My Way - et une tournée en support de Terror, Comeback Kid et Converge, Modern Life Is War sort Witness, produit par l'incontournable Kurt Ballou (Give Up The Ghost, Champion, Converge) et donc, inévitablement enregistré au studios Godcity de Salem.
Evoluant toujours dans un style assez proche de Give Up the Ghost (American Nightmare pour les puristes) ou de The Hope Conspiracy, Modern Life Is War présente malgré tout un profil beaucoup moins radical. La majeure partie des morceaux qui composent Witness est exécutée sur un tempo assez lent, parfois mid, rarement rapide, notre quintet préférant mettre l'accent sur son potentiel émo, de fort belle manière au demeurant, comme l'attestent les adjonctions mélodiques à tendance dépressive de "The Outsiders", "I'm Not Ready" ou "Hair Rising Accounts of Restless Ghosts".
Toutefois, ce côté fignoleur n'empêche pas Modern Life Is War de se lacher sur "John And Jimmy" et surtout sur l'insolent "D.E.A.D.R.A.M.O.N.E.S.", d'aspect très roots, détonnant un peu par son rusticisme, mais qui a le mérite de donner un coup de fouet relativement appréciable à l'album au moment où il en a le plus besoin. Le rythme s'accélère, les guitares se libèrent, Modern Life Is War délaissant sa rage d'introverti au profit d'une colère plus brute. Le coup de fouet s'avère, cependant, ponctuel et assez bref dans le temps, Witness reprenant son cours normal avec le lancinant "Young Man on a Spree" qui, par sa rythmique notamment, peut rappeler Fugazi.
Sans être un album conceptuel, Witness tente d'attirer l'attention sur la vie d'une petite commune rurale des Etats-Unis, rompant radicalement avec les préoccupations urban style de ses collègues des East et West Coast. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne s'en dégage pas une grande joie. Plutôt une tonalité désabusée, comme en témoignent les textes de de "Martin Atchet" ou de "Marshalltown", impression accentuée par la mélopée de Jeffrey Eaton, braillarde et efficace certes, mais qui, à la longue, peut entraîner une certaine lassitude.
Au final, Modern Life Is War nous propose une oeuvre de qualité, sincère et ambitieuse, dotée d'un son excellent mais pêchant, par moment, par son manque de variation et d'energie. Petites scories ne remettant toutefois pas en cause le bon état de l'ensemble.
A écouter : "D.E.A.D.R.A.M.O.N.E.S.", "The Outsiders", "Young Man on A Spree"