Dès son intégration dans le roster de Ferret Music, Misery Signals avait placé la barre bien haut avec un premier album dont la qualité - et les spécialistes - lui avai(en)t permis d'être immédiatement bombardé valeur montante du metalcore. Cette étape franchie avec succès, on se demandait toutefois comment le groupe allait digérer le départ de son chanteur.
La réponse ne se fait pas attendre. Dès les premières notes de "Face Yourself", on sent déjà que Misery Signals n'aura pas perdu au change en remplaçant Jesse Zaraska par Karl Schubach. Sans être transcendant, ce dernier maîtrise très bien la panoplie du chanteur metalcore, alternant voix gutturale et chant plus clair avec une étonnante facilité.
Côté musical, rien de bien nouveau. Misery Signals poursuit son bonhomme de chemin dans un style très technique où l'on reconnaît aisément la patte de Dillinger Escape Plan ou de Every Time I Die. Le groupe fait montre d'une précision extrême dans ses arrangements, enrichissant, sans trop les surcharger, des morceaux aux structures asymétriques qui provoqueront certainement quelques tournis et déconcerteront les adeptes de constructions plus basiques ("Post Collapse", An Offering to the Insatiable Sons of God (Butcher)").
La musique de Misery Signals n'en est pas moins humaine pour autant. Grâce à l'inspiration et la complémentarité de Ryan Morgan et Stuart Ross, le groupe compense cette apparente aridité technique par des interventions mélodiques fréquentes tantôt brèves ("The Failsafe", "Migrate"), tantôt prenant l'aspect de longues plages harmoniques suffisantes pour instaurer un sentiment de mélancolie un peu à la manière de The Fall of Troy ou Hopesfall ("One Day I'll Stay Home").
Mirrors offre donc tous les aspects de la réussite. Reste que manque l'essentiel, l'envie, la hargne, l'enthousiasme, bref la petite étincelle que l'on est en droit d'attendre d'un groupe au tel potentiel. En effet, même pétri de qualités, Misery Signals présente toutes les difficultés du monde à faire décoller un album qui, progressivement, s'enffère dans l'automatisme le plus absolu, accumule les lieux communs et ne parvient à s'en extirper qu'en de très rares occasions.
Bref un album au goût mitigé, non dénué de qualités, mais dont le manque d'âme fait cruellement défaut pour permettre à Misery Signals de ressortir du lot.
A écouter : The Failsafe, Migrate, One Day I'll Stay Home.