Dans une scène doom ultraconservatrice, Mike Scheidt est l’un des rares acteurs à s’être rapidement singularisés. Il le doit forcément à YOB, cette créature cosmico-mystico-tellurique, ardemment "lovecraftienne", aujourd’hui retirée dans un mutisme fatal depuis le départ des deux tiers de ses membres en 2005. Mais le culte ne sombrera pas. Sa survivance et sa perpétuation sont fièrement assumées par Middian, nouvelle assemblée dans laquelle le maître Scheidt et ses deux néo-disciples vont s’affairer à l’élaboration d’un "yobisme" sensiblement réformé.
Outre la joie de retrouver, avec Age Eternal, ces terribles riffs cyclopéens, cette massivité tectonique de la rythmique, et plus globalement le gigantisme planétaire que suscitent les ambiances déployées par le natif de l’Oregon, on distingue plus nettement ce qui n’était que suggéré dans la discographie de YOB. Le métal occupe désormais une place de choix sur l’autel de ce doom illuminé, dans une énergie et une cadence inédites jusqu’alors et rappelant le riff-massue ou la charge martiale d’High On Fire (Dreamless Eye, The Celebrant).
En revanche, ce qui vient véritablement et judicieusement ébranler la doctrine "yobienne", c’est l’incursion de mélodies dans l’écrasante saturation vibratoire des guitares. Middian installe de fait des climats inhabituels pour le style. Il en va ainsi de l’épique et incantatoire pièce centrale Age Eternal, ou de l’étonnant The Blood Of Icons sur lequel on a l’impression d’écouter un riff du White Pony des Deftones par le prisme sonore du stoner/doom (!).
Mais la richesse substantielle de ce faux premier disque est surtout liée de manière intrinsèque au savoir-faire de Scheidt. Son travail sur les introductions est toujours aussi consciencieux, manipulant les guitares comme un lame de fond avant le point critique de l’éruption cataclysmique (The Blood Of Icons), ou comme un glas sépulcral avant la procession doom très Orthodox du bien nommé Sink To The Center.
Les cinq pistes fleuves de cet Age Eternal bénéficient enfin de toute son expérience vocale, et notamment de son illustre diversité. Le spectre de son chant balaye, en effet, aussi bien le growl puissant et caverneux que le cri plus "urbain", mais il peut également se faire perçant et litanique tel un Ozzy Osbourne sous hélium.
Avec Age Eternal, Middian a donc tout pour affoler les sismographes. En opérant une sorte de "terraforming" musclé de l’hostile planète YOB, il lui donne, par là même, l’impulsion dont elle avait besoin pour ne pas succomber à l’entropie rampante qui menaçait son répertoire. La sortie de cet album constituait donc une étape importante dans la carrière de Scheidt, mais le baptême du feu a, heureusement pour lui, tourné à la fournaise.
A écouter : religieusement, mais surtout The Blood Of Icons, Age Eternal et Sink To The Center.