Foutre Dieu ! Ce court EP de musique folk (et par extension de musique folklorique, ou l’inverse ?), quelque part perdu entre une armée de feux follets et les exorcismes d’un shaman à tête d’ours, est enthousiasmant au plus haut point. Bien entendu, avoir vu ce chat ébouriffé sur scène se débattre avec sa guitare et tout son foutoir est un vrai atout pour plonger pleinement dans ce disque, mais l’écoute de "Million Thousand People", sans aucun doute le morceau le plus représentatif de Mein Sohn William, devrait rapidement convaincre n’importe qui donne une chance à Orchestre National, qui en est déjà à sa version 3.0.
Ca démarre toujours très humblement avec le marquis William : un riff et/ou un beat redondant. Simpliste certes, mais avec un souci permanent d’accroche immédiate. Une fois que le poisson a mordu, il suffit alors de bien le ferrer avec un chant balancé comme un sortilège et un jeu de boucles/samples enivrant à souhait. De là, tout part littéralement en vrille. Tout se chevauche, rythmes & riffing tapageurs, vocaux incantatoires & gémissements autistes, pour former une cavalcade au premier abord foutraque, mais en réalité, savamment orchestrée. Si au final, ce schéma est reproduit inlassablement, ce dernier parvient à trouver en chaque tirade un souffle totalement nouveau. Que ce soit dans les textes hilarants et dramatiques ("Husband"), ou le fondement musical même, chaque morceau tire son essence de différentes sources dont la cohésion est assurée par une technique bien rodée, des sonorités qui se font échos et un esprit résolument tourné vers la bonne humeur. Ainsi, Orchestre National revêt plutôt un caractère International, allant piocher son inspiration dans le flamenco, les musiques des Balkans, le Midwest états-unien et j’en passe des milles et des cents.
Orchestre National est le genre de disque qui revient inlassablement sur la platine, qui donne envie d’allumer un feu de camp sur le tapis du salon et d’enfiler des sabots pour danser autour en invoquant les esprits. Mein Sohn William, le genre de musicien qui sait transgresser les codes et défoncer les barrières avec une aisance déconcertante et une attitude déglinguée, schizophrène et je-m’en-foutiste bienvenue.
A écouter : Pour devenir dingue !